• RADIO CAMPUS RENNES ET FSMd rennais
     
    Ce lundi midi Soizig LESEIGNOUX et Christian DELARUE sont passés sur l'antenne de Radio campus Rennes pour présenter le FSMd rennais (forum social mondial décentralisé) et l'altermondialisme. Ambiance sympa ! Avant de commencer nous apprenions que le dernier "poilu" de la première guerre mondial né en 1897 (de mémoire) était un immigré italien sans papier ! Et crime de lèse-majesté, il n'a pas voulu des honneurs !
     
    Retour au FSMd 2008 avec un rappel que personne - ni Soizig ni moi-même ni quiconque ne représentait ici son association, son organisation et encore moins le forum qui n'avait pas de porte-parole. D'ailleurs pour exprimer la pluralité nous étions deux, une femme et un homme, avec des trajets différents et une culture "politique" différente.
    Soisig a présenté le programme du Forum décentralisé rennais du 26 janvier prochain et ses particularités et pour ma part j'ai présenté l'altermondialisme sous différents aspects. Chacun de nous a dans un second temps répondu aux questions des journalistes.
     
    RADIO CAMPUS
    Bât EREVE Campus de Villejean
    02 99 14 19 61

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  • L'ALTERMONDIALISATION N'EST PAS L'ALTERMONDIALISME!

     

    <o:p>sur le site altermonde-sans-frontière:</o:p>

    http://altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article1333



    Il y a peu le débat portait sur anti-mondialisation ou/et altermondialisation avec sa variante anti-mondialiste ou/et altermondialiste . Il perdure mais un autre débat se fait plus incisif : altermondialisation / altermondialisme. Relativement mélangées dans la pratique ces deux notions sont différentes dans la théorie. Brève explication.

    <o:p> </o:p>

    Ainsi qu'il a déjà été souligné "Les grandes mobilisations (Seattle, Gênes, Evian) contre les décideurs de la planète, les forums sociaux (comme Porto Alegre), regroupent des forces très diverses non exemptes de contradictions. Néanmoins, ils fédèrent les résistances aux politiques néolibérales et élaborent des propositions" (1). Cette diversité est une force qui ne doit pas faire l'objet de sectarisme. Il convient d'en saisir toute la force pour éviter de tomber dans ce travers.

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    François Houtart comme tant d'autres appuie ce fait : "Petits producteurs de coton de l'Afrique de l'Ouest, peuples autochtones du Chiapas ou d'Equateur, paysans sans terre du Brésil, « pauvres urbains » de Bangkok, consommateurs d'eau de Cochabamba (Bolivie) ou de Sri Lanka, femmes du secteur informel portant le poids de la survie familiale, chômeurs de longue durée, nouveaux nomades que sont les migrants... Tous sont soumis à la même loi de la valeur, mais tous, à travers des modalités différentes, ont été vulnérabilisés. Les uns par les relations salariales avec le capital, les autres par le biais de mécanismes d'ordre financier et juridique auxquels la globalisation de l'économie a ajouté une dimension insoupçonnée : prépondérance du capital financier, poids de la dette, paradis fiscaux, taux d'intérêt astronomiques, programmes d'ajustement structurel, atrophie de l'Etat social, règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), etc. La sous-traitance s'est accrue dans les périphéries, la dérégulation, la diminution de la couverture sociale et parfois celle des salaires réels sont devenues la règle. Ces trente années d'offensives contre le travail et contre l'Etat pour accélérer l'accumulation du capital (en suivant les préceptes du Consensus de Washington), ces dix ans de néolibéralisme triomphant après la chute du mur de Berlin ont créé de nouvelles conditions de luttes sociales.

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    Cette diversité est aussi une faiblesse car les convergences y sont difficiles et les courants modérés s'affrontent aux courants plus radicaux. François Houtart souligne d'ailleurs l'aspect fragmenté comme première difficulté : "Face à la concentration des décisions économiques, ces luttes sont restées d'autant plus fragmentées, dans un premier temps, que l'échec du « socialisme réel », les faiblesses de la gauche existante, le « verticalisme » du fonctionnement des partis, l'extinction des partis communistes et les compromissions de la social-démocratie ont réduit la crédibilité des acteurs traditionnels de la contestation". Du coup, "Faire converger des éléments de résistance aussi hétérogènes n'était pas chose évidente. Si la base de tels rassemblements est clairement exprimée dans la charte du FSM de Porto Alegre, la grande diversité géographique, sectorielle et culturelle de ceux qui luttent contre le néolibéralisme et recherchent d'autres voies fait à la fois leur force et leur faiblesse. Il faut y ajouter, partout dans le monde, la tendance à prendre ses distances vis-à-vis des formes organisées de résistance et à privilégier les initiatives spontanées. C'est notamment le cas de nombreux jeunes participant aux forums".

    - L'altermondialisation mouvementiste... 

    <o:p> </o:p>

    Il est évident que "La création d'un discours politique alternatif ne va pas sans contradictions ni tensions". "Les solutions proposées oscillent entre « humaniser » le marché capitaliste ou le « remplacer » par une autre logique". Certains s'inscrivent dans un processus déconnecté du but : ils se contentent d'un monde "meilleur" car ce qui compte ce sont les pratiques très sectorielles qui ici et là se démarquent du modèle dominant sous tel ou tel aspect. Cette stratégie - dite mouvementiste (bouger sur une courte vue voire bouger pour bouger) - des "petits pas" ne s'inscrit pas nécessairement (souvent mais pas toujours) dans la "fin de l'histoire" de Fukuyama ou dans le "no alternativ" de Mme Margaret Thatcher. C'est bien pourquoi le sectarisme n'est pas de mise.

    - ...avec l'altermondialisme de rupture pour "autre monde"

    Cette stratégie d'ouverture est nécessaire au "mouvement des mouvements" mais elle ne saurait suffire ou prétendre constituer à elle seule l'armature stratégique du mouvement. En effet, tout un courant, lui-même très composite, porte une dynamique non pas d'altermondialisation mais d'altermondialisme conséquent. Autrement dit, ce militantisme agit pour un but précis, une perspective d'alternative globale au capitalime. Ses partisans agissent pour un "autre monde" radicalement différent de celui-ci et non pour celui-ci légèrement amélioré ici ou là. Certains veulent un postcapitalisme non productiviste décroissant, d'autres un écosocialisme, d'autres encore militent pour le sociétalisme dans sa version non capitaliste.

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    Ce qui change des configurations militantes antérieures c'est l'effort réel accompli pour militer ensemble. Car changer le monde ne saurait se payer de mots. Il faut agir ensemble mais sans se cacher les désaccords. Sans opportunisme ni sectarisme mais pour être efficace, le mouvement doit avancer dans l'action et le débat sur des contenus.

    <o:p> </o:p>

    Christian DELARUE

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    1) François Houtart

    http://www.monde-diplomatique.fr/2003/11/HOUTART/10661


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  • FSM 2008 : ALTERMONDIALISTES, PARLONS CLAIREMENT POUR RESISTER, POUR ALLER VERS UN AUTRE MONDE !

    Le texte ici rapporté a été écrit sous un autre titre dans un autre contexte par Stephen Bouquin (*), mais il est adapté (sauf les passages de la fin sur parti/mouvement) comme une des expression de l'altermondialisme.


    http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article59393

    On ne pourra résister à l'offensive du MEDEF, de Sarkozy, qu'en parlant clairement. Pour maintenir ce système, il applique les mêmes recettes : diviser pour régner ; la carotte et le bâton.

    J'étais il y a quelques mois en Amérique Latine et ce qui m'a frappé là-bas, c'est la clarté du langage politique. A gauche, on n'a pas peur d'employer certains mots. Ici, on parle de transformation sociale, là-bas, de révolution. Ce n'est pas du grand soir que l'on parle mais d'un processus, qui implique néanmoins une rupture. Un saut qualitatif si on veut. D'où les constituantes en Bolivie, en Equateur et il y a une dizaine d'années, au Venezuela. Ici, on parle de nantis, d'élites, là-bas on nomme l'adversaire avec clarté ; c'est l'oligarchie, la bourgeoisie.

    - A FORCE DE NUANCER ON DEVIENT INAUDIBLE

    Ici un tel langage sera rapidement qualifié de « langue de bois ». Pourquoi ? Parce que ce langage est faux ? Non, parce qu'il a perdu sa crédibilité lorsque les actes posés contredisaient les mots. Bref, quand la gauche n'a pas tenu ses engagements, au pouvoir mais aussi dans les luttes. La « langue de bois », c'est aussi manquer de nuances, certes, mais à force de nuancer, on devient inaudible. Sur la défensive, la gauche a tenté de changer de vocabulaire, de renommer les choses autrement afin de contourner la disqualification dont elle est l'objet. Même dans la gauche radicale, ce phénomène s'est développé. On ne parle plus de nationalisations mais d'appropriation sociale. On parle de souffrance au travail et non d'aliénation, d'exploitation. Je ne vais pas en faire l'inventaire ici ce serait trop long. Mais je pense que notre langage a été saturé par des euphémismes, ce qui tend à le rendre incompréhensible. Or, en face, avec ou sans Sarkozy, on avance masqué, on ment, on trompe, on détourne l'attention. Et si on veut démasquer les mensonges de la droite, il faut parler clairement, il ne faut pas avoir peur d'être caricatural. D'autant que les actes sont là : oui il y a bien une lutte des classes et elle se mène de deux côtés.

    C'est mon premier point : on ne pourra résister à l'offensive du MEDEF, de Sarkozy, qu'en parlant clairement.

    - PAUPERISER, MARCHANDISER, DESOLIDARISER

    Le capitalisme ne surmonte ses crises périodiques que par une fuite en avant, l'accumulation du capital a besoin de paupériser les classes laborieuses ; le capitalisme a besoin de nouvelles marchandises et va donc marchandiser la terre, l'eau, l'oxygène que l'on respire (je pense aux droits de pollution qui s'achètent et se vendent) ; le corps, le cerveau, c'était déjà le cas sous la forme de la force de travail. Maintenant, cela va plus loin.

    Pour maintenir ce système, il applique les mêmes recettes : diviser pour régner ; la carotte et le bâton. La « carotte », pour moi, c'est la féerie marchande (Marx parlait du fétichisme de la marchandise) qui répond à l'aspiration de bien vivre par une consommation aliénante. La jeunesse, le monde ouvrier aussi, sont soumis à cette offensive culturelle où les objets de consommation de luxe sont les uniques marqueurs de l'existence sociale. Et puis il y a le bâton, pas seulement les CRS mais aussi la sanction sociale, la stigmatisation des faibles, des pauvres, comme parasites, les loosers, les handicapés sociaux. L'incantation de la valeur travail sert a nous désolidariser les uns des autres. Avec la valeur travail façon Sarkozy, on occupe la position sur l'échelle sociale que l'on mérite... Bref, l'hiérarchisation sociale est une donnée naturelle et la compétition un facteur de dynamisme, de sélection. En haut les forts, en bas, les faibles...

    - PRENDRE SOIN DE...

    Pour résister à cette offensive culturelle, il faut défendre d'autres valeurs, une culture du vivre ensemble où chacun prend soin de soi et des autres ; la solidarité, la fraternité, la sororité ; dans le présent comme dans le présent à venir. Dans la vie quotidienne comme au niveau d'un projet politique. Le communisme (ou le socialisme) prend ici tout son sens. Il est d'une actualité absolue. C'est mon second point.

    Au 19ème siècle, la solidarité était une nécessité. Solidarité de classe, solidarité entre opprimés et exploités. Aujourd'hui, la solidarité redevient indispensable et petit à petit la conscience que l'on ne peut pas s'en sortir tout seul gagne du terrain. C'est pourquoi en face, on cherche tellement à diviser pour régner. Car il faut désunir le monde de celles et ceux qui pourraient se révolter, et qui inéluctablement se révolteront. Diviser pour régner, c'est opposer français aux résidents étrangers, travailleurs avec et sans papiers, actifs et chômeurs, jeunes et personnes âgés ; c'est agiter l'épouvantail des classes dangereuses, aujourd'hui ce sont les habitants des cités.

    - NOUS SOMMES DES SEMBLABLES DIFFERENTS

    La volonté de diviser pour régner est masquée par une idéologie, le libéralisme autoritaire. Or, l'idéologie dominante colonise peut-être les esprits, mais elle ne change pas la réalité. Gramsci, que Sarkozy aime citer pour dire que les batailles se gagnent d'abord par la lutte des idées ; et bien, Gramsci disait aussi que l'hégémonie idéologique du capitalisme se fissure à partir de l'expérience concrète, le vécu quotidien. Et le vécu d'un très grand nombre – en fait, le vécu de la majorité de la population — est un vécu où l'on perd sa vie à la gagner, où les conditions d'existence se durcissent et se dégradent, mêmes pour les bacs +5, pour les techniciens, les cadres. Une condition sociale où les choix se réduisent ou requièrent des sacrifices. Les économistes disent que l'ascenseur social est en panne, les jeunes des cités disent « on est dans la nasse ». Il existe donc une communauté d'intérêts entre ce gens-là ; ils appartiennent à une même classe, la classe « en soi ». Ce sont, nous sommes, des semblables différents. Objectivement, nous sommes unis par le sort que le système nous impose.

    Vous, ici rassemblés, savons pourquoi il en est ainsi ; pourquoi les conditions de vie se dégradent. Mais celles et ceux qui ne savent pas, qui pensent peut-être que les inégalités et les injustices ont toujours existé, et bien ces mêmes personnes n'accepteront pas éternellement les injustices qui leur sont imposées. C'est pourquoi on a connu et on connaîtra des révoltes, surtout en France où c'est une tradition.

    - ALLER PLUS LOIN : METTRE EN CAUSE LE SYSTEME !

    Mais pour aller plus loin que la révolte, que l'indignation, il faut aussi lui donner un sens, politique bien sûr. C'est dire contre quoi l'on se révolte, dire ce que l'on combat. Certains seront tentés de prendre le néo-libéralisme pour cible. OK, mais on sait aussi que le « néo-libéralisme » est un programme de combat dont la finalité est de pérenniser un système inhumain qui menace désormais la survie même de notre écosystème qu'est la terre. En parlant de néo-libéralisme, on a mis en évidence la cohérence d'une période de contre-réformes visant à démanteler les conquêtes sociales. Mais, en ne parlant qu'en ces termes de libéralisme et d'anti-libéralisme, on s'interdit de porter la critique plus loin, de remettre en cause le système et on s'interdit donc de proposer une vraie perspective révolutionnaire qui propose une alternative, un autre horizon, le socialisme.

    Et sans la perspective d'un autre système social, économique, politique, on ne peut faire que trois choses : 1). courber l'échine et se résigner ; 2). passer dans le camp adverse et défendre le système 3). le corriger, l'amender, bref jouer à l'ambulance sociale.

    Mais cette troisième option, celle du réformisme, ne fonctionne plus. Pourquoi ? Deux raisons l'expliquent. Primo, historiquement, les réformes ont été concédées ou arrachées, sous le rapport de force ou lorsqu'il fallait faire des concessions. L'Etat-providence, la sécurité sociale, l'échelle mobile des salaires, les services publics ont été crées peu après la seconde guerre mondiale. Il fallait éviter que le communisme gagne les masses et accède au pouvoir en Europe de l'Ouest. Il a donc fallu faire des concessions de type structurelles. Aujourd'hui, bon nombre de ces concessions sont dysfonctionnelles par rapport à la guerre de concurrence économique mondialisée.

    Le réformisme de la social-démocratie, c'est se limiter aux réformes que le capital veut bien concéder et c'est refuser d'aller plus loin. Aujourd'hui, le capital ne peut et ne doit plus rien lâcher. La social-démocratie n'est donc plus réformiste. Pour l'être, il faut oser penser une alternative à ce système et il faut donc être révolutionnaire. Ceci est surtout vrai pour les organisations politiques, pour les salariés, changer leur conditions de vie est une nécessité, même et surtout pas de réformes immédiates.

    Dire les choses telles qu'elles sont, offrir une vision de société, n'est pas qu'une question sémantique, c'est une question de positionnement. Être en opposition à ce qui fait système, c'est devenir audible, visible et donc potentiellement écouté.

    - NECESSITE DE COLLECTIFS MILITANTS INSCRITS DANS LA DUREE

    Faut-il un parti pour faire cela ? A cette question, je répondrai de manière positive. Roberto Michels a montré que la forme-parti est née avec le mouvement ouvrier. Le syndicalisme ne suffisait pas, même révolutionnaire. La démocratie délibérative est un élément de régulation du système mais aussi un champ de bataille. Les institutions le sont également. La forme-parti n'est pas nécessairement verticale, ni hégémonisante à l'égard des mouvements sociaux. L'expérience montre que, par-delà les fluctuations des luttes sociales ou des échéances électorales, un collectif militant doit perdurer. Faire des bilans et proposer des perspectives, programmatiques, revendicatives. Conserver et engranger des forces pour la bataille suivante. Certes, tout cela est un peu militaire. L'alternative est de recommencer à zéro à chaque fois et surtout répéter les mêmes erreurs.

    Refuser la forme parti et lui préférer la forme mouvement, c'est un peu comme vouloir changer la société sans prendre le pouvoir. C'est une option mais elle relève d'abord d'une sorte de syndicalisme sociétal. Le syndicalisme est un contre-pouvoir, dans les entreprises ou sur le plan interprofessionnel. Dès lors que le syndicalisme cogère, il se dénature. Sur le plan politique, la question me semble différente même si on sait d'expérience qu'il ne suffit pas d'occuper un ministère ou deux pour changer la donne. Mener une lutte politique jusque y compris dans les institutions du système que l'on combat est un risque. Mais ne pas prendre ce risque, c'est aussi laisser d'autres remplir le vide. On ne peut le faire qu'en développant en parallèle d'autres institutions, nées de la mobilisation et qui démocratisent donc le pouvoir là où il est aujourd'hui monopolisé par une minorité. Dire cela, c'est dire également qu'un parti des communistes ne peut pas être un parti comme les autres. Qu'il est essentiel qu'il soit de toutes les luttes démocratiques et sociales, qu'il entretienne avec les mouvements sociaux un rapport dialectique, sans se diluer en leur sein ni masquer ce qui est sa spécificité, sa raison d'être, à savoir, agir pour un société libérée de la logique de profit, une société avec autant de libertés que d'égalité, une société socialiste, ici et ailleurs dans le monde.

    (*) Discours de notre camarade Stephen Bouquin à l'Assemblée du PCF
    http://www.unitesocialiste.be/content/view/94/1/


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  • "D'autres mondes sont possibles"... Sur les trois, un seul radicalement autre est nécessaire !

     

     

    par Christian Delarue

    Il arrive de voir la formule au pluriel . Ce qui étonne parfois . Comme si il n'y avait que le monde que nous voulons qui était possible !

    1. - Le mouvement altermondialiste se prononce "pour un autre monde possible".

    C'est là la fameuse formule de Porto Alègre.

    On sait que ce mouvement est tout à la fois antimondialiste (résistances contre le néolibéralisme) et altermondialiste (vers "autre chose") . Les références à des textes divers ne manquent pas sur cette nécessaire résistance à l'ordre du monde et sur la dynamique qu'elle porte. Dans la lutte contre le capitalisme mondialisé c'est bien en creux la perspective d'un monde radicalement différent de celui-ci qui est ressenti comme non seulement désirable mais nécessaire.

    S'organiser simplement "pour une économie plus équitable" ne suffit manifestement pas à définir le mouvement altermondialiste sauf à vouloir le maintenir intégré au capitalisme et à à faire de lui un mouvement bridé et limité à l'accompagnement social du libéralisme à l'instar de ce que veut la CFDT et la CES et certaines formations politiques s'inscrivant dans la "fin de l'histoire" (cf. Fukuyama) et le socialibéralisme.

    Ainsi nous avons affirmer clairement ailleurs (site Bellaciao) d'une part que l'altermondialisme n'était pas soluble dans le néosolidarisme et d'autre part qu'une critique amicale et compréhensive de l'économie sociale et solidaire (ESS) était nécessaire pour poser la perspective d'une sortie du capitalisme. Le solidarisme du début du XX ème siècle fondé par Léon BOURGEOIS et Célestin BOUGLE voulait surtout s'opposer à la montée des idées socialistes et communistes. Le néosolidarisme contemporain qui appuit l'ESS en critiquant le socialisme stalinien ayant existé n'a lui aussi d'autre but que d'empêcher la prise de conscience d'un autre monde, écosocialiste.

    Le capitalisme contemporain que nous nommons néolibéral fonctionne pour une très petite minorité de riches sur la planète, planète qu'il entreprend aussi de détruire. Il importe donc de le remettre en cause et toutes les contributions pour ce faire sont bienvenues . Il convient ensuite de proposer une stratégie de transformation sociale claire qui ne peut donc s'accomoder du quasi maintien de l'existant avec plus de service public et plus d' ESS.

    Certes aujourd'hui il n'est pas simple de préciser ce que nous entendons par appropriation sociale mais quelques auteurs ont clarifié les questions et les perpectives (lire Yves SALESSE sur cette question). Sortir de la "fin de l'histoire" suppose le dépassement du socialibéralisme . La récente campagne pour le NON suivie du succès du 29 mai 2005 puis le combat mené contre le CPE début 2006 ont montré que les peuples n'étaient pas dupes, qu'ils ne voulaient plus des politiques libérales de droite ou de "gauche".

    2. - Il arrive de lire que "'autres mondes sont possibles" Que penser de cette étonnante formule au pluriel ?

    "D'autres mondes sont possibles" signifie que trois grands mondes semblent concevables :

    a) celui-ci, le présent monde connu, celui qui asseoit la domination capitaliste et impérialiste sur la planète tant au Nord qu'au Sud mais préserve encore difficilement certains droits et libertés . Dans quelques endroits de la planète, au Nord essentiellement, l'Etat de droit conjugué vec Etat social a formé dans la conscience populaire une forme d'Etat et une régulation sociale ou les contradictions systèmiques étaient amorties . Nous vivons depuis plus de vingt ans la fin de cette pranthèse.

    b) et d'autres (au pluriel) : deux autres. Ce pluriel signifie en effet que peut survenir le progrés social et environnemental mais aussi la régression, la peste brune :

    * l'autre monde possible, souhaitable et même nécessaire :

     Nous voulons un autre monde réellement solidaire et démocratique, autrement dit postcapitaliste, un monde qui nous sorte de la logique dominante du profit, de la financiarisation, de la marchandisation du monde et de son appropriation privèe ; celui d'un nouveau socialisme du XXI siècle égal et solidaire, approfondissant et généralisant la démocratie et l'appropriation publique et sociale .

     Cet autre monde serait à dominante écosocialiste à la fois socialiste et respectueux de la nature. On mesure mal encore les effots à accomplir en ce domaine .Il va falloir décroitre dans certains domaines et accroitre la production dans d'autres, l'offre de services notamment. L'altercroissance et l'alterdéveloppement sont à l'ordre du jour.

     Cet autre monde accepte bien évidemment la pluralité des cultures : il est composé de sous-mondes ou les différences se vivent dans la laïcité, la liberté et l'égalité.

    * mais aussi un monde mortifère, un monde "de monstres", un monde pire encore que celui que nous connaissons actuellement . Oui c'est possible ! Un monde ressemblant à celui du fascisme, du nazisme, et des dictatures diverses militaires, religieuses, de notables à fondement ethnique ou bureaucratique. Le MRAP et d'autres associations militent pour empêcher le retour des monstres... Un monde fondé sur l'épuisement du supplément d'âme social du capitalisme dans certains pays conquis par le mouvement ouvrier à l'issue de la seconde guerre mondiale (cf Etat providence)

    Christian DELARUE

     


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  • ALTERMONDIALISATION et ALTERMONDIALISME.


    ATTAC a étendu sa sphère d'intervention originaire mais n'embrasse pas pour autant l'ensemble des questions qui se pose au citoyen dans la société contemporaine. La tendance semble à discuter de tout sans tabou dans ATTAC, de tout sauf de l'action de tel ou tel parti politique, objet associatif oblige (1). En fait ATTAC comme mouvement d'éducation populaire tourné vers l'action se rattache à la lignée des mouvements d'émancipation mais sur des bases nouvelles exigées par la crise relative du mouvement ouvrier tant dans sa composante politique que dans sa composante syndicale.

    I. - ATTAC une association de masse pour l'émancipation citoyenne

    Attac "de masse" signifie simplement qu'elle est ouverte à tous ceux et toutes celles qui veulent combattre la "dictature des marchés financiers" (1) et non réservée à une élite spécialisée dans l'économie ou le droit international comme je l'ai déjà entendu. Elle est un outil et un lieu de débat pour se libérer des contraintes du néolibéralisme par "l'aide au citoyen" (cf sigle d' ATTAC). Mais si cette démarche d'émancipation citoyenne rattache l'association à une "culture de mouvement" il faut reconnaitre qu'une certaine "culture de gouvernement" n'y est pas absente, du moins s'agit-il alors plus d'une culture d'alternative que d'une culture d'alternance.

    - ATTAC entre altermondialisation et altermondialisme.

    L'altermondialisation fait référence au processus, à la construction du mouvement réel. L'altermondialisme fait plus référence au but au projet, à la perspective d'un autre monde.

    L'altermondialisation concerne les pratiques sociales alors que l'altermondialisme porte sur les conceptions du monde , celles portée par le mouvement tant en contre qu' en pour.

    L'altermondialisme, qui ne se nomme plus antimondialisme, a néanmoins maintenu sa nécessaire composante de résistance à la mondialisation marchande, financière et d'appropriation privée. Le mouvement s'est dans son évolution doté d'une perspective positive matérialisée par une série dee tryptiques : une autre France, une autre Europe, un autre monde.

    On peut aussi dire un alterdéveloppement, une alterépublique, une alterdémocratie. On peut enfin y ajouter les luttes transversalles contre les dominations et oppressions sexistes, racistes et intégristes religieuses. L'exigence d'égalité serait alors fédératrice : Gus MASSIAH évoque souvent l'égalité d'accès aux droits essentiels comme alternative au néolibéralisme. L'égalité hommes/femmes est toujours d'actualité. Mouloud AOUNIT appelle avec d'autres de ses voeux la constitution d'un mouvement civique fondé sur "l'égalité d'abord" une égalité "une et indivisible", ce qui vient rattacher plus fortement l'exigence d'antiracisme nécessaire à un 'altermondialisme conséquent.

    - Une aporie : ATTAC contre le "mouvementisme" sans être avant-gardiste

    L'enjeu est bien que l'altermondialisation ne sombre pas dans le mouvementisme, c'est à dire dans un mouvement qui "bouge" en ayant oublié ses buts tant en résistance "anti" qu'en perspective "alter". Un tel mouvement s'inscrirait alors plus dans la perspective infra-altermondialiste de la "fin de l'histoire". Elle se contenterait alors d'accompagner la dynamique du capital par des mesures sociales et écologiques qui préserve ce dernier dans ce qui le constitue radicalement. Pour autant l'atermondialisme ne précise qu'assez peu son "autre monde", son après-capitalisme dominant pour certains, son après-développement pour d'autres. ATTAC ne découpe pas en son sein des tendances pour les marginaliser voire les exclure. La vérité de vient pas d'en-haut mais du débat interne, parfois dur, car l'avant-gardisme (2) ne fait pas parti de son corpus théorique et pratique.

    II. - Radicalité et élargissement : reprendre la problématique.

    - Radicalité et élargissement Le terme de radicalité prête parfois à confusion. Il s'agit de proposer au mouvement social revendicatif des mesures qui s'attaquent "à la racine des choses", des mesures d'alternative en rupture franche avec le néolibéralisme, des mesures à la hauteurs des attaques portées par les acteurs du capitalisme contemporain. C'est un des enjeux du Manifeste d' ATTAC qui contient plusieurs niveaux de mesures. Le débat doit se poursuivre sur ce plan . Mais l'existence d'un texte satisfaisant n'épuise pas le sujet . En effet ces mesures doivent être partagée et portée par une dynamique sociale . Une dynamique large . Cette radicalité ne doit pas faire obstacle à l'élargissement du mouvement. L'élargissement du mouvement est à la fois la condition de son succès mais aussi le risque du dévoiement de sa perspective d'un "autre monde". L'enjeu est de tenir les deux bouts entre radicalité et élargissement.

    - Une question lancinante La question n'est pas nouvelle , elle avait déjà été posée dans l'ouvrage collectif "Où va le mouvement altermondialisation ?" écrit dans la foulée de la manifestation anti-guerre du 15 février 2003. La question ressemble assez à celle posée dans le mouvement syndicale entre revendication et unité ou revendications et rassemblement. Mais au sein du mouvement altermondialiste, il n'y a pas fondamentalement de classe de travailleurs à défendre et à unir sur des revendications. Les salariés ne sont qu'une composante, certes massive du mouvement. Et encore que dans la réalité de ce dernier toutes les couches du salariat ne sont pas présentes et actives . Outre les salariés le mouvement "alter" mobilise des travailleurs indépendants, des artisants et des paysans . La confédération paysanne participe de cette mobilisation avec les syndicats de salariés . En théorie, le mouvement altermondialiste notamment celui français s'appuit sur l'idée de citoyenneté des individus, une citoyenneté inscrite dans la nation (3) pour les uns et dans une dimension continentale (européenne) et même mondiale pour les autres. Dans d'autres pays il s'appuit plus sur le sentiment d'appartenance des citoyens au peuple, cette communauté plus large que le salariat qui s'oppose aux élites, aux gouvernements en place de droite ou de gauche, aux dirigeants privés (le MEDEF) ou public (la Haute Administration).

    La réponse semble tenir dans le souci de diversité et pluralisme des adhérents des comités locaux ainsi que des thèmes abordés par eux. La nature d' ATTAC entre aussi en jeu, notamment sa gouvernance particulière qui fait cohabiter dans un ensemble sous tension un Conseil scientifique, un collège des "fondateurs" et un Conseil d' Administration qui est ouvert à la fois aux élus des adhérents "personne physique" et aux élus des adhérents "personne morale".

    Christian DELARUE

    Membre du CA d'ATTAC France

    Secrétaire national du MRAP

    - Notes :

    1 Je me suis essayé à un exercice "limite" sous le titre "ATTAC et Unitaire 2007" publié sur krismondial.blogg et sur Bellaciao

    2 A propos d'avant garde, j'ai publié sur Bellaciao un extrait d'Alain BHIR

    3 avec une extension à la citoyenneté de résidence pour les ressortissants extra-communautaires durablement installés en France 4 "Egalité d'abord" , l'appel a circulé sur les listes d' attac . Il est en cours de constitution

    Mon propos est plus tranché dans : "L'altermondialisation n'est pas l'altermondialisme "

    http://altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article1333


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