• Clochers et minarets : Autorisation en équilibration contre emprise.

    Le vote suisse est dangereux pour la dérive haineuse globale qu’il entraine . A question mal posée risque de mauvaise réponse. Mais il est encore possible de reconnaitre le fait architectural religieux tout en affirmant vouloir circonscrire sa trop forte emprise dans l’espace public qu’il s’agisse de minarets, clochers ou autre.

    Le premier texte portant sur l’emprise du religieux et du marchand a été complété par un autre qui emporte des précisions d’ordre culturel et idéologique.

    I - Autoriser mais limiter l’emprise du religieux sur l’espace public


    Le débat sur les minarets donne lieu à des positions radicales opposées alors qu’un compromis est réalisable à partir de principes clairs et cohérents. Les principes ne sont que des indicateurs mais ils doivent être diffusés.

    L’espace public devrait être neutre. Cet idéal n’est pas évidemment pas respecté. On peut même dire que c’est utopique. Il subi l’emprise de la marchandisation et celle du religieux. A défaut d’être totalement neutre on devrait limiter cette double emprise. Car qui dit emprise dit dépassement d’une limite. Un peu de religieux çà va trop c’est trop ! On peut en dire autant de la marchandisation : un peu de pub çà va trop c’est trop. On peut à cet égard invoqué la notion d’équilibration qui vient de Proudhon sous le sens "équilibration des contraires" et qui a été exhumée ou réhabilité par le sociologue altermondialiste Philippe Corcuff.

    A) Du côté de l’emprise MARCHANDE

    Les tableaux d’affichage associatif (souvent moches certes) disparaissent au profit des grands panneaux publicitaires (très propres évidemment). Cette dynamique va dans le sens de l’emprise de la marchandisation du monde. Une autre dynamique plus respectueuse de la vie locale (mêmes avec ses quelques débordements) viserait à favoriser l’expression associative de quartier avec plus de panneaux et à limiter la prolifération des grands affiches commerciales. Il en va de même pour l’emprise historique du religieux qui est mon propos principal.

    B) Du côté de l’emprise RELIGIEUSE


    Autoriser des locaux de prière pour les différentes religions ne fait pas problème pour l’immense majorité des gens mais sous certaines conditions. Les religions disposent toutes de locaux sauf l’islam. Ce que l’on nomme l’islam des caves qui devient l’islam à ciel ouvert - euphémisme d’islam dans la rue - n’est pas une solution. L’exercice du culte doit être privé. Ce qui suppose des locaux. Les religions ont de l’argent pour en construire.

    Reste à examiner les conditions.

    Il convient de rassurer la population sur ce point . Si aucune garantie n’est prise sur les conditions d’installation alors on trouve des réactions de protection qui ne font pas dans la nuance Un compromis, un équilibre des tolérances est nécessaire . Il y a besoin que les élites politiques affichent leur sens du compromis dont elles sont par ailleurs coutumières à l’ordinaire . Ce compromis devrait limiter l’emprise forte du religieux dans l’espace public . Autoriser certes mais en donnant des limites. Ce qui pose problème ce n’est pas l’existence de minarets discrets c’est l’existence de grands minarets et de minarets faisant appels bruyants à la prière. C'est pareille pour les grands clochers et les envolées répétés de cloches. Les cloches des églises sonnent d'ailleurs beaucoup moins que jadis . De la même manière que l’appel du muezzin est à brider si l'idée apparait. Mais il semble que ces appels soient rares pour l'instant.

    Que comprendre ?

    C’est le caractère ostentatoire et même impérialiste de certaines constructions qui gêne, qui importune. Une castration des phallus religieux est demandée qui n’est pas de l’islamophobie.

    Qu’est ce qu’un grand minaret demandera-t-on ? La réponse vient de la commune de Genevilliers - lue dans Ouest France de ce 1/12/09 - c’est un minaret plus haut que la mairie. Autrement dit on prend un bâtiment symbolique de la République et on dit pas plus haut ! Moins de grandiose et plus d’humilité pour les religions ne saurait faire de mal à la tolérance mutuelle.

    Si l’on veut bien regarder les choses ainsi, alors on évite l’affrontement et de traiter de racistes et de fascistes des gens qui ne le sont pas.

    II - Laïcité-équilibration contre emprise.


    On connaissait deux formes de laïcité : la laïcité-séparation et la laïcité-neutralité voici la laïcité-équilibration. La laïcité équilibration promeut la tolérance réciproque, l’ajustement des intérêts. Ce qui possible pour la laïcité ne l’est pas nécessairement dans tous les domaines. La laïcité a pour but de créer un espace commun ou il est possible de vivre ensemble en reconnaissant des différences qui sont acceptables non excessives. Telle société va dire que les signes religieux discrets sont acceptables à l’école mais pas les signes ostensibles ou ostentatoires. Ce faisant on peut dire qu’elle tranche un conflit de société en acceptant un peu mais en refusant l’excessif, l’abusif. C’est chaque société en fonction de son histoire qui ajuste ce compromis social.

    Ce n’est pas parce que l’autre camp procède à des amalgames que nous devons faire de même. Le gros du vote anti-minarets est sans doute xénéophobe mais pas tous loin de là. Il faut chercher à comprendre avant de caractériser à l’emporte-pièce. La vision globalisante, pratiquant la confusion et le campisme constant n’aide pas à gagner ceux qui pensent hors des deux schémas.

    Procédons à quelques distinctions qui aident à comprendre et structurer la complexité des visions du monde dans le champ culturel et dans le champ théo-idéologique. Ces distinctions relèvent plus des expériences militantes que d’une analyse savante ou scientifique.

    A) Aspects CULTURELS : trois conceptions du monde en présence.


    * Certains aiment les villages avec clocher et estiment que c’est là le bon terroir et la ruralité qui forme l’identité de la France (Agoravox le 1/12/09) en différence avec les villages musulmans des pays arabes. Nous sommes différents restons-le ! Ce respect des différences débouche sur un " chacun chez soi " complété marginalement par une acceptation de l’autre sous condition d’assimilation.

    * D’autres aiment la pluralité par réaction à ce chauvinisme et veulent un mixte de bâtiments religieux comme paysage de tolérance.

    * D’autres encore n’approuvent ni l’un ni l’autre : le premier pour sa préférence catholique séparatiste fondée sur la subculture chrétienne qui perdure, le second car ils se font plus religieux que les religieux en autorisant un envahissement du religieux pluriel . Ici il peut y avoir deux positions l’une laïque radicale plus d’église, synagogue et mosquées (bulldozer à la Pol-Pot) , l’autre plus modérée qui les acceptent mais limitant à l’avenir le caractère ostensible et grandiose tant pour les grands minarets que les grands clochers.

    B ) Aspects IDEOLOGIQUES : une double dégénérescence qu’il faut critiquer :


    * Versus déplacement des acteurs visés : Celle islamistophobe (critique de l’islamiste et de l’islam radical ) qui dégénère vers la musulmanophobie (peur de tous les musulmans assimilés aux islamistes radicaux) . Exemple de lecture : En 1998, le premier ministre Turc actuel, M Erdogan, disait : "Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats." A partir de là on imagine que les dirigeants des mosquées sont tous des islamistes radicaux. On ne sait que peu de chose sur le sujet d’ailleurs. Mais la raison impose de penser que la présence-absence de minaret n’est pas très déterminante sur leur activité qu’ils peuvent mener sur les autres lieux de prières, rues ou caves.

    * Versus " du texte aux croyants " : Celle islamophobe (entendu ici au sens strict comme simple critique de l’islam pouvant aller jusqu’au blasphème) qui dégénère vers l’islamophobie raciste, la musulmanophobie (de Robert Redeker au clip de Wider) . Ce discours contient en général une part de critique acceptable du texte religieux et de ses pratiques mais aussi une critique in fine des croyants. Autrement dit il opère tôt ou tard un passage de la critique d’une croyance à une stigmatisation des croyants. Le passage peut être plus ou moins net dans "l’incitation" ce qui fait qu’il n’y a pas toujours procès juridique.

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    Christian Delarue

    Qui exprime ici une conception complémentaire voire différente de celle du MRAP dont il est membre (BE &CA)


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  • LIEUX DE CULTES POUR TOUS ET FIN DU GRANDIOSE POUR TOUS


    L'affaire du rassemblement (contrarié) anti-islamisation et anti-mosqués de Cologne le 20 septembre 2008 permet ou devrait permettre de mettre à jour une injustice. Il n'y a pas assez de lieux de prières en Europe pour les musulmans. Vouloir trouver une solution à une inégalité de situation par des facilitations politiques ce n'est pas faire du communautarisme. En tout cas pas plus que se taire sur la présence exhorbitante et massive des églises et cathédrales en Europe. Mais il est plus facile d'ignorer que nous vivons dans une Europe des cathédrales et supermarchés, y compris pour les athées, car cela constitue le paysage commun de nos vies.

    Que valent les arguments contre la construction de lieux de prière pour les musulmans.

    Je reprends ici certaines "perles" relevées par Marc Cohen (1) :

    1 - Admission de la prière mais sous réserve.

    - Il faudrait d'abord chercher la réciprocité (entre les continents et les civilisations). Ce à quoi on pourrais rétorquer qu'il faut bien qu'un religion montre l'exemple. Mais à vrai dire je me sens pas concerné par cet argument. Eglise ou mosquée, tout çà c'est du religieux ostentatoire ! Pas pour Mgr Mixa, l'évêque d'Augsbourg, qui s'est posé la question des édifices religieux en termes de réciprocité : “Dans les pays et cultures majoritairement musulmans, a-t-il rappelé, les chrétiens n'ont à ce jour quasiment pas le droit d'exister. En Allemagne, on serait en droit de dire aux musulmans, en toute amitié : il n'y a pas lieu d'avoir de grandes mosquées, d'aspect ostentatoire, avec de hauts minarets, car il devrait suffire pour les musulmans dans un pays de tradition et de culture chrétienne d'avoir des lieux de prière modestes.”

    - Il faudrait pour l'islam des lieux de prière modeste dans l'Europe chrétienne! Tel est la concession du prélat. En somme, il veut maintenir les camps, les zones d'influence historique acquise . Ne faut-il pas au contraire en finir avec ces présupposés . N'est-ce pas la "lutte des civilisations religieuses" qu'il faut remettre en place. Car les une ou les autres ne pensent qu'à accroitre leur emprise sur les territoires comme sur les conciences . Autant j'estime qu'il faut des lieux de prière pour tous, musulmans compris, autant je pense que le temps des grandes constructions ostentatoires à sonner pour toutes les religions. La pollution de l'espace public par l'ostentatoire religieux est le fait de toutes les religions. C'est toutes les religions qui doivent envisager la modestie urbaine, ce qui, au passage, devrait convenir à leurs préceptes. Je remercie le sieur Mixa de permettre enfin cette clarification : çà suffit le grandiose et l'impérialisme urbain religieux ; modestie dans toutes les constructions religieuses.

    2 - Réserve par dénonciation de la nature de la prière islamique et de la mosquée : il s'agit en fait d'un meeting politique!

    La sociologue allemande d'origine turque Necla Kelek qui, le 5 juin 2007, se montrait pour le moins réservée <HTTP: ARTICLE17600-Necla-Kelek-insiste-sur-la-fonction-politique-de-l-islam archiv_article results search fr www.eurotopics.net>sur le projet dans les colonnes de la /Frankfurter Allgemeine Zeitung/ : “Pour les musulmans, les mosquées ne sont pas des lieux sacrés comme les églises ou les synagogues, mais des “bâtiments multifonctions.” L'islam ne se perçoit pas seulement comme une vision spirituelle du monde. La vie quotidienne, la politique et la foi, sont perçues comme un tout indissociable. Ainsi, de nombreuses associations musulmanes en Allemagne jouent le rôle d'un parti religieux et représentent des intérêts politiques. C'est pourquoi la construction de la mosquée n'est pas une question de liberté de culte, mais une question politique.”

    L'argument est sans doute plus pertinent que le précédent. L'islamisme radicale trouve dans les mosquées le moyen de se développer. La sociologue citée le sait bien . Reste que combattre la racine de l'islamisme radical ne consiste pas à éradiquer les mosquées ; c'est même la meilleure façon de reproduire les ayatollahs ! En fait, il faudrait des recherches et analyses sérieuse sur le sujet ! A défaut, il convient de se garder de préjugés . Dès lors, à défaut de certitudes on ne peut qu'émettre des réserves mais pas des interdits. Contre l'islamisme radical il faut promouvoir une politique sociale anti-crise qui ne cède pas sur les droits des femmes et la laïcité. Sur l'aspect laïcité, se pose la question des fonds qui paient les lieux de prière. Les contribuables n'ont pas en principe à participer à ce genre de dépense, somputaires ou non. L'exception au principe serait l'invocation d'un intérêt général à le faire ; ce qui n'est pas évident;

    Christian Delarue


    1) Nous sommes tous des musulmans allemands Marc Cohen

    A Cologne comme ailleurs, faut-il avoir peur de l'islamophobie ?

    http://www.causeur.fr/nous-sommes-tous-des-musulmans-allemands,965



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  • FAIZA M librement et KARIM en qamis 

    Faiza M s'exprime (1) et déclare porter son voile religieux totalement librement . Voilà qui semble clarifier les choses du point de vue des pressions extérieures. Mais qui ne change rien par ailleurs.

    QUE RECOUVRE LE VOILE POLITICO-RELIGIEUX DE FAIZA M. ?

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article220

    Quant à Karim (33 ans), son mari, il arbore lui barbe et qamis . Les musulmanes doivent cacher leur corps, y compris le cou et les oreilles, face à la concupiscence masculine . Et même la chaleur suffocante n'est pas une excuse au dévoilement (cf l'affaire de la musulmane voilé dans une auto sur un parking de Marseille frappée par son mari pour relèvement de voile). Par contre les musulmans peuvent eux exhiber les signes de masculinité (voire de virilité) sans souci .

    Quant au qamis je suppose qu'il s'agit aussi d'un vêtement religieux ostensible pour les hommes. A vérifier . La notion de mentalité discrète d'appartenance à sa religion a du chemin a faire ! Un comportement relationnel pacifique commence par le port de signes d'appartenance discrets.

    Christian Delarue

    1) http://www.souss.com/Moi-Faiza-32-ans-a-qui-l-on.html



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  • L'empreinte de Durkheim et de Weber au sein de la gauche française.



    Il n'y a pas que Marx dans la gauche ! On répondra effectivement que la gauche solidariste et néosolidariste (1) fait beaucoup de place à Durkheim ainsi qu'à Bouglé, Bourgeois et Keynes au détriment de Marx dans ses projets. Mais ce n'est pas sur ce thème de la solidarité et de la citoyenneté que j'invoque ici Durkheim et plus secondairement Weber mais sur le seul aspect, beaucoup plus restreint, de la laïcité .

    L'idée soumise au débat ici est que la laïcité portée par la gauche sociale (syndicale et altermondialiste) et par la gauche politique celle solidariste ou celle socialiste (comme société opposée à la société dominée par le capitalisme) emprunte à Durkheim et Weber lorsqu'elle évoque la laïcité, le " retour du religieux " . Ce faisant elle peut tendre un moment à relativiser contre Marx la présence de rapports sociaux conflictuels dans la société civile . Mais précisément dira-t-elle l'espace laïc conçu comme espace neutralisé par refoulement des débats sur Dieu et les religions a pour but de créer un espace public qui permette de laisser place au débat politique au débat de société en lien avec les luttes sociale . Dans cette perspective quasiment l'ensemble de la gauche française a pu se
    rattacher intellectuellement aux principes dégagés à la fin du XIX ème siècle par Durkheim et Weber; du moins pour partie. La droite elle fera aussi appel à eux mais beaucoup moins, lui préférant Tocqueville.

     

    I - L'EMPREINTE d'Emile DURKHEIM

    1. Ce que la gauche laïque a conservé de Durkheim.

    A suivre Christian Dubois nous défendons au travers des théories de Durkheim d'une part des valeurs laïques et d'autre part l'école républicaine.

    - Les valeurs laïques : Pour Durkheim, " il existe des valeurs laïques qui peuvent être sacrées, c'est-à-dire à part, intouchables et, face aux valeurs théocratique (qualifiées de religieuses) en déclin, l'élaboration d'une morale nouvelle, indispensable à l'intégration sociale, a un côté nécessairement religieux (du sacré et une institution
    " ecclésiale " ). Sur quoi peuvent reposer les valeurs laïques ?

    Fondamentalement sur la raison et la connaissance scientifique : ce n'est pas un esprit de sacrifice en vue d'un monde meilleur qui va conduire l'individu à rogner sa liberté en acceptant des règles collectives, ce n'est pas non plus son intérêt bien compris, c'est la connaissance même du fonctionnement de la société qui impose à lui cette
    règle intouchable du respect des règles".

    - L'école républicaine gratuite pour tous . La diffusion de ces nouvelles valeurs communes visant à cimenter la société doit se faire de façon privilégiée par l'école où l'on doit acquérir un vivre ensemble reposant sur le savoir scientifique. Au plan politique, ces nouvelles valeurs communes viseront à faire prendre conscience du devoir civique et du rôle intégrateur de l'Etat. L'institution centrale de l'intégration dans la société moderne est donc l'école contrôlée par l'Etat et il ne faut pas perdre de vue que Durkheim était pédagogue avant que d'être sociologue et la sacralisation de la connaissance comme source de morale se retrouve à travers l'assimilation des enseignants à
    des modèles qui doivent être dignes du caractère sacré de ce qu'ils enseignent et qui doivent être respectés à l'instar des prêtres. Le lien citoyenneté et laïcité passe donc la conscience collective dont le lieu privilégié d'acquisition est l'école.

    B) La gauche laique ne suit pas Durkheim (et encore moins Tocqueville) sur la présence nécessaire de la religion !

    Durkheim reconnaît que la science ne peut se substituer entièrement aux croyances " théocratiques " et, il est même souhaitable qu'elle ne le puisse pas. Quelle place, dans ce cas, leur faire dans la conscience collective et sa transmission par l'école ? Les croyances sont un objet d'étude scientifique et doivent être abordées comme telles ce qui ne signifie pas qu'on les rejette entant que croyances ; au contraire, l'approche scientifique permet aux croyants d'avoir une approche plus rationnelle, finalement moralement plus efficace et plus en conformité avec la conscience collective. L'école ne forme pas des adeptes des religions mais donne à ces adeptes la possibilité de rendre ces
    croyances compatibles au sein de la société. La tâche de transmission de ces croyances relèvent de groupes secondaires que Durkheim souhaitent préserver, voire revivifier (en particulier les groupes professionnels)
    parce que l'Etat et la société politique sont loin et que la conscience collective a besoin d'être concrétisée. Ainsi si la citoyenneté, selon Durkheim, met l'accent sur le dépassement des individus dans une perspective rousseauiste, elle ne se réfère pas à un individu abstrait, sujet de droits, mais à un individu socialisé c'est-à-dire où se construit et s'actualise une conscience commune, déclinée à deux niveaux et qui doit permettre l'affirmation d'une conscience individuelle.

    Tocqueville va plus loin : le citoyen doit croire pour être pleinement citoyen et n'importe quelle religion peut faire l'affaire (il cite la métempsychose) avant de se raviser : certaines religions sont incompatibles avec la citoyenneté démocratique, celles qui comprennent explicitement des principes d'organisation de la société et des préceptes politiques et il désigne l'Islam.

    On voit que les propos de Sarkosy dans son discours de Latran qui justifient la présence utile de la religion doivent plus à Tocqueville qu'à Durkheim. Ainsi, pour Henri Tincq (3) il reprendrait même l'utilitarisme de Napoléon : "Nicolas Sarkozy a prononcé deux discours, à la basilique du Latran à Rome le 20 décembre 2007 et à Riyad le 14
    janvier, qui proposent une vision de la laïcité assez différente de celle qui avait fini par s'imposer en France après un siècle de crises. Depuis, certains prêtent au président français des intentions "concordatrices", dans la lignée d'un Napoléon qui avait une vision plutôt politique et cynique de la religion : "Comment avoir de l'ordre dans un Etat sans religion ? La société ne peut exister sans l'inégalité des fortunes et l'inégalité des fortunes ne peut subsister sans la religion", écrivait-il en 1801, l'année du concordat signé avec Pie VII, destiné à rétablir la paix civile et religieuse après la Révolution".

     

    La gauche laïque est marquée par Durkheim mais aussi par Max Weber

     

    II - L'EMPREINTE de Max WEBER

    1. La religion comme système de domination et comme présence durable dans la société.

    Pour la gauche laïque, il s'agit d'accepter la religion dès lors que son volet oppressif est annulé. Cela est-il possible? Oui si l'on ne confond pas domination directe et aliénation.

    • La religion comme système de domination

    La religion, toutes les religions ne sont pas neutres mais actives dans la société. "D'un point de vue des rapports de pouvoir dans la société, Weber analyse la religion comme un système de domination : le prêtre vise à domestiquer la masse sociale en imposant et en cherchant à légitimer des valeurs, des normes et de pratiques, cette domination est
    évidemment très liée à l'ordre social et politique et renvoie à des modes de socialisation spécifique". Contrairement à ceux qui comme Foucault voient des rapports de pouvoir partout et en complément à Weber, la gauche marxiste cherchera à repérer la présence d'une théologie de la libération parmi la théocrates des différentes religions. On ne peut ici que renvoyer au travail exemplaire de M LOWY.

    • Les religions sont durablement installées

    Pour Weber, si le poids de la religion régresse dans la société moderne, la probabilité qu'elle disparaisse du paysage social est faible. La gauche marxiste instruite des méthodes autoritaires et même exterminatrices de Staline et autres dictateurs du prolétariat est devenue plus libertaire et ne cherche pas à éradiquer la religion des consciences et ne fait pas du combat contre la religion un axe majeur ni même secondaire. Elle est laïque au sens ou elle entend à ce que la
    religion reste dans la sphère privé et que dans cette sphère privée elle ne prenne pas une dimension oppressive contre les femmes. Mais ici c'est la jonction de l'émancipation humaine avec l'émancipation des femmes qui est mis en avant et non pas la laïcité.

    B. L'influence de Weber sur la gauche ne s'arrête pas là.

    La compréhension des rapports entre sécularisation et laïcisation , c'est aussi à Weber - entre autres - qu'on la doit ! Mais ici on ne saurait parler de reprise in extenso mais simplement d'influence diffuse et partielle.
    Continuons avec Christian Dubois et l'apport de Weber : "La laïcisation est un processus d'affranchissement progressif des fonctions de la vie publique de la religion (à commencer par la fonction politique). La sécularisation exprime l'idée qu'il n'existe aucune force extérieure au monde pour l'expliquer, c'est le " désenchantement du monde ", il n'y a aucune puissance mystérieuse ou transcendante nécessaire pour comprendre le monde (ce qui ne préjuge pas de ce qui est nécessaire pour y vivre).

    La sécularisation a quatre caractéristiques :

    1. la religion cesse d'être un facteur organisationnel de la société
    2. la religion perd les attributions qui en sont pas strictement du domaine religieux (état-civil, santé, éducation, aide sociale..)
    3. pluralisation et privatisation des croyances
    4. autonomisation de la démarche individuelle en matière de croyance.

    Le désenchantement du monde n'est pas un mouvement linéaire et uniforme, il a pu se heurter à de très fortes résistances impliquant une spécification du processus et c'est là que la laïcité comme valeur va être promue (France), il a pu se réaliser progressivement allant jusqu'à vider de fait la référence au religieux institutionnel en dehors de la stricte sphère religieuse (Angleterre) mais, on connaît l'exemple d'un pays fortement sécularisé, la Suède, qui a fini par instaurer officiellement la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 2000.

    La sécularisation est un mouvement qui renvoie à des changements du système des valeurs dans l'ensemble des sphères de la vie sociale qui n'exclut pas mais n'impose pas la promotion de ces valeurs dans le domaine public c'est-à-dire la laïcité".

    Christian DELARUE

    1. Lire Jean Jacques LAKRIVAL

    Misère du solidarisme et du néosolidarisme

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article68170

    2) Les références sociologiques ont pour source : Citoyenneté et laïcité, approches sociologiques par Christian Dubois
    http://www3.ac-clermont.fr/pedago/ses/cours%20capes/cours%20citoyennetelaicite.htm

    3) M. Sarkozy, la laïcité et la "religion civile", par Henri Tincq 

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/01/25/m-sarkozy-la-laicite-et-la-religion-civile-par-henri-tincq_1003594_3232.html


    et un article critique de Tincq sur Marianne

    " Sarkozy : la religion doit devenir l'opium des banlieues ! "

    http://www.marianne2.fr/Sarkozy-la-religion-doit-devenir-l-opium-des-banlieues-!_a82491.html?


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  • Une religiophobie très circonscrite.

    Retour sur la mentalité laïque contemporaine.

    http://toulouse.indymedia.org/article.php3?id_article=18907


    L'islamophobie est le lieu d'un clivage absolu dans la mesure ou - puisqu'on l'identifie à une forme de racisme - on en présence de deux camps : ceux qui approuvent cette identification et ceux qui la rejettent. Si l'on accepte de distinguer comme je le fais une islamophobie non raciste d'une islamophobie raciste alors il importe de reprendre la notion de religiophobie pour en apprécier sa portée. Mais plus que sur le versant " phobique " ou d'aversion c'est aussi le versant positif – la mentalité laïque – qu'il convient de décrire sommairement.

    La mentalité laïque qui a surgit en 2004 – pour le dire un peu vite - n'est pas la culture du militant laïc connaissant les textes et les grands débats de l'histoire de la laïcité française ou européenne. C'est plus, à mon sens, une pensée populaire modeste mais ferme et de plus porteuse d'avenir face aux abus du religieux partout dans le monde. Et quand nous évoquons l'abus du religieux nous ne visons pas nécessairement les formes les plus réactionnaires que l'on regroupe sous le terme d'intégrisme religieux lui-même d'ailleurs passible de diverses variantes plus ou moins dures.

     

    1 - De l'après-Mai 68 à mars 2004

    Derrière la loi sur l'interdiction des signes religieux ostensibles à l'école prise en mars 2004 il n'y a pas, loin de là, que les fans de Bush et du "choc des civilisations" ou des anciens colons revenus d'Algérie recyclant leur racisme anti-arabe en islamophobie raciste . Il y a aussi plusieurs générations successives issues de Mai 68 porteuses d'une mentalité laïque critique quoiqu'éloignée d'une religiophobie totale et radicale. Voilà un point qui n'a pas été me semble-t-il mis suffisamment en relief chez les observateurs de la religiophobie (ou de l'islamophobie ou de la judéophobie) . Il est donc utile de revenir sur des distinctions importantes car derrière un même refus de l'affichage religieux il y a des composantes idéologiques différentes certaines étant plus radicales que d'autres. Il ne s'agit pas ici évidemment de reprendre le travail précurseur fait par Vincent GEISSER dans son livre paru en 2003 et poursuivi par d'autres ensuite.

    En France le nombre des athées est très important par rapport à d'autres pays. Mais ce n'est pas ce qui compte le plus pour comprendre la forte prégnance de la mentalité laïque. En fait un grand nombre de chrétiens et d'anciens chrétiens se sont émancipés du poids des contraintes de la religion historique et dominante en France dans les années 68 et suivantes. A ce phénomène social touchant les chrétiens vient s'ajouter le mouvement des femmes et des féministes.

    Cela permet de comprendre la particularité d'une "religiophobie" très circonscrite, issue d'une forte mentalité laïque qui n'a d'aversion qu'à l'encontre des seuls excès d'affichage du religieux et non la religion elle-même qu'elle soit catholique, protestante, islamique ou juive. Il ne s'agit pas du tout d'un refus absolu des religions, mais d'un refus de certaines contraintes individuelles et sociales imposées arbitrairement par la hiérarchie écclésiastique.

    Cela s'explique par le fait que nombre de ces "religiophobes" sont toujours croyant(e)s voire sont toujours pratiquant(e)s. De ce fait ils ne peuvent donc pas être totalement religiophobe . Ce sont des croyants laïcs. Leur religiophobie modérée porte sur des signes religieux par trop ostensibles mais elle tolère bien les signes religieux discrets. C'est le signe typique de la mentalité laïque.

    On comprends alors que derrière la loi de mars 2004 sur les signes religieux ostensibles interdits dans les écoles se trouvent en France de nombreux soutiens issus d'une grande diversité d'opinions et de courants d'idées.

     

    2 - De mars 2004 à la nécessaire politique d'insertion sociale et économique à mener.

     

    Cette loi de mars 2004 issue des débats la Commission Stasi de 2003 est loin d'être parfaite mais elle est une des lois les plus importantes pour le siècle à venir. Elle est aussi importante que la loi de 1972 contre le racisme. Pour autant il ne s'agit pas d'une loi d'intégration-assimilation destinées aux jeunes filles voilées ou à d'autres croyants ostensibles. Ce qui est positif.

    L'assimilation – la version forte et volontariste de l'intégration - n'est pas l'œuvre directe de l'Etat français mais le fruit qui surgit progressivement d'une politique d'insertion socio-économique des jeunes chômeurs et autres déclassés. Nous sommes là à l'opposé de la politique de Sarkosy . C'est par l'insertion socio-économique dans et par l'emploi et le logement que les mœurs évoluent. Nombre de musulmans et de musulmanes, soit des étudiant(e)s soit surtout celles et ceux qui ont accédé à des positions économiques plus aisées et plus reconnues socialement (avocat, médecin, écrivain, journaliste, chercheur, etc.) ont tendance à faire évoluer leur conception de l'islam par exemple vers le néo-soufisme, c'est-à-dire vers une interprétation plus moderne plus spirituelle, plus intérieure de la croyance musulmane . Une telle conception de la religion n'éprouve plus le besoin de montrer son appartenance religieuse ou alors de façon non ostensible, discrète.

    La mentalité laïque est parfaitement accessible à toutes les religions. Accessible signifie qu'un passage libre, non contraint est possible. Mais les sociétés ne connaissent pas la neutralité " pédagogique " car des forces sociales religieuses diverses y sont agissantes, elles disposent d'appareils d'influences idéologiques puissants et efficaces. Et le communautarisme source de repli identitaire sur les formes les plus traditionnelles de l'islam n'est pas une vue de l'esprit même si le terme est source de malentendus notamment depuis sa promotion par Sarkosy candidat, qui employait ce mot en un sens très idéologisé, signifiant implicitement musulmans intégristes.

    Dans toutes les sociétés et dans toutes les religions ce qui a freiné ou ce qui continue de freiner l'accès à la mentalité laïque c'est le mouvement intégriste ou du moins le mouvement conservateur souvent attaché aux artifices religieux extérieurs qui participent de l'emprise du religieux sur et dans les sociétés. Les forces religieuses conservatrices et réactionnaires tiennent à accroître cette emprise du religieux. C'est une donnée de fond qui prend évidemment des formes variables selon les sociétés et les religions.

    Christian DELARUE

    Secrétaire national du MRAP

    s'exprimant à titre personnel


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