• Rester avec l'autre n'est pas une obligation.


    Quitter l'autre est un droit. Un droit qu'il faut affirmer contre les pouvoirs des hommes (et parfois des femmes) et des religions. On sait que les violences contre les femmes et les jeunes filles dans le cadre familial sont monnaie courante. Elles perdurent au moment de la rupture. Il y a souvent une recrudescence des coups et des insultes à ce moment-là. Rester avec l'autre n'est absolument pas une obligation. Ce qui est affirmation basique pour certains ne l'est pas pour d'autres. Pas du tout ausi bien en France que partout dans le monde.

    Mais deux points essentiels méritent d'être souligné. 1 - Qui ne voit qu' il s'agit d'un droit "dur", un droit blessant voir destructeur. On sous-estime cet aspect. 2 - Par ailleurs, il n'y a pas que le droit qui règle ce qu'il est bon de faire en société. Autrement dit, il y a des gestes et des paroles qui peuvent venir atténuer la portée du coup. Lesquels?

    Il n'y a pas de recettes toutes prêtes. Une de ses paroles qui endigue la souffrance consiste à rassurer l'autre sur le tout le bon de la relation passée (si tel est le cas).

    La reconnaissance est la base radicale de bonnes relations en général et de relations ultérieures pour les personnes qui peuvent se croiser. On sait aujourd'hui mieux qu'hier les bienfaits de la reconnaisance grâce notamment à  P Ricoeur et A Honneth. Il y a là une ouverture vers un "plus civilisationnel".

    Il se peut que cette reconnaissance ne viennent pas spontanément ou que la demande explicite ultérieure reste pendante. Cela est problématique. A la différence d'un mort tout individu peut parler et agir. Il dispose de cette liberté. Il a aussi la liberté irréductible de ne rien faire. Mais il peut aussi faire du bien. Ce qui n'est plus problématique mais très nuisible, c'est de faire sciemment du mal, comme par exemple, de traverser la route pour ne pas saluer son ex .

    Ce qui est parfaitement possible concrètement, c'est de manifester l'estime et la considération pour l'autre à travers des gestes et des paroles d'amitié et de respect mutuel. Ce la suppose d'abandonner les mécanismes de défense pour s'engager sans mégoter, et tant que nécessaire, afin de faire basculer la relation vers la reconnaissance réciproque, la paix, l'avenir et in fine l'amitié.

    L’amitié c’est " boire enfin de l'eau claire ! " Qui dans sa vie n'a pas eu l'occasion de devoir (au plan symbolique et non au plan alimentaire) "se contenter de boire de l'eau sale plutôt que rien du tout"

    Christian


     


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  • "Et après" : En tout amant, il y a un ami qui sommeille.

    C Delarue

    dimanche 4 janvier 2009 sur amitie-entre-les-peuples.org

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article541
     
     

    Il s'agit là d'une phrase du livre de Jacqueline KELEN "Aimer d'amitié" (Lafond) qui a écrit de bons développements sur l'amitié après la rupture sentimentale (Chapître intitulé "... et après" p 149). " Garder relation et amitié avec l'autre, après séparation ou divorce, c'est aussi une fidélité à soi-même, c'est ne pas se renier, c'est garder l'estime, toute l'estime pour celui qu'on a aimé, désiré et que maintenant - la faute à personne - on aime moins ou plus de cette façon.(p 166). L'amitié permet se surcroit d'éviter un risque dit J Kelen : "Une rupture court toujours le risque de la laideur, de la vulgarité, de la mesquinerie". Passer de l'amour amoureux à l'amour-amitié c'est conserver l'estime et l'admiration que vous portiez à l'autre au-delà des effets du désir sexuel (avec un petit "d"), des effets du partage d'une forte intimité sexuelle.

    Lire ici Amour et Désir (et non désir)

    "Aimer d'amitié" précise que l'amour véritable commence avec l'amitié. C'est d'ailleurs le sous-titre de l'ouvrage qui dit tout le mal qu'il y a dire sur l'amour non amical. Comment définir d'ailleurs l'amour non amical ? Amour passion ? pas nécessairement. Amour amoureux ? Pas toujours. Alors disons que l'amour non amical serait l'amour qui inclut le rapport charnel et sexuel. Mais si l'amour véritable est celui que l'on porte à ses amis il peut alors paraître inquiétant de passer tant de temps de notre vie en "mauvais amour" avec une compagne ou un compagnon avec qui nous avons des relations sexuelles (en réalité ou "en réserve"). Non dit J Kelen car "l'amitié peut entrer dans le couple". Tout son chapître 5 porte sur l'amitié dans le couple. Mais dire cela bouscule la distinction précédente. A moins de penser que quand l'amitié entre dans le couple, c'est la sexualité qui s'en va. Soit elle s'éteint soit elle s'en va chercher ailleurs satisfaction. Si la sexualité s'éteint, la question est tranchée. Il ne peut y avoir que de l'amitié tant que le désir est mort. Le couple ne se transforme pas nécessairement en couples simplement cohabitants qui partagent sans affection ni tendresse les tâches quotidiennes mais cela peut survenir. C'est même loin d'être rare ! Des personnes vivent alors côte à côte plutôt qu'ensemble. Et lorsqu'elles se touchent ou s'embrassent c'est de façon conventionnelle et sans affection. On appelle cela les couples "as if" (comme si) . Et lorsque le désir revient, ce n'est alors pas nécessairement le compagnon "officiel" qui en est l'objet d'attention. Rien d'étonnant ici.

    J Kelen ajoute d'autres éléments qui bougent la distinction entre amour-amitié et amour-autre. Ainsi l'amitié n'est pas asexuée. Elle ne nie pas le corps de l'autre. Va-t-on caresser son ami(e), l'embrasser ? Oui répond J Kelen. Mais alors ce n'est plus de l'amitié ! On ne voit guère les amis se dire des mots doux ou avoir des gestes tendres . Cela arrive mais c'est rare . Si le désir sexuel est absent : on a alors une amitié un peu charnelle mais qui évite le désir et la relation sexuelle . On trouve cette configuration chez les couples "officiels" (mariés ou non) âgés ou la sexualité n'est plus mais ou la tendresse est restée. Mais dans le cadre des rapports d'amitié ordinaire il s'agira le plus souvent d'amitié-amoureuse, celle qui met en présence des amis qui font l'amour de temps en temps . On voit que les frontières sont floues, incertaines dit J Kelen. Autre élément qui montre encore que la stricte séparation entre amour-amitié et amour non amical est à relativiser c'est l'idée défendue par J Kelen que l'on peut passer de l'amour-amoureux à l'amour- amitié après la rupture.

    Un des intérêt de cette lecture c'est le rapprochement opéré sur certains points car J Kelen et moi-même ne partons pas du même postulat . Pour J Kelen c'est le sentiment amical qui est valorisé d'emblée et elle y introduit le charnel et le désir à petites doses. Alors que pour ma part je pense à partir de l'inverse : j'accepte pleinement sans le dénigrer le fait du "tomber amoureux" ( 1), et le bonheur de se jeter avec passion dans les bras de l'autre (2). Valérie Daoust a valorisé, elle aussi, l'authenticité de la passion (3). C'est donc là une divergence de départ et une opposition pour partie à J Kelen comme d'ailleurs à Eric Fromm de l'Art d'aimer. Mais cette opposition circonscrite au rigorisme frommien (issu de la philosophie de Spinoza que partage aussi mais dans une orientation et une tonalité différente proche de celle de Robert MISRAHI) ne doit pas masquer ce que je dois au Maître de la philosophie culturaliste . Au-delà de la violence du désir et des fantasmes partagés un "travail amoureux" (Max Pagès) construit des sentiments mixtes pour ne pas dire ambivalents ; "travail" qui produit parfois (pas toujours) de la durée et à tout le moins de l'estime et du respect pour l'ex et pour les proches de l'ex. Le bel amour qui a dépassé sa phase amoureuse sans tomber dans la froide amitié passe du captatif réciproque à l'oblatif sans sacrifice ; il entretient l'un et l'autre dans le passage des émotions fortes aux sentiments surs et durables.

    Christian DELARUE

    1) Le "tomber amoureux", de la chute à l'élévation. C Delarue
     Le "tomber amoureux", une chute et un point de départ.


    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php ?article540

    2) "CARTE DU TENDRE" ET CHOIX DU PARTENAIRE

    http://bellaciao.org/fr/article.php3 ?id_article=58628

    3) S'engager pleinement, sans retenue...

    http://bellaciao.org/fr/spip.php ?article52684

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article541


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  • Deux ans après la rupture amoureuse, que reste-t-il des liens, du désir et des sentiments que nous partagions ?

    Des liens il ne reste rien. On en se voit quasiment jamais mais dans ces cas il y a les liens du "mal se rencontrer".

    Du désir ? On n'en finit jamais totalement avec lui. Mais on peut en diriger une partie ailleurs (vers un autre "objet" comme disent les freudiens), sublimer dans le travail intellectuel (ou artistique) une autre partie et enfin transformer le désir résiduel qui perdure en simple désir d'être en amitié, une manifestation de l'attachement résiduel.

    Des sentiments ? On sait qu'ils sont durables. Il ont d'ailleurs fait que la relation fut réellement durable et pas uniquement centrée sur le désir et le manque des premières années. Ils sont le vecteur de dépassement de l'amour charnel en amour véritable. L'amour véritable conserve l'amour charnel sublime et y ajoute les sentiments d'amitié et de valeur accordé à l'autre.

    L'attachement résiduel a pour particularité de n'être pas centré uniquement sur la personne de référence. Elle est encore là dans votre esprit, votre coeur. Mais elle n'est plus seule. Il y a d'autres figures d'attachement autour de vous. C'est la période des attachements pluriels . On ressent plus les attachements avec les autres personnes marquantes présentes ou non .

    L'attachement résiduel peut perdurer toute une vie si des sentiments d'estime y sont rattachés. Une forte empreinte perdure!

    Christian Delarue

    21 dec 2008


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  • Le grand amour c'est sublime et surtout possible !

    Lecture critique de Jean GARNEAU et de son texte "Les mythes amoureux : le grand amour" en lien ci-après.


    Jean Garneau se veut critique du grand amour (1), un critique qui n'entend pas - du moins en début d'introduction - se complaire à dévaloriser ce que les humains estiment beau et grand . Ce qu'il fait quand même tout le long de ses développements ! Ou est l'erreur ? En fait, il critique souvent à raison des personnes qui n'ont jamais connu le grand amour, qui n'ont fait que le rechercher !

    Par grand amour il évoque l'amour absolu, l'amour romantique, l'amour passion, sans préciser que ces variétés d'amour se rencontrent dans le réel et pas seulement comme "aspiration hors sol". Autrement dit, le grand amour existe ou a existé chez les personnes qui l'ont réellement vécu. Cela se voit dans leur regard. Les personnes amoureuses portées par un amour transcendant et partagé illuminent l'entourage de joie et de bonheur. Celles et ceux qui ont connu le grand amour de leur vie savent toute la joie et tout le bonheur que cet amour engendre et corrélativement tout le malheur qui surgit lorsque la perte de ce grand amour survient.

    Le réel comme point d'accord avec Jean Garnier.

    Le grand amour s'éprouve dans le réel. Je suis ici d'accord avec Jean Garneau lorsqu'il écrit "Mais ces satisfactions ont une autre caractéristique importante: elles sont bien réelles. Il ne s'agit pas de besoins qui seront comblés éventuellement lorsque les circonstances (ou le comportement de la personne) seront changés. Il s'agit de plaisirs qui sont déjà présents, que nous éprouvons réellement". Et faut-t-il ajouter, ce n'est pas par son passage dans le réel qu'il perd de sa force et de sa grandeur, bien au contraire. 

    Les grands amoureux trouvent toujours les moyens de se dire des mots doux à longueur de journées mais ne n'est pas seulement une histoire de communication ils arrivent toujours à se rencontrer régulièrement pour éprouver leur amour dans le regard, le contact, la caresse. Bref ils s'aiment de milles manières dans le réel et pas seulement dans l'affection désincarnée ou le fantasme. Et si cela ne dure pas nécessairement toute une vie cela peut durer fort longtemps ! C'est peu de dire que ces amoureux s'en souviennent car bien souvent cette période à été fort constructive de leur personnalité qui a pu ainsi pleinement s'épanouir.


    Le dosage entre satisfaction et angoisse.

    Jean GARNEAU écrit "Dans ce qu'on appelle le grand amour, les satisfactions sont souvent illusoires ou même inexistantes". Je pense au contraire que les grandes satisfactions surgissent abondamment au début lors de la phase fusionnelle des premiers mois mais qu'elles se maintiennent à un haut niveau par la suite et ce parfois pendant plusieurs années. Pour y parvenir il faut sans doute créer du manque et de l'incertitude pour respecter la loi du désir et ne pas sombrer dans le couple simplement et froidement cohabitant . Mais on sait que la satisfaction va venir et pas dans plusieurs jours.

    L'idée qui suit de Jean GARNEAU ne relève pas nécessairement du grand amour : "On y aspire, on s'attend à ce que la satisfaction vienne un jour. En attendant, on se satisfait de la joie d'être aimé, d'être accepté ou même simplement d'être regardé par l'autre. C'est le fait d'être choisi par cet être extraordinaire qui nous comble en anticipation. Mais en réalité, nous vivons de l'angoisse, de la fébrilité et de l'espoir bien plus que de la satisfaction". Il se trompe car dans le grand amour il y a nettement plus de satisfaction que d'angoisse. La fébrilité existe mais la rencontre est fréquente et source de réelles satisfactions.

    On peut d'ailleurs se demander de quellles satisfactions il s'agit ? Les satisfactions comportent une dimension affective non palpable quoique source de liens puissants. C'est bien ce qui explique que l'attachement à la personne aimée séparée (ou décédée) perdure plusieurs mois voire plusieurs années. 


    Christian DELARUE

    Libres extraits de "Qui est l'autre ?" (de Robert MISRAHI), par Christian Delarue

    http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=47492

    suivi du commentaire : par contraste :

    LES COHABITANTS : AUCUNE PASSION, PEU D'AMOUR
     http://www.redpsy.com/infopsy/grandamour.html

     


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  • Garder le meillleur et transformer ses affects

     

    Passer de l'amour à l'amitié c'est conserver le meilleur de la relation passée, dépouillée du contact charnel mais pas des sentiments et de la valeur accordée à l'autre.

    Entre l'amour intime et l'amour d'amitié il y la mise à distance des corps, et le fait de ne plus pouvoir s'embrasser, se parler, rester l'un à côté de l'autre. Cette perte immense - car constitutive du bonheur antérieur - génère évidemment une souffrance importante qui peine à disparaitre. Un déclin du gout de vivre - qui s'il ne débouche pas nécessairement sur le suicide - apparaît sous des formes moins radicales.

    Mais cela ne saurait empêcher de voir que la femme aimée l'était véritablement, non simplement pour l'aisance du contact charnel (ce qui n'est pas à déniger) . Elle était aimée et respectée dans sa différence, dans la particularité de ses choix de vie, y compris avec les années ses liens de famille, sa fille, son garçon mais aussi lui, l'autre homme. Car il y avait lui, plus ou moins selon les époques . Le respect pour lui peut sembler facile . Non, pas plus hier qu'aujourd'hui. Non rien de facile. Mais sans doute l'effet de l'élargissement de l'amour.

    Amour lu dans les yeux, les gestes et dans les livres. Amour forgé avec le temps et les sentiments et de nombreuses discussions sur l'amour et ses variations de sens. Et l'attitude a perduré ensuite après la rupture. Ce n'est pas rien. Un point d'appui.

    Je pense que je l'aimerais toujours. Je le sais. Il y a des périodes plus calmes mais son souvenir reste en moi. Je lui ai dit que je l'aimerais moi vieux et elle vieille. Il y a des deuils complets qui sont une injure à l'amour.

    Il s'agit d'aimer différemment.

    Christian Delarue

     


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