• Une religiophobie très circonscrite : retour sur la mentalité laïque contemporaine

    Une religiophobie très circonscrite.

    Retour sur la mentalité laïque contemporaine.

    http://toulouse.indymedia.org/article.php3?id_article=18907


    L'islamophobie est le lieu d'un clivage absolu dans la mesure ou - puisqu'on l'identifie à une forme de racisme - on en présence de deux camps : ceux qui approuvent cette identification et ceux qui la rejettent. Si l'on accepte de distinguer comme je le fais une islamophobie non raciste d'une islamophobie raciste alors il importe de reprendre la notion de religiophobie pour en apprécier sa portée. Mais plus que sur le versant " phobique " ou d'aversion c'est aussi le versant positif – la mentalité laïque – qu'il convient de décrire sommairement.

    La mentalité laïque qui a surgit en 2004 – pour le dire un peu vite - n'est pas la culture du militant laïc connaissant les textes et les grands débats de l'histoire de la laïcité française ou européenne. C'est plus, à mon sens, une pensée populaire modeste mais ferme et de plus porteuse d'avenir face aux abus du religieux partout dans le monde. Et quand nous évoquons l'abus du religieux nous ne visons pas nécessairement les formes les plus réactionnaires que l'on regroupe sous le terme d'intégrisme religieux lui-même d'ailleurs passible de diverses variantes plus ou moins dures.

     

    1 - De l'après-Mai 68 à mars 2004

    Derrière la loi sur l'interdiction des signes religieux ostensibles à l'école prise en mars 2004 il n'y a pas, loin de là, que les fans de Bush et du "choc des civilisations" ou des anciens colons revenus d'Algérie recyclant leur racisme anti-arabe en islamophobie raciste . Il y a aussi plusieurs générations successives issues de Mai 68 porteuses d'une mentalité laïque critique quoiqu'éloignée d'une religiophobie totale et radicale. Voilà un point qui n'a pas été me semble-t-il mis suffisamment en relief chez les observateurs de la religiophobie (ou de l'islamophobie ou de la judéophobie) . Il est donc utile de revenir sur des distinctions importantes car derrière un même refus de l'affichage religieux il y a des composantes idéologiques différentes certaines étant plus radicales que d'autres. Il ne s'agit pas ici évidemment de reprendre le travail précurseur fait par Vincent GEISSER dans son livre paru en 2003 et poursuivi par d'autres ensuite.

    En France le nombre des athées est très important par rapport à d'autres pays. Mais ce n'est pas ce qui compte le plus pour comprendre la forte prégnance de la mentalité laïque. En fait un grand nombre de chrétiens et d'anciens chrétiens se sont émancipés du poids des contraintes de la religion historique et dominante en France dans les années 68 et suivantes. A ce phénomène social touchant les chrétiens vient s'ajouter le mouvement des femmes et des féministes.

    Cela permet de comprendre la particularité d'une "religiophobie" très circonscrite, issue d'une forte mentalité laïque qui n'a d'aversion qu'à l'encontre des seuls excès d'affichage du religieux et non la religion elle-même qu'elle soit catholique, protestante, islamique ou juive. Il ne s'agit pas du tout d'un refus absolu des religions, mais d'un refus de certaines contraintes individuelles et sociales imposées arbitrairement par la hiérarchie écclésiastique.

    Cela s'explique par le fait que nombre de ces "religiophobes" sont toujours croyant(e)s voire sont toujours pratiquant(e)s. De ce fait ils ne peuvent donc pas être totalement religiophobe . Ce sont des croyants laïcs. Leur religiophobie modérée porte sur des signes religieux par trop ostensibles mais elle tolère bien les signes religieux discrets. C'est le signe typique de la mentalité laïque.

    On comprends alors que derrière la loi de mars 2004 sur les signes religieux ostensibles interdits dans les écoles se trouvent en France de nombreux soutiens issus d'une grande diversité d'opinions et de courants d'idées.

     

    2 - De mars 2004 à la nécessaire politique d'insertion sociale et économique à mener.

     

    Cette loi de mars 2004 issue des débats la Commission Stasi de 2003 est loin d'être parfaite mais elle est une des lois les plus importantes pour le siècle à venir. Elle est aussi importante que la loi de 1972 contre le racisme. Pour autant il ne s'agit pas d'une loi d'intégration-assimilation destinées aux jeunes filles voilées ou à d'autres croyants ostensibles. Ce qui est positif.

    L'assimilation – la version forte et volontariste de l'intégration - n'est pas l'œuvre directe de l'Etat français mais le fruit qui surgit progressivement d'une politique d'insertion socio-économique des jeunes chômeurs et autres déclassés. Nous sommes là à l'opposé de la politique de Sarkosy . C'est par l'insertion socio-économique dans et par l'emploi et le logement que les mœurs évoluent. Nombre de musulmans et de musulmanes, soit des étudiant(e)s soit surtout celles et ceux qui ont accédé à des positions économiques plus aisées et plus reconnues socialement (avocat, médecin, écrivain, journaliste, chercheur, etc.) ont tendance à faire évoluer leur conception de l'islam par exemple vers le néo-soufisme, c'est-à-dire vers une interprétation plus moderne plus spirituelle, plus intérieure de la croyance musulmane . Une telle conception de la religion n'éprouve plus le besoin de montrer son appartenance religieuse ou alors de façon non ostensible, discrète.

    La mentalité laïque est parfaitement accessible à toutes les religions. Accessible signifie qu'un passage libre, non contraint est possible. Mais les sociétés ne connaissent pas la neutralité " pédagogique " car des forces sociales religieuses diverses y sont agissantes, elles disposent d'appareils d'influences idéologiques puissants et efficaces. Et le communautarisme source de repli identitaire sur les formes les plus traditionnelles de l'islam n'est pas une vue de l'esprit même si le terme est source de malentendus notamment depuis sa promotion par Sarkosy candidat, qui employait ce mot en un sens très idéologisé, signifiant implicitement musulmans intégristes.

    Dans toutes les sociétés et dans toutes les religions ce qui a freiné ou ce qui continue de freiner l'accès à la mentalité laïque c'est le mouvement intégriste ou du moins le mouvement conservateur souvent attaché aux artifices religieux extérieurs qui participent de l'emprise du religieux sur et dans les sociétés. Les forces religieuses conservatrices et réactionnaires tiennent à accroître cette emprise du religieux. C'est une donnée de fond qui prend évidemment des formes variables selon les sociétés et les religions.

    Christian DELARUE

    Secrétaire national du MRAP

    s'exprimant à titre personnel


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