• REGIME DE TOLERANCE OU L’AFFRONTEMENT DES EXPRESSIONS.

    REGIME DE TOLERANCE OU L’AFFRONTEMENT DES EXPRESSIONS.

    La tolérance se comprend comme régime d’affrontement de l’expression des " consciences " qui suit historiquement celui de la censure et de l’intolérance. La laïcité est venue circonscrire ce champs de tolérance mais pas l’annuler. La laïcité opère séparation pas neutralité généralisée. Des lois sont venus limiter la liberté d’expression, celle de la parole raciste notemment.

    **

    Avec la Révolution française la liberté de conscience est sortie gagnante de siècles d’intolérance. L’intolérance venait de la religion catholique. Elle n’autorisait pas la liberté de conscience. Elle tolérait parfois tel ou tel acte mais dans un monde d’intolérance. Un peu comme dans certains Etats musulmans aujourd’hui.

    Durant le XIX ème siècle les combats ont perduré. La liberté des conscience a libéré les affrontements. Mais le poids énorme de l’Eglise ajouté à l’inexistence de la laïcité il ne faisait toujours pas bon de se déclarer protestant ou athée. La tolérance en version conflictuelle s’est néanmoins affirmée en France et dans d’autres pays. Mais il a fallu aller plus loin que la tolérance pour contenir l’emprise de la religion alors quasiment unique et sans concurrence. Les premiers pas de la laïcité furent posés vers 1880. Mais le changement qualitatif ne fût franchi qu’en décembre 1905 . Il se nomme laïcité.

    La laïcité n’a pas évacué pour autant la question de la tolérance. Elle a posé un champs de neutralité ou la religion n’avait plus son mot à dire mais elle a laissé libre la dispute des consciences et des croyances dans la société civile. Dans ce champ social la tolérance était la règle et la bataille continuait.

    Il faut à ce stade bien mesurer ce qu’est le régime de tolérance par rapport à l’état antérieur d’intolérance.

    La liberté de conscience est un droit alors que la tolérance n’est qu’une concession (1). Au tribunal de la conscience aujourd’hui personne ne siège. La religion n’est plus monopolistique pour imposer la bonne façon de penser et de se comporter. Non seulement elle a cédé à la configuration sociale globale faite de relativisation et de doute radical mais de plus avec la mondialisation les individus ont peu à peu découvert une offre pluriel de dieux, donc plusieurs religions. Chacune dispose de ses rituels de ses gourous (masculins en général). Dans les grandes métropoles, le client en mal de consolation choisit son dieu sur un marché hétéroclite ou les sectes croisent les grandes religions.

    La tolérance fonctionne comme pluralité des consciences agnostiques ou athées et des croyances religieuses dans la société civile mais pas au sein de l’Etat et de ses appareils . Cette pluralité conflictuelle admet le blasphème face à l’emprise du sacré religieux. Au sein de l’Etat, dans les bâtiment publics et dans la fonction publique la neutralité religieuse s’impose. Les signes discrets religieux sont interdits, ce qui produit une pacification qui annule la fonction de la tolérance d’affrontement des consciences . Le blasphème y devient rare car inutile.

    La tolérance suppose en effet non la neutralité mais la concurrence et le conflit entre les opinions affichées. Au sein de l’Etat la neutralité par retrait du religieux assure la paix mais dans la société civile c’est le rapport de force qui exprime ce qu’est le régime de tolérance. Ce n’est donc pas un long fleuve tranquille. Cette observation-là doit venir enrichir la formule sartrienne " Réaliser la tolérance autour d’autrui, c’est faire qu’autrui soit jeter de force dans un monde tolérant. C’est lui ôter par principe ces libres possibilités de résistances courageuses, de persévérance, d’affirmation de soi qu’il eût eu l’occasion de développer dans un monde d’intolérance" (2 ) .

    Retenons que si un monde de tolérance ne signifie pas long fleuve tranquille - puisque la critique perdure ainsi que le blasphème face à certaines expressions religieuses - il faut bien garder à l’esprit qu’un monde d’intolérance est bien pire encore. Un monde d’intolérance est invivable puisqu’on y traque les mauvaises pensées et les écrits jugés illégitimes par les clercs de la religion. Et les sanctions y sont en général sévères. Par opposition, un monde de tolérance pratiquera à défaut de critiques, la distance, la fuite de la rencontre d’autrui ; le blasphème sera l’exception en particulier lorsque l’on ne peut faire autrement pour se dégager d’un sacré lourd et envahissant (3 ).

    A l’opposée, l’idée de laïcité suppose la suspension du conflit des croyances, du moins dans le champ dégagé de l’emprise de la religion ie l’Etat. C’est cette conception de pacification qui a été préconisée pour l’école avec la loi du 15 mars 2004 qui autorise les signes discrets mais pas les signes ostensibles. C’est là une avancée inestimable qui ne saurait être étendu à d’autres champs sociaux comme celui du travail privé et ce malgré les problèmes remarqués.

    Passons très brièvement à une autre évolution plus récente. Avec Herbert Marcuse (4) l’idée va s’affirmer que certains propos sont intolérables. La liberté ne saurait cautionner l’oppression. En ce sens un mouvement de conscience spécifique s’est affirmer pour condamner en France en 1972 le propos raciste comme opinion licite. D’un pays à l’autre les lois peuvent changer mais il demeure que certaines stigmatisations sont qualifiées de délits et sont sanctionnées pénalement.

    Christian Delarue Le "carré républicain" : Liberté, Egalité, Adelphité, Laïcité

    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-carre-republicain-liberte-64065

    1. Ces quelques lignes prennent ici ou là des propose de Patrick Thierry sur La tolérance, société démocratique, opinions, vices et vertus.

    2. Jean-Paul Sartre in L’être et le néant p 460

    3. Diffamation de la religion ou le blasphème complément de la laicité.

    4. Herbert Marcuse in Répressive Tolérance . A critique of pure tolérance


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :