• Une autre économie orientée vers le développement humain


     

     

    Une autre économie orientèe vers le développement humain et non vers l'accumulation des profits, sources d'enrichissement sans cause (en dormant ), devrait trouver ses fondations sur l'appropriation sociale des principaux moyens de production et d'échange en lien avec une véritable politique industrielle, un service public de la statistique ouvert sur l'information des usagers et des citoyens, un pôle public national bancaire d'investissement ainsi que sur la planification démocratique .

    Cette planification pourrait être mise en oeuvre à un échelon territorial intermédiaire qui serait la région . Entre le Gosplan hypercentralisé et l'exemple yougoslave très localiste il convient de choisir un champ intermédiaire . Aucune société ne peut fonctionner sur une base purement localiste sans se fractionner . La planification suppose un processus de va-et-vient entre le local et le général .

    Christian DELARUE

    A titre de contribution au débat j'ai reproduit les sept premières thèses sur les "21 thèses sur la planification" publiée en revue en 1991 par Maxime DURAND.

    1 - Entre les besoins sociaux et ce qui est finalement produit, le capitalisme intercale un filtre : celui de la rentabilité . La planification a pour fonction de retirer ce filtre, afin d'orienter l'économie en fonction des besoins . Il s'agit donc d'un autre mode de fonctionnement de l'économie. 2 - Le capitalisme ne fait évidemment pas abstraction des besoins, simplement il n'accorde pas le même intérêt à tous, et il en est même qu'il refuse de prendre en considération . Un salarié qui se fait soigner représente un coût pour l'économie capitaliste ; le même qui achète un magnétoscope relance cette économie en lui offrant un débouché rentable . La seule différence entre ces deux actes de consommation réside dans la rentabilité potentielle que l'on peut trouver à satisfaire l'un plutôt que l'autre .

    3 - Les deux critères (profits et besoins) coexistent dans le capitalisme : de nombreux besoins, généralement collectifs, échappent plus ou moins à la logique de rentabilité . En ce sens il y a du plan dans l'économie de marché : le capitalisme est tempéré, mais il n'en reste pas moins que c'est sa logique de la rentabilité qui imprime sa marque à la dynamique de l'accumulation . On parle de réduire les dépenses de santé, pas les achats de voitures .

    4- Il n'y a pas de bons ou de mauvais besoins : la critique anticapitaliste ne repose pas sur une approche morale, et n'implique pas que l'on dispose d'une échelle de valeurs des besoins . La constatation essentielles, et suffisante, est que le capitalisme décide des ordres de priorité et sélectionne à partir de ses propres critères les besoins qu'il entend satisfaire .

    5 - Il y a aussi du plan dans les grandes entreprises, mais il s'agit de plans individuels, qui s'opposent à ceux des concurrents . La rationalité qui s'en dégage existe, mais sa portée est restreinte : Michelin planifie sa production, pourtant cela ne l'a pas empêché de perdre de l'argent à cause de la concurrence . L'opposition n'est pas fondamentalement entre plan et marché comme forme de gestion, mais plutôt entre profit et besoins comme critères de cette gestion.

    6 - La différence essentielle entre les deux logiques (profits et besoins) n'apparaît réellement que dans le fonctionnement dynamique de l'économie . C'est la manière dont la société alloue son surplus, dont elle investit, qui détermine son mode de croissance . La question est donc de savoir dans quels domaines une société met le paquet et consacre l'effort maximum . Va-t-on par exemple investir dans le logement ou dans l'industrie électronique ?

    7 - Autant on peut admettre que le consommateur muni de son revenu, est souverain sur le marché, en ce sens qu'il peut dépenser son argent comme il l'entends, autant il pèse peu sur l'affectation du surplus social . Cette différence se retrouve lorsque l'on compare le temps considérable que le citoyen moyen consacre à la consommation, et les rares moments qu'il a l'occasion de consacrer à l'activité consistant à définir les priorités de la société dans laquelle il vit.



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  • Altercroissance/alterdéveloppement : de la critique du mal-développement aux pistes alternatives.


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    "Décroissance, nécessité de sortir de l'impasse économique". Conférence-débat Muzillac du 25 sept 2005 avec Jean AUBIN et Christian DELARUE

    Contribution de Christian DELARUE

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    L'intervenant précédent a décrit l'état des ressources natuelles et explicité des notions comme l'empreinte écologique, le pic de Hubert, etc . Comme l'a fait remarquer l'animateur du débat, Samuel FERET, ni l'un ni l'autre n'avons utilisé la notion de développement durable . Pour ma part, c'était simplement pour faire l'économie d'un débat supplémentaire déjà compliqué. Le présent texte réintroduit cette notion . J'observe aussi que ni l'exposé ni le livre de Jean AUBIN ne distingue valeurs d'usage et valeurs d'échange ; or cette distinction me semble essentielle pour la promotion d'un alterdéveloppement. Pour un alterdéveloppement : de la critique du mal-développement aux pistes alternatives.

    Pour « l'autre monde » nécessaire . Il ne s'agit pas seulement de critiquer le "productivisme", "l'économisme", le PIB (produit intérieur brut). Critique développée précédemment par Jean AUBIN. Cette critique a son importance lorsque l'on veut concevoir, dans le cadre d'un "autre monde" possible une organisation sociale qui aille à l'opposé de l'exploitation de l'homme et de la nature, donc un système postcapitaliste civilisé et solidaire.

    Croissance, développement , décroissance :

    La croissance économique est mesurée à l'augmentation du PIB (produit intérieur brut). Le productivisme se satisfait de cette croissance quantitative. Le développement veut lui intégrer de multiples dimensions (avec ou sans l'aide d'indice ou d'indicateur de développement humain). Son échec, comme modèle ou comme stratégie, a suscité la critique (la priorité au « tout industriel » par exemple) et a généré l'idée de décroissance.

    Décroissance / décroisssances :

    L'idée de décroissance infinie employée au singulier me semble tout aussi peu acceptable que l'idée de croissance infinie. Elle ne peut être un objectif en soi . L'idée de décroissance "économique" sans plus de précision ne me semble pas plus pertinente. Le Club de Rome a certes préconisé en 1970 la « croissance zéro » . En fait , on peut évoquer des décroissances dans des secteurs précis et de la croissance dans d'autres secteurs .

    Production, consommation, utilité/nuisible, durable/obsolescence :

    Si la production est principalement située au nord, donc au sein de la Triade et surtout aux USA il faut effectivement ajouter que la consommation de biens marchands se situe aussi au nord . Cependant toute consommation n'est pas nuisible. Il y a des consommations utiles et nécessaires pour le développement humain, dont certaines coûtent très chers (achat de logement). On peut critiquer que la logique du système organise sciemment l' obsolescence de certains biens au fin de reproduction de ce dernier.

    Consommation, justice, partage :

    De la distinction entre les types de production/consommation possibles il faut tirer une conclusion : toute augmentation des salaires ne va pas nécessairement vers une consommation néfaste. Tout dépends des politiques menées. Dés lors reste à ce niveau du débat à ne pas oublier la fameuse formule : "il y a du sud dans le nord comme il y a du nord dans le sud ". La demande solvable sur le marché est bien différente selon que l'on est travailleur salarié ou capitaliste.

    Pour une vision dynamique et non misérabiliste du partage : En France, dans le partage de la plus-value les salaires sont décroissants depuis 20 ans mais pas les profits . Il y a aujourd'hui des personnes énormément riches, plus que plusieurs pays . C'est la toute l'importance d'une fiscalité globale qui soit autrement redistributive. La "décroissance" pour s'appliquer justement devrait être exigée d'abord des plus riches, des trés riches . Pour le peuple - pris ici au sens de ceux qui ne décident pas (salariés, paysans, artisans) - la question posée serait ou « l'altercroissance » ou mieux l'alterdéveloppement.

    Mon exposé s'appuit sur le livre d'ATTAC intitulé "Le développement a-t-il un avenir ? Pour une société économe et solidaire" et sur des 4 pages et 8 pages consacrés à ces questions. Un colloque dont les contributions sont consultables sur le site de Jean-Marie HARRIBEY a permi un enrichissement de cette problématique.

    Exposé en deux parties, la première en critique du mal-développement, la seconde portant sur la convergence des alternatives nécessaires pour un alterdéveloppement.

    I - DE LA CRITIQUE DU MAL DEVELOPPEMENT...

    Pour l'heure, ce qu'il importe de critiquer c'est le mode socialement existant, donc le mode de développement historiquement lié à l'accumulation capitaliste ; accumulation faite au profit d'une classe minoritaire.

    A) CRITIQUE DE QUELQUES NOTIONS TROMPEUSES

    "L'économie" ne doit pas être réifiée et naturalisée comme le font les libéraux car elle est le produit d'une organisation sociale ; une organisation sociale clivée par des rapports sociaux. L'expression "sortir de l'impasse économique" me semble se rattacher à cette conception libérale d'une "économie" indépendante du social et de l'environnemental .

    Deux mots sur "l'économisme" à partir de la mondialisation du capitalisme.

    Son déploiement en l'espace de 20 ans passe par la surmultiplication des FMN (firmes multinationales), donc par l'expansion du capital productif, en fusion avec le capital financier qui est aujourd'hui le plus globalisé et le plus liquide. Le capital étant un rapport social on comprends déjà qu'il ne s'agit pas seulement d'économie désincarnée. Evoquer cette montée en puissance des STN (sociétés transnationales) aboutit au constat d'un double mouvement :
    - celui qui va des campagnes vers les villes, et souvent la périphérie des villes qui dans le Sud se nomme bidonvilles.
    - celui qui transforme le paysan appauvri en salarié pauvre .

    Ces mutations n'ont pas que des répercutions sociales, l'exploitation des ressources naturelles est également affectée. Pour autant s'en tenir là sans voir le rôle d'institutions comme le FMI, la BM ou l'OMC ou la politique des USA relève de l'économisme. Le niveau politique a son importance, ce qui ne doit pas conduire à négliger le rôle des FMN, moteur de la mondialisation capitaliste.

    L'idéologie du progrès : Il s'agit du détournement positif de la notion conçue essentiellement comme croissance de la technique et de la technoscience . La rationalité technicienne et bureaucratique est fétichisée - élevée comme un dieu devant lequel il convient de s'agenouiller - et conçue comme la solution de tous les problèmes. L'informatique au travail a rénové la vielle répétition de taches simples et ennuyeuses. L'informatique chez soi peut être utile et enrichissante, mais elle est utilisée pour informatiser le service à la clientèle (secteur marchand) ou aux usagers des services publics
     croissance des biens marchands et apologie du marché . Tout doit être approprié (privativement) et tout doit ensuite se vendre et s'acheter.

    B) EN FINIR AVEC LE DEVELOPPEMENT CAPITALISTE.

    Il n'y a pas de développement harmonieux sous le capitalisme Le développement est largement rabattu sur la croissance économique, les autres aspects étant secondaires. Les dégats de la croissance, tant écologiques que sociaux, sont à rattacher au mode de production capitaliste . Les modalités de la croissance : ce type de développement qu'il prenne la forme commerciale (l'échange international de marchandises) ou productive (la délocalisation d'usine de production) se déploie territorialement et socialement de façon inégalitaire. Le fossé s'accroît. Les objectifs de la croissance ne sont peu ou pas débattus : qualitative, en valeur d'usage ou quantitative, en valeur d'échange ; riche ou pauvre en emploi stable ; etc... L'impérialisme en version guerrière et "pacifique" Les guerres impériales fortement destructrice sous toutes formes sont liées à l'extension nécessaire du commerce. La production comme le commerce des armes classiques et nucléaires sont à combattre. Cela va dans l'intérêt général des peuples qui doivent pouvoir vivre "en amitié" Le sous-développement a lui aussi été conçu comme un marché à conquérir pour l'impérialisme. Il ne s'agit pas pour les FMN de satisfaire les besoins nutritionnels, de santé et d'emploi mais de créer les conditions d'installation d'usines avec une main d'oeuvre rentable ou de s'intéresser aux ressources naturelles du pays afin de les piller.

    II ...AUX ALTERNATIVES A FAIRE CONVERGER.

    A) CADRE GLOBAL :

    Ces alternatives se conçoivent pour les pays du sud dans une relative deconnexion avec le marché mondial et avec des institutions comme l'OMC et le FMI . En Europe, il s'agit rein moins que de s'engager vers une double rupture vers la haut à l'égard de la domination américaine et vers le bas avec de nouveaux rapports entre l'UE et les pays ACP. L'ensemble ces propositions suppose d'autres mécanismes d'investissement et d'allocation financière, dont la taxe sur les transaction financière est un élément. Cela suppose aussi une généralisation de la démocratie, des choix démocratiques. Cela passe aussi par une redistribution des richesses mais celle pensée au plan mondial doit s'articuler à celle exigée au plan des pays. Une phase de transition est à penser tant coté fiscalité que coté rémunération salariale. La critique de la consommation populaire ne tarira pas la critique du mauvais partage de la valeur ajoutée. La revendication de l'annulation de la dette, qui enrichi les riches, se pose tant au sud qu'au nord.

    B) LES CONVERGENCES POSSIBLES POUR UN AUTRE DEVELOPPEMENT :

    a) Développement durable ou alterdéveloppement ?

    Le concept de développement durable, né d'une contestation de la croissance capitaliste productiviste, est aujourd'hui récupérée par la droite comme par les firmes multinationales les plus pollueuses et prédatrices. Rappelons qu'il désigne " le choix d'un modèle de production, de consommation et de répartition qui permette à tous les êtres humains de vivre décemment, tout en respectant l'environnement et les écosystèmes dont, directement ou indirectement, dépend l'humanité, et ce sans compromettre la satisfaction des besoins de générations à venir" Pour nous « alterdéveloppement » reprend cette définition et précise en outre que ce dernier se voit fondé en principe sur une logique non marchande et d'appropriation publique et sociale. Il est construit à partir des alterdéveloppements sectoriels tant au nord qu'au sud : agriculture paysanne non intensive, élevage hors sol, production d'énergies autres (que le pétrole, le nucléaire, etc..), alternative à la pêche industrielle, mise en service public de l'eau privatisée et marchandisèe par les STN, service de diffusion de médicaments, etc.

    b) Promouvoir ensemble service public et économie de marché locale en fonction de la dimension des biens à produire

    ** L'alterdéveloppement suppose de généraliser les services publics tant au nord qu'au sud, tant nationalement que mondialement . Ce qui met en cause non seulement la mise en concurrence par le marché et le non subventionnement . Les vrais services publics sont :

    - pourvoyeurs de valeurs d'usage et non de valeur marchande (d'échange).

    - fonctionnant selon des tarifs et non des prix, la gratuité étant possible

    - satisfaisant des besoins sociaux non sélectionnés et manipulés par le marché et non une demande solvable devant satisfaire un profit.

    - fondé politiquement et démocratiquement et non en fonction de la "main invisible" du marché

    - repoussant la triple logique actuelle : logique financière, marchande et d'appropriation privée de la production...

    ** Promouvoir les service publics et l'appropriation publique ne signifie pas absence de place pour la propriété privée et le marché. Il ne s'agit pas de promouvoir une économie administrée. Les sociétés coopératives doivent être renforcées face aux sociétés anonymes faisant appel à l'épargne. La promotion de l'économie de marché locale pour organiser des circuits courts que ne connaissent pas les FMN et les échanges internationaux est un vecteur contre le gaspillage et la surexploitation des humains et de la nature . Mais elle ne doit pas laissée entendre un retour mythique à une totale production artisanale mais à un rééquilibrage des productions face à l'industrialisation de toute production . En fait le local peut prendre une dimenssion trés restreinte - notion de pays ou de métropole - mais aussi plus large comme la région, la nation . il faut aussi lutter promouvoir d'autres rapports sociaux tant dans l'entreprise (le statut du travail salarié lié à la baisse de l'intensification du travail et à la RTT, ce qui aboutirait à réduire la dictature patronale dans les entreprises - y ajouter le "travailler autrement" contre la parcellisation des tâches ou la polyvalence excessive) qu'à l'extérieur (exemple : le logement). Le productivisme c'est aussi toujours plus d'exploitation de la force de travail.

    Pour conclure,

    Disons que la tâche est immense et urgente et qu'il ne peut s'agir de se replier sur soi . "Vivre autrement" passe sans doute par divers changements dans les pratiques individuelles lesquelles ne sont pas répertoriées dans un programme abouti et absolu . Vivre autrement passe aussi par le débat - suivi d'actions collectives - sur des propositions alternatives telles qu'esquissées ci-dessus . Un combat politique à plusieurs niveaux est à mener sans tarder contre la mondialisation capitaliste productiviste et pour instauration d'une autre société fondée sur la diffusion massive des valeurs d'usages et la réappropriation publique/sociale.

    par Christian DELARUE - ATTAC Rennes

    Bibliographie succincte

    Indicateurs de bien-être et de développement par B BOIDIN

    Pour une société de décroissance Serge LATOUCHE

     « Vive l'impôt » Livre d'ATTAC

    Note du CERC sur la modération salariale Pierre CONCIALDI

    Le partage de la plus-value Michel HUSSON

    La croissance , pour quoi faire ? G SAINTENY

    En quoi la mondialisation remet-elle en question le concept de développement ? Eric ROUGIER

    Six milliards sur la planète : sommes nous de trop ? Michel HUSSON Textuel

    Les nouveaux fondements théoriques du protectionnisme dans le circuit keynésien J V ACCOCE

    Le développement durable éclairé par le principe de précaution Geneviève AZAM

    Faut-il refuser le progrès ? Michel BARILLON

    Echec de la stratégie de développement Stéphanie TREILLET

    Sport et décroissance C HOMS


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