• TRIO : L'AMANT(E) EN PLUS :

    LA MORALE COMPREHENSIVE DES MODERNES.


    La morale des temps modernes se fait une raison de la multiplicité des vies et des situations. Elle n'est pas dans l'invective et le conflit maintenu. Elle souhaite préserver l'intérêt des enfants. Elle entretient souvent des liens d'amitié avec les « ex ». Elle ne fustige pas le ou la « cocu », un terme exclu du vocabulaire comme relevant d'un autre âge.

    C'est que la situation relationnelle de la vie moderne a fait naître l'expérience de la réversibilité des conditions : un jour vous avez «trompé », un jour vous avez été "trompé". Un jour vous avez été à l'initiative de la rupture, un autre jour c'est vous qui avez subi la rupture. Un jour vous étiez avec une femme un autre jour avec un homme. Cette expérience moderne forme une compréhension plus tolérante que le dogmatisme traditionnel de jadis.

    Les conflits d'avant-rupture ou post-rupture peuvent surgir néanmoins mais ce sont des conflits d'ajustement du respect, des conflits de repositionnements des sentiments. Les coups et les insultes sont une indignité de la morale des modernes. La richesse des expériences pousse à la reconnaissance des fidélités sédimentées à la compréhension de la richesse des sentiments, à la hiérarchie des attachements qui perdurent.
     
    C'est ainsi que s'opère un élargissement mutuel des sentiments positifs qui repousse les ressentiments lancés trop rapidement. C'est ainsi que se fait le passage d'un bel amour à l'amitié.
     
    Christian DELARUE
    Réf:
    1 - Sur le trio vécu : Peux-t-on vraiment aimer deux personnes en même temps ?

    DOUBLE VIE : AIMER DURABLEMENT UN AMANT ET UN MARI : COMPRENDRE PLUS QUE JUGER

    Un texte quasiment similaire à quelques détails près figure sur :
    Le site BELLACIAO sous « S'engager pleinement, sans retenue... » - Christian DELARUE
    http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=52684

    2 - Sur la modernité :
    Les Sources du moi - La formation de l'identité moderne
    http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article431

    14 theses contre le patriarcat ( 16 juin 2007) Changer la société : c'est aussi une question de vocabulaire http://krismondial.blogg.org/offset-120.html

    3 Sur le pardon éventuel: deux conceptions en présence:

    - CE QUI S'APPREND ICI C'EST LA MISERICORDE : LECONS DE TOLERANCE ET DE PARDON.

    in Traité du désespoir et de la béatitude (p 60 et suiv.) PUF- Quadrige
    par André COMTE-SPONVILLE

    http://krismondial.blogg.org/offset-125.html

    - Une conception différente : "Le pardon non rentable" sur chrismondial


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  • Le pardon non rentable

    Le pardon n'est plus un acte relativement commun comme du temps du christianisme dominant. Il est devenu l'affaire des philosophes et des psychologues qui ont fait de lui un acte s'intégrant dans un processus où ils sont experts des modalités de son expression et de sa réception (accordée ou non).<o:p>
    </o:p>

    Le pardon possède deux dimensions, l'une individuelle et l'autre collective - la repentance - qu'il ne faut pas confondre. Au-delà de la discussion des conditions du pardon remarquons que de nos jours le pardon, ici pris au sens individuel, n'est pas « rentable » puisqu'il permet parfois d'éviter le recours aux marchands de soins de l'âme humaine, aux psychologues, psychiatre tout comme il permet parfois d'éviter le recours à la justice. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles il n'est pas dans l'air du temps, qui s'ajoute au déclin de sa compréhension religieuse.

    Les uns l'assimilent à un oubli, les autres, à un avatar du christianisme. Erreur; Le pardon, qui n'a nul besoin du cadre religieux (1), peut se demander alors qu'un travail thérapeutique est en cours et il peut se donner aussi une fois la faute (2) sanctionnée par la justice. Dans certains cas le pardon ne pourra pas être donné avant la sanction de la justice.

    Pourtant le pardon manifeste, loin de toute insensibilité, à la fois une inquiétude authentique pour l'autre et la reconnaissance de sa propre fragilité, de ses propres contradictions et tourments. C'est bien sans oublier le fait générateur et à partir de la reconnaissance de la faute, du délit ou du crime commis que le pardon a des vertus pacificatrices Il permet de couper différents cycles ; comme celui des rapports de violence franche ou subtile ou le cycle de vengeances ou dans un autre registre celui des rancoeurs renouvelées. Le pardon permet même de renouer des rapports de confiance. C'est dire ici sa puissance.

    Christian DELARUE

    1) Pour un athée le pardon demandé doit être accepté. Point de Dieu pour remplacer l'offensé qui accorde ou non son pardon. Cependant une conception plus strictement matérialiste défend une économie totale du pardon, du moins comme pardon "relationnel" (qui se demande et qui s'accorde ou non) qui mérite d'être connue. Un "je ne sais quoi" d'insuffisance empêche, d'après moi, sa pleine adoption. Un travail d'interrogation à poursuivre. Pour en prendre connaissance lire sur ce blog : CE QUI S'APPREND ICI C'EST LA MISERICORDE : LECONS DE TOLERANCE ET DE PARDON.

    in Traité du désespoir et de la béatitude (p 60 et suiv.) PUF- Quadrige
    par André COMTE-SPONVILLE

    http://krismondial.blogg.org/offset-125.html

    2) On laisse ici de côté la question de l'effet induit de la culpabilisation qui attribue des fautes ou il ne devrait pas y en avoir. Il y a aussi l'effet inverse qui attribue à l'autre par projection ou autres mécanisme de défense des comportements préjudiciables.


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  • LES HUMAINS NE SONT PAS « CHAT »
    Réflexion sur « Amour et passage à l'amitié »




    Passer de l'amour à l'amitié suppose une rupture ou du moins un certain détachement. Parfois il n'y a pas vraiment rupture mais éloignement progressif. Les compagnons de vie cohabitaient de plus en plus occasionnellement et sans affection ; ils finissent par se séparer sans douleur, "amicalement' en quelque sorte. Parfois les compagnons ou les amants se séparent plus franchement sur l'initiative d'un des deux. C'est alors la phase de deuil après la rupture qui permet le passage à l'autonomie, au détachement, du moins à un certain détachement.



    - Le « sevrage » : se séparer c'est d'abord « s'arracher ».


    Un certain détachement signifie que l'on renonce à l'autre, notamment aux joies offertes par l'autre et que l'on commence à trouver hors de l'autre des motifs de satisfaction. Pour Jacques SALOME , "cela veut dire ne plus dépendre de la réponse de l'autre, de son bon vouloir ou de ses refus pour accéder à la satisfaction ou rester emprisonné dans les frustrations" (1). L'obsession doit changer . Elle doit devenir le sevrage, le travail de séparation, d'arrachement aux bras de l'autre. C'est vital . A défaut la tentation de se suicider peut surgir . Mais cela ne se fait pas dès les premiers jours ! Mais chaque jour, chaque semaine qui passe sans l'autre devient alors une conquête même si chaque jour les pleurs surgissent.

    Outre le sevrage la séparation passe par l'expression de soi, expression réelle ou symbolique . Verbaliser est essentiel : "Dire les sentiments positifs, les sentiments négatifs, la nature et la qualité de la relation". Parler au père décédé de son ex sur sa tombe relève du symbolique. S'exprimer à des amis c'est de l'ordre du réel.

    Le détachement permet le rétablissement de la congruence malmenée par le choc de la séparation . Retrouver sa congruence signifie se respecter soi-même. Jacques Salomé dit "Se respecter veut dire aussi garder un seuil de congruence élevé entre ce que j'éprouve et ce que je dis, entre ce que je fais et ce que je ressens, entre mes engagements de vie et mes valeurs fondamentales."


    - Congruence et respect : Se respecter mais aussi respecter l'autre.


    Certes il faut se respecter et donc ne pas se forcer constamment. Ne pas se forcer à être gentil avec ceux ou celles qui vous ignorent ou vous méprisent . Le propos est vrai mais il a ses limites. Le principe a ses atténuations, ses exceptions. - D'abord, il y des périodes ou l'on risque à tout instant de blesser l'autre. Mieux vaut donc se montrer respectueux et aimable, aimable sans plus . - Ensuite, la congruence ne porte pas que sur le ressenti immédiat. Il y a des gestes que l'on fait volontairement contre un certain ressenti mais pour résoudre une situation et/ou pour être conforme à des valeurs. Le souci des valeurs ne doit pas être poussé jusqu'au non respect de soi . Il ne s'agit pas de « tendre la joue pour se faire battre » ! Il y a là une question d'équilibre propre à chaque individu. - Enfin, on peut penser que le geste peut déclencher un changement chez l'autre, ouvrir vers de la compréhension, une relative sympathie voire un retour à l'amitié.

    C'est en suivant Eric FROMM (2) mais peut-être à tort que je crois que le volontarisme, à un moment donné – pas en permanence - peut faire pencher dans l'autre sens une situation qui tend vers l'inimitié. Faire ainsi un geste c'est alors juste prendre un risque vers le bon sens, un risque ponctuel, c'est juste faire un pas. L'autre fait ou non ce pas. Chacun en tire ensuite les leçons.


    - Nous ne sommes pas tous des chats !


    Un certain détachement signifie que contrairement à un certain discours - exact mais dur - sur "les-séparations-nécessaires-dans-toute-vie" nous ne sommes pas tous et toutes des « chats » - animal très indépendant – c'est à dire des personnes vivant toujours et aisément en autonomie et indépendance. Bien souvent une période d'apprentissage plus ou moins dure et longue est nécessaire et elle n'aboutit pas systématiquement à l'oubli total car tous les humains ne sont pas « chat ». Autrement dit le détachement est loin d'être total passé la période de séparation qui suit immédiatement la rupture.

    - De l'attachement résiduel à l'amitié

    Un certain détachement signifie donc un certain attachement résiduel. Cet attachement résiduel permet le passage à l'amitié. Donc une transformation des sentiments et des relations. Relations et sentiments étant deux choses distinctes.

    * Selon le type de séparation le passage à la sympathie voir à l'amitié se fait plus aisément. Salomé distingue les modalités réactionnelles des modalités relationnelles.

    Les modalités réactionnelles
    sont nombreuses:
    Ce sera la fuite pour certains ( les enfants qui partent à l'étranger, le mari qui retourne chez sa mère, la femme quitte le domicile conjugale en catastrophe en emmenant ses enfants et ses chats.)
    Ce sera le rejet, l'abandon ou le refus pour d'autres de tout ce qui pourrait rappeler l'être perdu.

    La séparation peut se faire aussi sur un mode plus relationnel, à différents niveaux.
    1. Je peux renoncer à une relation qui n'est pas bonne pour moi et souhaiter garder une relation possible avec la personne.
    2. La relation ne me semble plus possible et je quitte la personne. Je maintiens les échanges à minima, circonscrits autour d'enjeux bien définis. Par exemple: j'ai quitté la relation conjugale, mais je maintiens la relation parentale.

    Christian DELARUE

    SALOME > http://www.hikmat.eu/Textes/separations.htm

    Eric FROMM in Le cœur de l'homme notamment


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  •  LA MEDIATION OUBLIEE

    MG a refusé de me parler, seule ou accompagnée.

    Néantisation complète. "Tu n'existe plus" Quelle violence ! Et je passe sur la souffrance accrue ! Sur un deuil rendu plus difficile, plus long !

    Pire j'ai reçu ensuite des menaces par collègue interposé : elle ne saluera pas ! Suite logique de ce mépris, de ce refus de reconnaissance élémentaire qui signe la dignité humaine.

    CD


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  • Le "tomber amoureux"

    Une "chute" certes mais qui peut être, plus qu'une aventure, le point de départ d'une élévation, d'un amour véritable, sublime.

    10/07/1998


    Contre la solitude, solitude réelle ou " solitude dans le couple " (ou la famille), certains ou certaines cherchent un(e) partenaire. D'autres non . Ils ou elles préfèrent la surprise de la rencontre amoureuse et donc le " vivre en solo ". Mais peu importe ici. Mon propos est le "tomber amoureux" (et secondairement sa transformation en amour durable).

    Voir le positif

    Je vais l'aborder positivement car le " tomber amoureux " a été critiqué notamment par E Fromm au nom du concept spinozien de la passivité. Il est des individus, hommes ou femmes, hétéro ou homo, jeunes ou vieux, qui ne sont jamais vraiment " tombés amoureux " conjointement, ensemble . Il n'ont donc jamais connu cette expérience partagée de transcendance, cette surabondance de joie et de bonheur, ce surcroît de vie autant que de " plus-jouir " (Lacan) . Et celles et ceux qui l'ont connu n'ont pas toujours pu ou su le faire vivre, ce qui est autre chose. L'amour n'est pas un long fleuve tranquille.

    Freud et non à Misrahi

    Cela va peut-être étonner mais c'est à Freud et non à Misrahi (mail précédent) que je recours pour expliquer cette avantageuse émotion fusionnelle qui, si elle perdure, va se métamorphoser en amour . En effet la référence à la tendresse est présente dans toute l'œuvre freudienne. Mais la tendresse n'est qu'un élément de la " love map " (ou " sexual-maps " selon Money) traduit en " carte du tendre " par Jean-Didier Vincent. Un texte de Freud, en 1912, " Deuxième contribution à la psychologie de la vie amoureuse. " distingue à ce propos nettement deux courants dans la psycho-sexualité, le courant tendre et le courant sensuel et érotique . Si l'amour ne se réduit pas à la sensualité, il ne peut pas non plus totalement l'éliminer. On ne peut tout sublimer.

    De l'émotion aux sentiments / du passif à l'actif.

    Le temps opère passage de la passivité du "tomber amoureux" à l'amour actif ("se tenir dans l'amour" selon Fromm). Si l'émotion relève de formes explosives de l'affectivité , les sentiments participent eux de phénomènes affectifs plus tempérés, plus stables (J Maisonneuve) . Mais les premiers états affectifs perdurent, et la passion s'inscrit alors dans la durée . L'émoi initial est entretenu, par des rites notamment (Neuburger), portant sur les deux désirs amoureux (R Barthes) le pothos, désir de l'amant absent et l'himeros désir plus ardent pour l'amant présent.

    La magie des deux " cartes du tendre "

    Revenons alors à l'émoi initial . "Par quels indices ténus, subliminaux, les deux partenaires sentent-ils la correspondance ?" La magique rencontre amoureuse se traduit par la rencontre de deux " cartes du tendre ". C Chiliand précise que " la sexualité de chacun a des particularités idiosyncrasiques, que nous appelons " cartes du tendre " . Elles incluent les particularités de l'excitation sexuelle, de sa montée et de sa résolution finale, le choix du partenaire et la formation du couple " La rencontre amoureuse opère l'ajustement, si difficile bien souvent, des deux ordres de la psycho-sexualité de chacun(e), homo ou hétéro, celui du désir érotique et celui de la tendresse. Car, comme l'écrit Pasini "pour certains la tendresse est la "rampe de lancement de l'érotisme" pour d'autres elle ressemble à un doux somnifère. Elle entre alors en conflit avec l'érotisme qui implique non seulement jeu et communication, mais aussi surprise et transgression".

    La fusion réconcilatrice

    La rencontre amoureuse favorise donc au travers du plaisir sexuel "une synthèse du corps et de l'esprit" (R Misrahi) d'une part par une confluence paradoxale tendresse/animalité et d'autre part par fusion réconciliatrice ou même parfois régénératrice . Une confluence paradoxale car la sensualité ne peut se manifester qu'à l'égard de personnes rabaissées dit Freud et les cliniciens qui le suivirent . Ainsi tel homme est puissant avec des prostituées et impuissant avec des femmes estimées . Fusion réconciliatrice de "la mère et de la putain", de l'estime et de la vulgarité et même relativement régénératrice car les problèmes " sexuels " éventuels liés à la dissociation de la tendresse et de la sensualité peuvent disparaître.

    Alors rédemption de la rencontre amoureuse ?

    Si "la passion amoureuse implique un investissement corporel et fantasmatique total dans un sensualité libéré de la peur, de la possessivité, des scrupules perfectionnistes et de la volonté de dominer" alors il ne faut pas attendre de la rencontre amoureuse un miracle. Mais G Tordjman met-il peut-être la barre un peu haut ? Reste que la rencontre amoureuse n'efface pas tout le passé et ne peint pas nécessairement "en rose" l'avenir . Ce que les psychanalystes entendent trop souvent, notamment P Babin, c'est la blessure "de femmes bafouées, de femmes violées, de violences sexuelles faite par les hommes sur les femmes" Mais il ne s'agit plus là d'amour, mais d'invitation au combat féministe pour l'émancipation et pour l'égalité des sexes.

    Christian DELARUE

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    Erich Fromm "L'art d'aimer"

    Colette Chiliand "Le sexe mène le monde" Calman Lévy

    Robert Neuburger "Nouveaux couples" O Jacob

    Robert Misrahi "Qui est l'autre ?" A Colin

    Docteur Gilbert Tordjman "Le couple: réalités et problèmes" Hachette

    "Eloge de l'intimité" Willy Pasini Payot

    "La fabrique du sexe" Pierre Babin Textuel

     


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