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Altermondialiste : Refus : Ni classisme, ni sexisme, ni racisme - Pour : le social, l'écologique, le démocratique

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Le dernier FRIOT: Une approbation (la qualification) et un refus (l'extension du travail)

Le dernier FRIOT : une approbation et un refus.

Une lecture syndicale amène à lire B Friot de façon contrastée : très positif sur les qualifications mais par ailleurs trop en banalisation du travail contraint.


Dans son dernier ouvrage "L'enjeu des retraites". Bernard FRIOT fait feu contre les réformateurs qui cassent la retraite par répartition. Nous approuvons cette charge. Nous renvoyons ici aux films du débat organisé par le FSL du Morbihan (1) en juin 2010. La retraite est comme toute réduction du temps de travail salarié et subordonné une victoire contre le capitalisme et un pas gagné vers l'émancipation  du travail contraint. La "retraite à 60 ans - âge symbolique - avec un revenu socialisé suffisant" est un enjeu de civilisation . Prolonger le temps de travail salarié à 62 ans ou plus constitue une régression sociale typiquement capitaliste aussi grave que le "travailler plus pour gagner plus " de Nicolas SARKOZY . L'état des richesses du pays permet de défendre "Pas de retraite à moins de 2000 euros par mois" et de lier ensuite le montant de la retraite à la qualification obtenue.

Cet accord avec B FRIOT contre la casse des retraites ne clôt cependant pas le débat. Rapidement Bernard FRIOT a trouvé une première série de contradicteurs au sein d' ATTAC avec Jean-Marie HARRIBEY (2) et Pierre KHALFA  (3). Nous ne reviendrons pas ici sur le débat sur la valeur ni sur la solidarité intergénérationnelle qui forment le gros de la discussion contre B Friot. Sans aborder la question monétaire (donc sans discours d'économiste), nous soulignerons d'une part un refus et d'autre part une approbation.

I - UN FERME REFUS : la mise à plat entre travail contraint et activité libre.

Si ses deux premiers ouvrages (4) ont permis une avancée positive pour défendre la cotisation et la sécurité sociale non étatisée (5) il semble bien que ce dernier livre opère un saut qualitatif important en alignant conceptuellement le travail salarié sur les activités des retraités.

Bernard FRIOT écrit : "Il n'y a pas d'essence du travail ; ce qui est désigné comme "travail" est contingent". (p120).  Il ajoute : "Un retraité voué à son mandat municipal ou entretenant son potager produit davantage de richesse qu'un conseiller en communication de Nicolas SARKOZY. Nous le pensons aussi à ATTAC ! Nos activités militantes produisent des richesses mais il s'agit d'activités libres et non rémunérées. Nous ne comprenons pas que B FRIOT ironise (p 121) - après avoir cité nombre de travaux ignobles et destructeur de travailleurs salariés - en écrivant "à quel degré de servitude volontaire sommes-nous arrivés pour ne pas douté que ces "tâches" (ignobles de salariés) sont du travail et pour soupçonner celles (utiles) des retraités d'en être pas ?" Réponse : Parce qu'assimiler les "tâches" associatives à du travail salarié serait valorisant ? Ce serait une marque de libération de la servitude! En B Friot aligne travail et activité d'un côté en banalisant la réalité du travail salarié subordonné et contraint et de l'autre côté en survalorisant les activités des retraités. Certains retraités - pas tous loin de là (certains ne font rien) - participent modestement à des activités d'une grande utilité sociale mais ils le font librement ce qui fait toute la différence. Même dans une SCOP on sait que l'on travaille et que la charge de travail est lourde alors que les actionnaires sont absents. En fait, c'est touts la société néolibérale qui pèse via le marché et la concurrence débridée vers le travaillisme. Faute d'une nouvelle RTT, c'est un partage du travail non écrit, via le marché, qui produit côté "emploi" le chômage des uns et côté "travail" la surcharge des autres. Comment Bernard Friot, éminent sociologue et économiste, peut-il alors écrire p 120 : "Ce que font les retraités est-ce de "l'activité" ou du "travail" ? La question ne se posait pas il y a cinquante ans : il était évident que la retraite était un temps de hors-travail qui "vient récompenser une vie de travail" ? Encore une fois la minorité active des retraités ne vient pas bousculer le principe. Le travail anthropologique ne ressemble pas au travail salarié invention du capitalisme. Un monde les sépare. De même l'activité militante ou associative le soir après le travail pour une minorité d'individus n'est pas assimilable à du travail car la contrainte et la subordination manquent. Par ailleurs si la distraction avec la télévision passe si aisément en fin de journée de travail c'est que cette dernière a été dure et parfois abrutissante. Il en est de même d'une vie de labeur. Nombre de sociologues soulignent  la diversité du travail salarié, la diversité des contraintes au sein du monde du travail : tous ne sont pas au même régime mais dura lex sed lex le travail salarié même dans le meilleur des cas demeure un travail très contraint et subordonné. Même le travail indépendant a ses contraintes très pesante. Elles sont en général plus acceptées "quand on est son propre patron" mais elles restent néanmoins fortes.

II - UNE APPROBATION : La défense du système de la qualification personnelle.

Pour autant, cet ouvrage a aussi le mérite de valoriser le principe des qualifications personnelles attribuées à vie aux travailleurs comme dans la fonction publique à la différence du système de qualification du poste qui est dominant dans le privé et qui fait du producteur un mineur social fragilisé et astreint à devoir toujours montrer son employabilité. Dans plusieurs pages Bernard Friot développe cette défense. Il faut lui en savoir gré. Les travailleurs ont besoin de cet argumentaire trop souvent oublié. En outre la qualification permet de faire le lien entre le travail et le non travail car la qualification qui détermine le traitement détermine aussi la pension mais à la différence de B Friot nous soulignons que le traitement n'est pas la pension. Autrement dit, nous ne suivons pas B Friot dans tous ses développements sur la qualification.

Bernard FRIOT développe le besoin d'étendre à tous le principe de la qualification personnelle en vigueur dans la fonction publique dans un chapitre intitulé : "Vers la qualification personnelle pour tous". Il le fait certes sans voir les changements opérés par la droite et la gauche dans les statuts mais là n'est pas l'enjeu . Il se situe au niveau des grands principes et écrit page 143 : "Dans la fonction publique c'est la personne et non pas le poste de travail qui est qualifiée. L'employeur" direct d'un fonctionnaire dirige son travail mais n'a aucune prise sur ses droits salariaux (niveau de salaire, promotion, conditions de la mobilité, couverture sociale), qui dépendent de son grade, pas du tout de son emploi. C'est aussi pourquoi il n'y a pas de chômeurs chez les fonctionnaires. Et que leur pension est définie comme une continuation du traitement, c'est à dire qu'à sa liquidation, c'est le dernier (et donc le meilleur) salaire qui est pris en compte. Et jusqu'à la réforme Fillon-Chérèque de 2003, son indexation suivait exactement le mouvement des salaires, puisque l'assiette de la pension du retraité était le salaire qu'il aurait touché s'il avait été encore en activité, soit la valeur courante de son indice terminal.

Attribuer à chacun une qualification personnelle constitue un pas réel vers l'émancipation mais cela n'exonère pas la société d'attribuer un travail à chacun puisque nul sauf les jeunes et les retraités précisément n'est exempt  d'apporter sa participation à la production de l'existence sociale. Même le plus fainéant des humains a ce devoir contributif. C'est pourquoi il importe de passer du partage de l'emploi issu de la main invisible du marché qui divise le monde du travail en chômeurs et travailleurs intensifs au partage du travail par le politique et la RTT à 30 heures hebdomadaires.qui permet de travailler tous en sortant du travaillisme.

B Friot donne une grande portée au principe de la qualification personnelle. Nous n'allons pas si loin. Il déploie un système salarial qui va au-delà de la reconnaissance du principe dans le monde du travail. Il faudra revenir plus en détail sur ces développements.

Christian Delarue

1) Le FSL du Morbihan
http://www.fsl56.org/2010/conferences/debut

2) De Jean-Marie Harribey

2010, La construction sociale de la retraite, Remarques sur le livre de Bernard Friot, L'Humanité, 15 juillet


2010, La solidarité intergénéraionnelle, un concept dépassé ?, Débat avec Bernard Friot, 15 juin

http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/retraites/index-retraites.html

3) De Pierre KHALFA (pas trouvé le lien)

4) Les deux premiers livres de Bernard Friot.

Puissances du salariat (La Dispute, 1998)

Et la cotisation sociale créera l’emploi (La Dispute 1999).

5) Socialisation de la Sécurité sociale et Etatisation des firmes pharmaceutiques et des cliniques privées. C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article816

 

 

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