Pour accomplir une pareille tâche - En finir avec une France
impérialiste par Sébastien Laurent et Christian Rialto - il faudra aller
au-delà des divisions politiciennes de la présidentielle . Il faudra
l'unité du mouvement social (ATTAC et les associations de solidarité
international) et du mouvement ouvrier : l'unité des syndicats CGT, FSU,
SUD et l'unité des partis politiques "anti-libéraux" (le PC de
Marie-George BUFFET, la mouvance de José BOVE, la LCR d'Olivier
Besancenot) plus les militant(e)s du PS et des Verts qui ont conservé
une conscience internationaliste et anti-impérialiste. Sans ostracisme
non plus à l'encontre les libertaires, les anarchistes comme des
trotskystes de LO. Bref le rassemblement sur quelques exigences propres
à renverser la situation insoutenable.
CD
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Politique extérieure
EN FINIR AVEC UNE FRANCE IMPERIALISTE
Loin des clichés relatifs au « pays des droits de l'Homme », la France
mène une politique militaire offensive afin de préserver les intérêts de
ses multinationales sur la planète. Un modèle qu'il convient de casser,
afin d'instaurer de nouveaux rapports internationaux.**
La France d'aujourd'hui, loin d'être une « puissance moyenne honnête »,
en butte à l'agressivité des États-Unis, est bien l'un des principaux
acteurs du système impérialiste mondial. Ce système de domination
politique, économique et militaire est aujourd'hui comptable de la
pauvreté endémique, des guerres et de la destruction de la planète. Les
confrontations, plus ou moins houleuses, avec d'autres impérialismes,
comme celui des États-Unis, ne se font pas au nom d'une ambition plus
respectueuse des droits humains et environnementaux, mais avant tout par
souci de préserver des zones d'influence, des marchés privilégiés, des
alliés précieux, lorsqu'il s'agit de se partager le monde. La France a
un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Avec quatre
autres États, elle peut ainsi décider, par-delà l'Assemblée générale de
l'ONU, qui compte plus de 190 membres, de s'opposer à des résolutions
progressistes proposées par les pays du Sud et décider de sanctions
contre d'autres nations. De même, les élites de notre pays se sont
garanti un rôle prééminent au Fonds monétaire international (FMI) et à
l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Pour asseoir sa puissance et assurer la présence de ses soldats dans le
monde, la France s'est dotée d'un arsenal militaire qui, en retour,
enrichit les trusts de l'industrie militaire privée. La France réclame
des comptes aux pays souhaitant développer l'énergie nucléaire, alors
qu'elle dépense des milliards d'euros pour des porte-avions nucléaires
et qu'elle est l'un des rares pays du monde à posséder la bombe atomique
qu'elle a, de plus, fait exploser dans les colonies polynésiennes...
après avoir commencé, dans les années 1950, dans le désert algérien ! De
retour depuis 1996 dans l'ensemble des structures de l'Otan (à
l'exception du commandement intégré), la France est partie prenante de
la force de frappe militaire des pays impérialistes, comme en
Afghanistan ou au Liban en ce moment.
La LCR veut en finir avec les liens de domination qu'entretient la
France avec les deux tiers de la planète. Or cette domination
néocoloniale est rarement un enjeu des campagnes électorales, car les
dirigeants, de droite comme de gauche, ont toujours été des fidèles
serviteurs de cette politique.
*Néocolonialisme*
Avant l'émancipation des colonies, l'Empire français s'étendait sur une
surface vingt fois plus grande que la métropole, apportant de nombreuses
matières premières et jouant le rôle de bouée de sauvetage lors des
grandes crises économiques, tout en écrasant les peuples à sa botte.
Aujourd'hui, il reste, comme colonies, les départements et territoires
d'Outre-mer (DOM-TOM) pour servir les intérêts stratégiques de l'État
français : la Gua-deloupe, la Martinique et la Réunion, marquées par
l'échange inégal, les bidonvilles et les minima sociaux discriminants,
servent à contrôler les mers du Sud ; la Polynésie française, vestige de
l'État-RPR corrompu, s'est transformée en poubelle de nos
expérimentations nucléaires ; la Nouvelle-Calédonie, grande productrice
de nickel, est une colonie de peuplement qui étrangle le peuple kanak ;
et la Guyane, base de lancement de l'industrie spatiale européenne, se
caractérise par ses milliers d'enfants non scolarisés et un profond
mépris pour les peuples indigènes et l'environnement.
Dans bien d'autres parties du monde, la France assoit sa domination par
sa puissance militaire, le mécanisme de la dette et la « coopération ».
Le scandale de la politique étrangère de tous les gouvernements
français, c'est le maintien du système de la « Françafrique », pour le
plus grand profit des multinationales françaises et de leurs « amis » de
tout poil : producteurs d'énergie (Total-Elf, Areva), d'infrastructures
(Bouygues), de produits précieux (Bolloré ou Rougier), etc.
Près de 8 000 soldats sont affectés à la présence militaire permanente
de la France en Afrique, qui porte une lourde responsabilité dans le
génocide au Rwanda, ayant même servi à protéger directement la fuite des
responsables des massacres. La France pratique des interventions armées
directes - en Côte-d'Ivoire, au Tchad -, en ayant toujours pour but de
préserver les intérêts français et le maintien de gouvernements dévoués
à cette tâche. Pour ce sale boulot, la France n'a jamais hésité à
attiser les divisions communautaires, voire même à les créer.
*Intérêts économiques*
Le mécanisme de la dette et le contrôle monétaire exercé par la France
sur le franc CFA ont toujours été un fort moyen de pression, notamment
afin d'imposer les politiques de la Banque mondiale et d'obtenir la
privatisation de secteurs économiques permettant la mainmise des
capitaux français : ceux-ci représentent 40 % des investissements
directs à l'étranger dans la zone CFA... Par le biais de l'aide publique
au développement (APD), le capitalisme français détourne, vers les
entreprises privées bénéficiaires de contrats publics en Afrique, une
partie de l'argent destiné au développement. Enfin, la dette permet de
maintenir les pays du Sud sous la domination financière des pays du Nord
et le transfert de capitaux de l'Afrique vers la Banque centrale
européenne, quand les pays de la zone CFA (le franc CFA est désormais
indexé sur l'euro) ne sont pas obligés de déposer 65 % de leurs recettes
d'exportation sur un compte du Trésor français. Ainsi, l'impérialisme
français n'est pas seulement un reste suranné et poussiéreux : c'est un
point d'appui économique, militaire et politique d'une des principales
puissances vampirisant le monde. Quinze ans de gouvernement de gauche,
depuis 1981, n'y ont strictement rien changé !
La fin de la Guerre froide a relancé la compétition entre puissances
pour le contrôle de l'Afrique. Mais le jeu s'est aussi rouvert en
Amérique latine, où la France est devenue l'un des principaux
investisseurs étrangers. On parle aujourd'hui d'une école française de
l'eau pour qualifier la stratégie de contrôle, par la France, de la
richesse aquatique du sous-continent. Deux des quatre entreprises
leaders au niveau mondial dans le domaine de l'eau sont françaises :
Veolia (ex-Vivendi, ex-Générale des eaux) et Ondeo (filiale de
Suez-Lyonnaise des eaux). D'autres entreprises françaises sont aux
avant-postes des prédateurs de l'économie latino-américaine, comme
Carrefour-Promodès, EDF et GDF, Total, Danone, sans oublier France
Télécom qui, après avoir retiré de substantiels bénéfices de Telecom
Argentina, a poussé à une baisse des salaires et à une augmentation des
tarifs lors de la dévaluation du peso en 2001... avant de se désengager
d'une entreprise qui ne lui rapportait plus assez d'argent.
*Autre monde*
Enfin, la « politique arabe de la France » n'est vraiment pas une
alternative à celle des États-Unis. Ainsi, si on peut dénoncer
l'alliance solide qu'ont entretenue les États-Unis avec la monarchie
saoudienne, au nom de la sûreté de l'approvisionnement en pétrole, il
faut également parler des excellentes relations - passées sous silence -
que la France a entretenues avec Saddam Hussein, expliquant les
réticences de la diplomatie française à participer à une guerre qui
remettait en cause ses intérêts. De même, nous ne devons pas taire
l'aide française à la mise sur pied d'une industrie nucléaire en Iran,
avant d'être supplantée par la Russie ; ou les bonnes relations
diplomatiques et commerciales qu'entretient la France avec les pays du
Golfe peu soucieux du respect des libertés civiles et des droits
sociaux. Il s'agit là de clients importants pour l'industrie de
l'armement, des télécommunications, pour les infrastructures ou pour
Airbus... Tout en affirmant, la main sur le cœur, son attachement aux
droits des Palestiniens, la diplomatie française a été d'un soutien sans
faille à la politique sioniste israélienne et elle ne s'est jamais
distinguée pour condamner les crimes de guerre de l'armée israélienne en
Cisjordanie, à Gaza et au Liban. Elle a été complice de toutes les
capitulations de l'ONU.
Le monde arabe ne se résume pas au Proche-Orient. La France mène une
politique très fraternelle à l'égard de la dictature tunisienne de Ben
Ali, elle soutient en Algérie les militaires au pouvoir, et elle a
entretenu d'excellentes relations avec le roi marocain Hassan II, puis
avec son fils, Mohammed VI. À eux seuls, Tunisie, Algérie et Maroc
représentent plus du tiers des exportations françaises vers l'ensemble
du sous-continent africain.
Alors, bien sûr, lorsque le business est en jeu, les résistances
sociales, les libertés civiles et démocratiques sont mises à mal, et les
peuples voient leurs espoirs de solidarité de la part des prétendues
démocraties occidentales s'envoler. De l'UMP (ex-RPR) au Parti
socialiste, les principaux responsables politiques français ont
perpétué, grosso modo, la même politique extérieure et les mêmes réseaux
d'influence. Alors que les critiques et les projecteurs se tournent le
plus souvent vers l'impérialisme éhonté que les États-Unis ont mis en
œuvre au Moyen-Orient et en Amérique latine, les diplomates et
capitalistes français tissent leur toile de domination, discrètement et
sûrement. C'est tout cela qu'il faut remettre en question de fond en
comble ! C'est le sens de la participation de la LCR à toutes les
mobilisations de solidarité internationale, à tous les forums sociaux et
contre-sommets européens et mondiaux depuis leur apparition, afin de
construire une alternative et de rendre palpable l'« autre monde
possible ».
Sébastien Laurent et Christian Rialto
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*Quatre axes pour une politique du développement humain en rupture avec
l'impérialisme français
**1)* Refuser toutes les logiques de guerre : retirer les troupes
françaises de tous les pays étrangers, réduire le budget militaire à sa
plus simple expression et rompre avec tous les mécanismes de dissuasion
nucléaire ; utiliser les moyens financiers ainsi dégagés au
développement de l'éducation, de la santé, de la recherche et de la
coopération civile internationale.
*2)* Rompre avec l'échange inégal et avec la libéralisation financière :
taxation des échanges de capitaux à court terme et abolition de la dette
du tiers monde, droit à la souveraineté alimentaire et défense d'une
agriculture durable, nationalisation des trusts impérialistes qui
pillent l'Afrique et spolient l'Amérique latine, remise des actifs
possédés dans ces continents aux populations locales.
*3)* Soutenir le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en commençant
par favoriser l'expression des courants indépendantistes des dernières
colonies françaises, et en prenant les moyens d'obtenir l'accès des
peuples écrasés, comme le peuple palestinien, à leur État.
*4)* Remettre en cause la structure inique du Conseil de sécurité de
l'ONU, comme celle de l'Organisation mondiale du commerce, du FMI et de
la Banque mondiale. De même que nous voulons construire une autre
Europe, au service des peuples, nous voulons de nouveaux pactes
internationaux pour les droits sociaux, politiques et environnementaux
de toutes et tous, au Nord comme au Sud !
http://www.lcr-rouge.org/article.php3?id_article=5681