• POUR UNE ALTERNATIVE D'INSERTION ET D'INTEGRATION EN REPONSE AU CESEDA ET A L'IMMIGRATION JETABLE.

    Intervention de Christian DELARUE (*) lors du Forum de la CNL à Nantes le samedi 11 février 2006.

     

    Vos débats relatent les problèmes issus des phénomènes accrus d'exclusion du logement marchandise. Vous militez pour un véritable service public du logement pour tous et au-delà pour un aménagement urbain qui réponde avant tout aux besoins sociaux et écologiques de la population . Vous revendiquez et agissez contre la soumission des modalités de l'aménagement à la logique du profit des principales entreprises pesant via les structures de gouvernance sur la politique des villes.

    Je partage chers amis vos préoccupations qui sont aussi, au passage, celle d'une association comme ATTAC.

    J'en viens à mon propos plus en lien avec l'objet du MRAP, propos un peu décala mais en lien avec le thème de l'exclusion. Vous savez que M SARKOZY veut durcir encore plus sévèrementle code d'entrée et de séjour des immigrés en France . Le projet CESEDA - le nom du code - a fait l'objet d'une première série de critiques de ces dispositions . Je ne vais ici vous

    les détailler . Une pétition en en cours de signature sur un site dénommé contreimmigrationjetable. Sachez simplement que chacune des dispositions du CESEDA est une nouvelle restriction voire une suppression de droits et de libertés.

    Outre l'attaque aux droits élémentaires, vitaux et fondamentaux des immigrés ce projet participe d'une nouvelle et profonde dégradation des droits de l'immense majorité de la population française.

    Celle-ci doit réagir au-delà du cercle habituel de la solidarité avec les immigrés et les sans papiers. Ici ou là une initiative apparaît . Mais il faut élargir le cercle . Le peuple français via ses associations et ses syndicats de salariés et de paysans doit s'opposer à l'instauration d'une société barbare.

     

    1 - Un autre droit d'accueil et de séjour des étrangers et d'autres pratiques sociales et institutionnelles sont possibles

     

    * Pour construire juridiquement la liberté de circulation et d'installation et au-delà de la riposte nécessaire à l'actuel projet c'est l'ensemble du dispositif législatif de ses vingt dernières années qu'il faut refonder pour monter un autre droit d'accueil et le séjour des étrangers, plus respectueux de la dignité de tous, plus soucieux de d'égalité des droits et des conditions, plus civilisé (ici employé en opposition à barbare) . Il faudra en effet revenir sur :

    - les lois Pasqua Debré Chevènement qui criminalisent les sans-papiers,

    - les lois Mehaignerie Guigou qui restreignent le droit du sol,

    - les restrictions au droit à la santé visant les sans-papiers,

    -la double peine prison puis expulsion,

    -la condition de nationalité qui interdit plus de 30% des emplois aux non européens.

     

    * Nombre de discours, de pratiques policières et administratives doivent changer . Nous pensons notamment

    - au rapport Bénisti qui voit en chaque enfant d'immigré un criminel potentiel,

    - aux propos de Baroin remettant en cause le droit du sol,

    - aux rafles d'immigrés,

    - aux circulaires au chef d'établissements scolaires leur demandant de signaler les élèves mineurs dont les parents seraient susceptibles d'être sans papiers et les élèves majeurs qui pourraient l'être eux-mêmes.

    Le projet CESEDA participe de plusieurs logiques de précarisation et de division notammentcelle du contrat première embauche (CPE), mais aussi d'une stigmatisation postcoloniale inscrite notamment dans la loi du 23 février 2005 en son article 1 qui dit : « La nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'oeuvre accomplie par la France dans les anciens département français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française » .

     

    2 - Le nécessaire co-développement ne doit pas empêcher la satisfaction des revendications de dignité humaine.

    Mais en rester à la seule contestation du projet CESEDA ne suffira pas .

    Il importe aussi de réellement promouvoir un autre développement pour les pays d'immigration. Cela ne doit plus être un supplément d'âme du capitalisme à l'instar de l'économie sociale et solidaire ou de la thématique des

    entreprise socialement et écologiquement responsable.

    Bien sûr le co-développement ne doit pas être l'alibi pour ne pas revendiquer la :

    - régularisation de tous les sans papiers

    - application stricte du droit du sol

    - abrogation de la condition de nationalité qui interdit plus de six millions d'emplois aux étrangers non-européens

    - suppression de la condition de nationalité pour participer aux élections.

    - abrogation de la double peine .

    Merci de votre invitation et de votre écoute. Et je tâcherais de ne pas oublier la fin de la période de protection des locataires à la mi-mars qui donne chaque année la triste occasion de mettre à la rue de plus en plus de locataires insolvables, locataires usagers des HLM ou locataires clients du privé.

    * Christian DELARUE est Secrétaire national du MRAP et membre du Conseil d'Administration d'ATTAC France


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  • CONSTRUIRE LA "DACIA LOGAN" DU LOGEMENT POUR TOUS !

    Plus que pour un logement décent (la 2 CV), pour un habitat de qualité (la nouvelle DACIA LOGAN)!

    Car, pour rester dans les analogies, le "SMIC revendiqué" (cgt) c'est nécessaire et mieux que le SMIC actuel ou, à fortiori, le RMI.



    La comparaison avec cette voiture connue pour son confort à relativement faible prix a ses limites mais signifie qu'en matière de logement il faut faire mieux et pour nettement moins cher (la Logan n'est pas donnée !) . On peut avoir une automobile de moins bonne qualité qu'une DACIA LOGAN sans problème particulier mais s'agissant de son logement l'équivalent de la DACIA LOGAN serait le plancher qualitatif . Autrement dit, la comparaison avec cette nouvelle voiture signifie aussi qu'en matière de logement la simplicité n'est pas de mise et que la production de logement doit croitre non seulement quantitativement mais aussi qualitativement et pour moins cher. Du coup la sortie de la logique marchande s'impose : il faut alors penser service public et tarification hors marché (1).

    En matière de droit au logement c'est un logement de qualité qu'il convient de revendiquer pour tous les mal logés. Et le mal logement va au-delà de ce que les statistiques officielles repèrent comme tel (1). Il y a en fait toute une gamme de mal logé . Outre les mal logés, il y a aussi celles et ceux qui ne sont pas logés du tout. Mais mon propos vise a promouvoir un droit au logement "par le haut" donc à partir des insatisfactions des mieux logés parmis les mal logés, autrement dit à partir de ce que les habitants en logement de peu de confort mais pas nécessairement bon marché seraient en droit de revendiquer. Il faut ici entrer dans le concret sans être exhaustif.



    I - Revendiquer l'existant en plus grand ou en mieux.


    - S'agissant des pièces principales : Disposer de chambres ou il est difficile de passer entre le lit et le meuble à vêtement est aussi une variété de mal logement. Il convient d'avoir autant de chambres que de cohabitants. De même avoir une cuisine trop petite est trop courant.

    - S'agissant des pièces annexes : Disposer d'une cave humide en terre battue sans éclairage c'est du mal logement même si l'appartement est correct .
    - Avoir un balcon étroit n'est certainement un espace à vivre (à peine un lieu ou l'on vient fumer). Disposer d'une terrasse

    II - Revendiquer en plus de l'existant.


    - Avoir une cuisine même de taille correcte sans arrière cuisine c'est aujourd'hui un manque de confort réel. L'arrière cuisine ne devrait plus être un luxe

    - Peut-on revendiquer le jardin pour tous? En voyant l'extension infinie des lotissements de grandes surfaces d'habitat et de pelouse il convient sans doute de fixer des limites. Mais qui les fixe? Quels critères ? Il ne s'agit pas en tout cas de revendiquer pour tous des jardins grandioses en périphérie des villes. Reste que de disposer d'une surface à l'air libre permettant de s'attabler en toute convivialité est légitime pour tous et que la terrasse ne remplace pas un petit jardin.

    Christian DELARUE


    (1) Le Service public national du logement et de l'habitat par Christian DELARUE sur le site ATTAC35 et ATTAC France
    (2) Le mal logement en 2007 le 14 mars 2007
    http://www.inegalites.fr/spip.php?article508&id_mot=95
    3) Le jardin et l'écosocialisme sur Bellaciao


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  • Le texte de JP ESCAFFRE puis la réponse de Christian DELARUE

    Stratégies et tactiques de mains de maître

    Le Non au référendum du TCE a senti le roussi pour le MEDEF, ou plus exactement pour ses principaux mentors qui ont une haute conscience de classe. Le déferlement de leur propagande en faveur du Oui s'est avéré relativement inefficace. Leurs « élites » furent à cours d'arguments pour convaincre le bas peuple, tout aussitôt jugé inapte à comprendre les grands enjeux (les enjeux pour qui ?).

    La réaction ne s'est pas fait attendre . En quelques mois après le 29 mai 2005, la tête du MEDEF réorganise globalement les media français : partage de la presse écrite en quatre zones (avec le concours du Monde), déplacements de journalistes de media publics (jusqu'au « détail » : cas de J. RAY par exemple), etc.

    « Avoir perdu les élections régionales, ce n'est pas grave. Ce qu'il ne faut surtout pas perdre, ce sont les élections présidentielles » s'exclamait en substance S. Dassault dans un interview à la revue Challenge début 2006, pour expliquer son achat de la Socpress et son recentrage immédiat.

    Aussitôt les media en ordre de bataille, les manipulations idéologiques bien coordonnées ont pu commencer, dans un premier temps dans les hebdomadaires. Premier objectif dès juillet / Août 2005 : faire monter N. Sarkozy, quitte plus tard à faire pleurer dans les chaumières dans un rôle de pauvre cocu innocent qu'il faut plaindre, à efficacité people certaine.

    Tout stratège sait que pour gagner à coup sûr, il faut choisir un challenger d'envergure calculée (pas trop fort, mais pas trop faible non plus pour sauvegarder le suspens). Dès la fin de l'été et mois suivants, voici qu'apparaît, à l'étonnement de tous, une figure sans réelle envergure nationale, sans vastes réseaux connus: S. Royal. Puis curieusement, un peu avant le congrès d'investiture du PS, ce parti invente la procédure d'adhésion par internet à 20 €... aussitôt, plusieurs milliers de personnes adhèrent, dont on sait aujourd'hui qu'ils ont voté à 80 % pour l'investiture de S. Royal. Le bas niveau d'analyse politique de classe de la plupart des adhérents « historiques », lecteurs et téléspectateurs quasi exclusifs des « grands » media, fit le reste. La challenger fit son boulot : se positionner aussitôt dans les champs idéologiques définis par son adversaire N. Sarkozy, finalement comme faire-valoir. Stratégies et tactiques classiques de tout bon cours de management.

    On remarquera aussi d'autres bonnes manœuvres : tout d'abord il fallait que N. Sarkozy aille à la chasse aux voix lepénistes par des discours musclés qui ont le don d'effrayer les bonnes consciences centristes. Pendant ce laps de temps, ils font monter Bayrou afin que des voix centristes ne s'accrochent aux discours mous de S . Royal. Une fois fait, les media taxent le même Bayrou de simple cheval blanc inconsistant qui baisse aussitôt dans les sondages... de quelques points, ce qui est suffisant.

     

    Autres manœuvres : le seul rôle historique du PS a été d'éliminer le PCF de l'échiquier politique français, comme seul porteur d'esprit de classe. Si les mentors du MEDEF l'ont, il ne faut surtout pas que les « exploités » l'aient. Les reculades idéologiques du PCF, pressé de toute part à cet égard, lui sont aujourd'hui fatales. Il suffit dès lors de multiplier les candidats de gauche pour disperser les électeurs à « esprit de classe » tout en même temps faire monter le vote « utile » sur une base idéologique uniquement anti-Sarko, c'est à dire sur une base politique très étroite. Dès lors, cette élimination étant réalisée, le rôle du PS devrait s'atténuer, juste ce qu'il faut au cas où l'esprit de classe renaîtrait...

    JPE

    Réponse de Christian DELARUE à JP ESCAFFRE
    Jean-Pierre ESCAFFRE a produit ci-dessus une contribution sur la situation ouverte depuis le Non au TCE jusqu'au sacre de N SARKOZY qui a le mérite d'une certaine originalité puisqu'elle pose une question essentielle en politique celle de l'articulation entre les tactiques et les stratégies. La seule observation a apporter, et dans le même régistre que son auteur, ne concerne que le dernier paragraphe et les rapports PS / PCF.
     
    Le fameux "baiser qui tue" de Mitterrand - par intégration du PCF dans une "gauche" incontestablement dominée par un programme social-démocrate - ne date pas d'aujourd'hui. Le PCF s'y est englué jusqu'à la perte. Donc dire que "le seul rôle historique du PS a été d'éliminer le PCF de l'échiquier politique français, comme seul porteur d'esprit de classe" ne suffit pas même si c'est vrai. Déjà en 1983 Patrick TORT écrivait qu'à force de se perdre dans les tactiques (un coup à droite, un coup à gauche) en abandonnant toute stratégie claire le PCF s'autodétruirait. C'est fait . Le PS a bien aidé mais le PCF y a été actif.
     
    Quel est la leçon de l'histoire ? Fondamentalement, un parti communiste digne de ce nom ne doit pas se contenter d'être seulement "porteur d'esprit de classe" tant dans le verbe des militants qu'avec la vague référence à la "visée communiste" pour ses intelectuels, il doit montrer à l'échelle de masse les lignes de forces qui par la lutte des travailleurs salariés permettent la transition vers le socialisme. Socialisme? Ecosocialisme? La perspective a disparue, il ne reste que "l'esprit de classe" et la notion de dépassement qui colle si bien à tous les compromis . Aujourd'hui, en employant le langage "alter" on dirait qu'il faut pour un PC authentique vouloir aller plus loin qu'un monde meilleur en vulgarisant les "ruptures franches" "à effet cliquet" qui permettent de basculer dans un "autre monde", radicalement différent. Qu'il convient en somme de passer de l'altermondialisation (on bouge, on aménage, on résiste) à l'altermondialisme (on enclenche des ruptures systèmiques).
     
    Comme la politique a horreur du vide d'autres forces poliques se sont portées candidates pour assumer le rôle altermondialiste abandonné par le PC. Cela ne s'est pas fait d'emblée dans l'unité car l'unité est toujours le fruit d'un patient travail : l'unité ne survient pas spontanément . C'est quasiment "naturellement" que sont apparues diverses forces mais dans la disperssion, des forces issues du monde associatif mais aussi des forces issues de partis et notamment du PCF, avec les "communistes unitaires" (très actifs sur Rennes). La période a aussi mis en avant un clivage porteur d'avenir au sein de la LCR entre les unitaires (autour de Christian PICQUET) et ceux au service de l'appareil (et récemment autour d'Olivier BESANCENOT, celui-ci étant devenu LA figure médiatique et électorale de ce parti, une Arlette au masculin). La LCR est un parti communiste historiquement moins flou sur le plan stratégique mais victime d'une tendance lourde aux démarcations diverses et donc aux divisions et aux sectarismeS, le tout étant peu propice à un élargissement de l'audience au sein des masses populaires. Bensaïd devrait tirer jusqu'au bout les leçons de son propre essai sur les trotskysmes, sans sombrer dans un opportunisme sans rivage.
     
    La période risque fort de poursuivre son processus de décomposition recomposition, l'enjeu étant la constitution d'un pôle hégémonique vraiement "à gauche", à la gauche d'un PS qui depuis longtemps, bien avant le congrès de l'Arche de 1991, a anadonné toute perspective d'une réelle transformation sociale pour se complaire dans lla "fin de l'histoire". Ce n'est qu'avec une gauche forte que la question d'une alliance avec le PS pourra se poser. Il s'agira alors de renverser le "baiser qui tue" en intégrant la gauche du PS voire le PS dans une force antilibérale ou l'anticapitalisme est hégémonique. Le tout pour conquérir la société et l'Etat. Cela ne se fera évidemment pas sans lutte des citoyens et du monde du travail.
     
    Christian DELARUE

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  • SARKOZYSME et BONAPAPARTISME.

    Du louvoiement politique à l'empreinte personnelle dans un régime politique sous tension. Recherche sur des similitudes.

     

    I - DIFFERENCIATION ETAT / REGIME POLITIQUE.

    Nicolas BENIES in L' Après libéralisme (1)

    Dans les faits la politique d'austérité est contradictoire avec la nécessité pour le régime politique d'apparaître légitime aux yeux de la grande masse des citoyens . Les nécessités de l'accumulation obligent l'Etat à remettre en cause les conquêtes de la classe ouvrière, et donc à ne plus apparaitre comme l'arbitre entre les classes . C'est pourtant l'intérêt des régimes politiques.

    Le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte

    La différenciation Etat / régime politique est issue de l'analyse de Marx dans le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte qui montre que le régime politique incarnant l'Etat à un moment donné peut se constituer contre la bourgeoisie et s'appuyer sur la classe moyenne. C'est la quintessence de cet adage : "La bourgeoisie règne mais ne gouverne pas "(1), du moins le plus souvent. La bourgeoisie délègue ses pouvoirs politiques pour conserver l'essentiel : les rapports de production capitalistes. Ainsi, et Marx en fait une brillante démonstration le régime politique apparait au-dessus des classes alors que la nature de l'Etat reste capitaliste.

    Cette analyse eminamment dialectique a été souvent mal perçue, beaucoup d'auteurs ont cru discerner deux définitions de l'Etat (2), alors que Marx part de la définition abstraite de l'Etat, "capitaliste collectif en idée", pour appréhender le régime politique qui représente la forme de l'existence de l'Etat. Il s'agit donc de deux niveaux d'abstraction différents, mais qui ne se conçoivent pas l'un sans l'autre.

    Ce qui permet de comprendre que la politique étatique qui correspond aux nécessités de l'accumuation du capital, de sa valorisation, prime sur les nécessités de la légitimation. Car pour apparaître légitime, un gouvernement doit pouvoir satisfaire quelques revendications des travailleurs ("le grain à moudre" pour parler comme les dirigeants syndicaux réformistes) et, plus généralement, être perçu comme le garant des acquis, par l'intermédiaire de lois et donc du développement du droit, en particulier du droit du travail. Toutes choses qui expliquent l'abandon des politiques de relance keynésiennes, adéquates à la longue période decroissance mais qui ne répondent plus aux nécessités de l'accumulation en période de crise. Et aussi ce que les politologues appellent "l'usure des équipes au pouvoir", qui provient directement de la mise en oeuvre de la politique d'austérité, conduisant aux attaques répétées contre le niveau de vie et les conditions de travail de la majorité de la population. Ce n'est que pendant la période dite de prospérité (les "Trente Glorieuses", qui n'ont pas duré trente ans et n'ont pas été glorieuses, sinon pour l'accumulation capitaliste) que les impératifs de l'accumulation et de la légitimation ont pu coïncider.

    (1) PEC La Brèche 1988 p 30 et 31

    extrait de :
    Du SOCIAL au POLICIER ou LE "DESORDRE POLICIER" AGGRAVE

    http://www.bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=48521

    Est-il pertinent d'opérer pareil rapprochement ? Oui pour J Marseille.

     

    II - BONAPARTISME - SARKOZYSME : un arbitrage spécifique entre les classes ?

     

    A - Un exemple de rapprochement :

    <intertitre>« Un bonapartisme moderne » </intertitre>par Jacques Marseille*

    Importation du néoconservatisme américain, selon les plus paresseux de ses détracteurs, le sarkozysme est en fait ancré dans une tradition historique française. Pour faire court, il n'est rien d'autre qu'un bonapartisme moderne.

    Ce qui le caractérise tout d'abord, c'est l'affirmation qu'il est possible d'être de droite en France. C'est épouser la pensée de Charles Péguy qui écrivait : « On ne saura jamais ce que la peur de ne pas paraître suffisamment à gauche aura fait commettre de lâchetés à nos Français. » Etre de droite pour brouiller les frontières entre soi-disant « progressistes » et soi-disant « conservateurs », telle est bien la marque de fabrique de cette droite sans complexe qu'on retrouve chez Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte ou Charles de Gaulle.

    Ce qui en découle surtout, c'est la démonstration qu'il n'y a aucune incompatibilité entre le peuple et la droite, aucune complicité naturelle entre le peuple et la gauche, cette gauche du Front populaire qui, il faut le rappeler, a largement voté en 1940 les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

    Ecouter Nicolas Sarkozy parler aux travailleurs, c'est relire « L'extinction du paupérisme », dans lequel Louis-Napoléon Bonaparte écrivait, en 1844 : « La classe ouvrière n'est rien, il faut la rendre propriétaire. Elle n'a de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras un emploi utile pour tous. Il faut lui donner une place dans la société et attacher ses intérêts à ceux du sol. » Contrairement à ce que prétendait François Hollande au cours d'un débat télévisé (avec l'auteur), ce n'est pas Jaurès qui a arraché le droit de grève pour les travailleurs, c'est Louis-Napoléon Bonaparte qui l'a accordé en 1864.

    Ce qui caractérise enfin le sarkozysme, c'est l'optimisme qu'entraîne l'acceptation du monde tel qu'il est. C'est refuser de rétracter la France au rang de puissance moyenne et considérer avec les économistes libéraux que la mondialisation a toujours été une chance et non un cauchemar.

    Autant de principes qui ne peuvent que nourrir les haines des partisans du prêt-à-penser. Difficile, en effet, pour tous ceux qui croient penser « juste », d'admettre un système qui fait de l'action et de l'adhésion populaire les clés de sa légitimité

    * Historien

    Le Point

    B - Retour sur le contenu d'une notion :

    - Extrait du "18 brumaire de Louis Bonaparte" de Karl MARX

    Au Parlement, la nation élevait sa volonté générale à la hauteur d'une loi, c'est-à-dire qu'elle faisait de la loi de la classe dominante sa volonté générale. Devant le pouvoir exécutif, elle abdique toute volonté propre et se soumet aux ordres d'une volonté étrangère, l'autorité. Le pouvoir exécutif, contrairement au pouvoir législatif, exprime l'hétéronomie de la nation, en opposition à son autonomie. Ainsi, la France ne sembla avoir échappé au despotisme d'une classe que pour retomber sous le despotisme d'un individu, et encore sous l'autorité d'un individu sans autorité. La lutte parut apaisée en ce sens que toutes les classes s'agenouillèrent, également impuissantes et muettes, devant les crosses de fusils.

    - Extrait des oeuvres de Léon TROTSKY 1933

    Bonapartisme

    L'adversaire du type d'Urbahns dira : il n'y a pas encore réellement de restauration du régime bourgeois, mais il n'y a déjà plus d'Etat ouvrier ; le régime soviétique actuel est un Etat bonapartiste au-dessus des classes ou entre les classes. En son temps, nous avons déjà réglé son compte à cette théorie. Historiquement, le bonapartisme fut et reste un gouvernement de la bourgeoisie dans les périodes de crise de la société bourgeoise. On peut et on doit distinguer le bonapartisme " progressif ", qui consolide les conquêtes purement capitalistes de la révolution bourgeoise, et le bonapartisme de déclin de la société capitaliste, le bonapartisme convulsif de notre époque (Papen-Schleiher, Dollfuss, le candidat au titre de bonaparte hollandais Colijn, etc.). Bonapartisme signifie toujours un louvoiement politique entre les classes ; mais, sous le bonapartisme dans toutes ses réincarnations historiques, se retrouve une seule et même base sociale: la propriété bourgeoise. Il n'y a rien de plus absurde que, des louvoiements bonapartistes entre les classes ou de la situation "au-dessus des classes" de la clique bonapartiste, conclure au caractère sans classe de l'Etat bonapartiste. Monstrueuse niaiserie : le bonapartisme n'est qu'une des variétés de l'Etat capitaliste.

    Si Urbahns veut généraliser la notion de bonapartisme, en l'étendant aussi au régime soviétique actuel, nous sommes prêts à accepter une telle interprétation élargie -- à une seule condition que le contenu social du " bonapartisme " soviétique soit défini avec la clarté nécessaire. Il est absolument vrai que l'absolutisme de la bureaucratie soviétique s'est formé sur le terrain du louvoiement entre les forces des classes, intérieures comme extérieures. Dans la mesure où le louvoiement bureaucratique fut couronné par le régime personnel et plébiscitaire de Staline, on peut parler de bonapartisme soviétique. Mais tandis que le bonapartisme des deux Bonaparte, comme celui de leurs lamentables rejetons actuels, s'est développé et se développe sur la base du régime bourgeois, le bonapartisme de la bureaucratie soviétique a sous lui le terrain d'un régime prolétarien. Les innovations de terminologie ou les analogies historiques peuvent présenter telle ou telle commodité pour l'analyse, mais ne peuvent changer la nature sociale de l'Etat soviétique.

    Christian 

     

     

     

     



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  • CONSIGNE DE VOTE d'ATTAC : Retour sur le premier tour.


    De nombreuses questions se sont posées sur le fait de donner ou non une ou des consignes de vote lors des dernières élections. La question s'est plus posée face à Sarkozy au second tour qu'au premier or il semble que c'est l'ensemble de la campagne qu'il faut appréhender, donc les deux tours.
    Certains affirmaient déjà au premier tour qu'ATTAC était une association d' éducation populaire qui devait s'en tenir à l'explicitation critique du contenu libéral de ce qui se diffuse sans prise de position. Pour d'autres une telle abstention limitait le rôle d' éducation populaire d'ATTAC. D'autres encore, en complément à l'argument éducation populaire précisaient qu' ATTAC était une association de contre pouvoir pas un parti. L'idée d'indépendance par rapport aux partis a été avancée alors que d'autres pensaient que la neutralité n'était pas possible.

    Pour ma part, j'ai défendu l'idée d'une consigne de vote possible au premier tour si les conditions étaient réunies. Ce qui n'était pas le cas. A défaut de position pour le premier tour j'étais contre une position précise au second.


    I - LES ARGUMENTS FAVORABLES A UNE PRISE DE POSITION CLAIRE.



    ATTAC dans son Manifeste opèrent des "ruptures franches" avec l'ordre existant en vu de basculer dans un "autre monde" très différent de celui-ci sur de nombreux aspects.Cela correspond à la "nouvelle dynamique" d'ATTAC.

    A ) UNE CONSIGNE "EN CONTRE" : Au sein d'ATTAC tout un argumentaire est construit contre le néolibéralisme*.

    Au sein d'ATTAC des arguments sont construit à la fois contre l'ultralibéralisme de la droite et contre le socialibéralisme du PS. Certes tout le PS n'a pas adopté le socialibéralisme mais ici le repèrage des courants critiques n'a pas d'utilité. Une consigne de vote "en contre" au premier tour contre la droite et le PS était à priori possible.
    Au sein du Manifeste l'antilibéralisme est à plusieurs niveaux . Il est fort d'un contenu anticapitaliste dans quelques domaines décisifs, notamment en terme d'appropriation publique des moyens de production et de démarchandisation des services publics.
    Voila qui plaidait pour un vote "en contre" : contre la droite et contre le PS.

    B ) UNE CONSIGNE "EN POUR" : Au sein d'ATTAC tout un argumentaire est construit pour "un autre monde"
    *

    Au sein d'ATTAC la distinction altermondialisation comme processus et altermondialisme comme ensemble de théories et de pratiques débouchant clairement sur un but affiché nommé "autre France, autre Europe, autre monde" n'est pas toujours explicite. Néanmoins la nouvelle dynamique d'ATTAC incline à une forete sympathie pour les candidatures dites antilibérales pour peu que deux conditions soient remplies:
    - Qu'il y ait une démarche unitaire et rassembleuse jusqu'au bout afin qu'ATTAC ne soit pas appelé à trancher entre les "trois B": Buffet, Bové, Besancenot. Les membres d'ATTAC soutenant les candidatures antilibérales se sont aussi divisés entre les "trois B" . ATTAC ne pouvait qu'en tenir compte. Cet argument a pesé sur les deux autres qui peuvent pour certains avoir leur importance.
    - Que l'antilibéralisme affiché ait un contenu anticapitaliste suffisant en terme d'appropriation publique toute chose étant égale par ailleurs en terme d'égalité des droits pour les immigrés, pour les femmes, de mesures pour l'écologie et pour un alterdéveloppement, etc.
    - Qu'il y ait parmis les antilibéraux un corpus de propositions amenant clairement "en positif" au basculement vers "un autre monde" fonctionant sur d'autres logiques : alterdémocratie, alterdéveloppement, donc réduction de la place donnée à la finance et à la marchandisation du monde et notamment des services publics.



    II - MAIS UN FACTEUR DETERMINANT A RAPIDEMENT INCITE A S'ABSTENIR DE DONNER UNE CONSIGNE CLAIRE



    A ) LE VOTE UTILE ET LA DIVISION DES ANTILIBERAUX.


    L'absence d'unité des antilibéraux a créé une certaine désorientation au sein de l'électorat antilibéral/anticapitaliste d'ATTAC : la dispersion des candidatures à gauche du PS combinée au souvenir de 2002 a crée une tendance lourde au vote Ségolène. Dans ces conditions une prise de position "éduc pop" précise serait allé à l'encontre de la tendance compréhensible de certains altermondialistes à voter PS au premier tour.

    B) L' APPROPRIATION PUBLIQUE MARGINALISEE
    (toutes les autres mesures étant égales par ailleurs)


    Le thème de l'appropriation publique a été porté par Olivier BESANCENOT et moindrement par MGB et BOVE. Mais la marginalisation de ce thème n'est pas un argument aussi fort que le précédent. Si Olivier BESANCENOT a fait un meilleur score que les autres candidats et candidates à gauche du PS ce n'est sans doute pas à cause de la mise en avant de ce thème . Une remarque gratuite : Si Yves SALESSE avait mené la campagne le thème de l'appropriation publique, des biens communs et de la démarchandisation profonde des services publics aurait été plus largement porté. Mais passons. Car de nombreux droits des travailleurs (salariés) ne peuvent aboutir que si l'appropriation publique est réalisée et la démocratisation enclenchée dans la foulée.

    Christian DELARUE

    Membre du CA d'ATTAC France s'exprimant à titre personnel


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