Altermondialiste : Refus : Ni classisme, ni sexisme, ni racisme - Pour : le social, l'écologique, le démocratique
Lettre critique mais bienveillante d'un altermondialiste à Jean-Luc MELANCHON.
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J'apprécie Monsieur Mélanchon mais j'ai horreur que Jean-Luc parle du peuple tout court quand il évoque les classes dominées en lutte. C'est que dans le peuple il y a la bourgeoisie, il y a la classe dominante. Et j'ai horreur que l'on mélange les dominants avec les dominés. Absolument horreur. Je ne fais à cela qu'une exception. C'est lorsque le peuple démocratique est appelé en tant que citoyen a désigner ses représentants. Le reste du temps je ne ne vois que des travailleurs salariés en lutte ou si l'on veut embrasser plus largement, comme Jean-Luc Mélanchon le fait à raison, que le peuple-classe. Dans le peuple-classe il y a notamment le petit patronat victime de la finance mais qui n'est pas toujours tendre avec les ouvriers. Il faut donc employer les mots justes pour nommer ceux qui ne sont pas membre de la classe dominante et qui subissent sa domination. Monsieur Mélanchon ce peuple-là se nomme "peuple-classe".
- Le peuple-classe pour une autre démocratie.
Il faut continuer à évoquer le peuple-classe lorsqu'il s'agit de reconstruire l'Etat social car c'est le rapport de force social qui permettra des avancées conséquentes en la matière. Il faut même continuer à évoquer le peuple-classe lorsque l'on lutte pour la reconstitution d'un peuple souverain contre la troïka (FMI, BCE, Union européenne) car il ne s'agit pas de demander à la bourgeoisie, fusse la bourgeoisie nationale de le faire. C'est pour nous, le peuple-classe dans sa diversité qu'il faut refonder la démocratie qu'il faut inventer une autre démocratie beaucoup plus participative que celle actuellement existante. Il n'y aura jamais de saut qualitatif appréciable en matière de vie démocratique sans un appel au peuple-classe. Et je n'aimerais pas que ce soit Marine Le Pen qui se mette à en appeler au peuple-classe pour in fine réconforter le pouvoir de la classe dominante. C'est pourquoi je me permet de signaler l'exigence de nomination de ce peuple-classe au M'PEP, au POI et au MRC qui tous luttent contre la troïka pour la souveraineté populaire.
Dès que l'on dit peuple et citoyens il fait savoir de qui ont parle car il y a les citoyens des quartiers riches de la bourgeoisie dans chaque grande ville et les autres citoyens ceux du peuple-classe. Les membres de l'oligarchie sont aussi des citoyens. La citoyenneté se rapporte de façon générale à l'exercice démocratique et plus particulièrement au rapport de délégation de pouvoir dans les démocraties dites représentatives . Ces dernières cachent une oligarchie. Les démocraties représentatives-délégataires à contenu oligarchique semblent bien malgré leur insuffisances démocratiques être la forme la plus achevée des démocraties existantes. L'utopie est donc de passer à une autre démocratie. De faire subir à la démocratie rabougrie occidentale et en cours de mondialisation un saut qualitatif aussi important que le droit de vote des femmes par exemple.
- Le peuple-classe pour la dignité et contre la domination de la classe dominante.
Supprimer la domination de classe de la bourgeoisie ce n'est pas passer les quartiers bourgeois au karcher populaire qui ferait en quelque sorte le nettoyage des biens de luxe en cassant les vitrines et en rossant les impétrants à coup de bâton. Cette version de la lutte de classe correspond sans doute aux jacqueries que la bourgeoisie redoute car cela surgit périodiquement face aux insuffisances de la réponse de classe institutionnelle jugée sans doute trop respectueuse des intérêts de la classe dominante. Il y a aussi une autre fausse "lutte de classe" plus instinctive qui frappe plus contre son voisin mieux loti que soi que contre les riches. Laissons ce cas de côté.
Qu'il y ait des insuffisances dans la réponse de la gauche et des syndicats de travailleurs c'est certain . Pour autant le saccage du bas peuple ne permet pas d'en finir avec la domination de classe. La suppression de la classe dominante est autrement plus complexe et porte contre tous les dispositifs de pouvoir qui lui assurent sa domination. La propriété des grands moyens de production n'en est que l'un d'eux.
En fait ce genre de comportements réactionnel correspond au mépris de classe d'en-bas contre l'en-haut comme il existe un mépris de classe d'en-haut contre l'en-bas. Un nettoyage au karcher d'en-bas serait l'inverse de celui de Sarkozy qui contient un mépris de classe contre la "populace", contre les exclus de la société, un mépris qui frappe les noirs, les métis et les blancs qui ont le tort d'être "mal éduqué" - ce qui peut être partiellement vrai - par des parents alcooliques et au chômage, par des familles habitant dans des quartiers totalement délaissés au plan économique, politique et social. Et je ne dis rien des "familles polygames" ciblées comme cause des luttes de novembre 2005 par B Accoyer. A soigner ce type ! Mais les fantasmes xénophobes se soignent-ils ?
Monsieur Mélanchon j'aime la France sans fétichisme et surtout je n'aime pas la France de Sarkozy et vous savez pourquoi car dans un rapport d'intervention (1) vous avez accusé tous les défenseurs de la bourgeoisie et de la France conservatrice d'une grave indignité. Et l'indignité de 2005 a été renforcée par la crise de 2008 et ce n'est pas fini. Cette indignité vous l'avez rappelé ainsi Monsieur Mélanchon : "La vérité seule et unique, c’est que si nous sommes déchirés c’est parce que la richesse est mal partagée. Les uns ont tout, les autres n’ont rien. La pauvreté n’est pas à la marge du système, elle en est devenue le coeur, le moteur." Dans la lancée du discours, il y a juste peut-être un biais négatif qui est fréquemment exploité à gauche et que je nomme ouvriérisme. Cet ouvriérisme tend trop aisément à voir les riches juste au-dessus de soi et plus globalement dès les couches sociales dites moyennes dont seuls les spécialistes savent ou elles commencent ou elles finissent. Pour ma part j'évoque les prolétaires (2) en-dessous d'une triple petite-bourgeoisie (3). Le peuple-classe rassemble les prolétaires et les petite-bourgeoisies.
- Peuple ethnique, communautés ethniques.
Passons à un autre point. Vous dites : "Il faut mener une lutte implacable pour l’assimilation et contre le racisme, l’antisémitisme et le communautarisme. Nous marquerons des points d’autant plus décisifs contre le communautarisme que nous ne laisserons pas à penser qu’il y a une communauté dominante blanche, bien née, dans les bons quartiers. Quand la communauté légale républicaine sera plus protectrice que les micro-communautés qui ont toutes les tares du monde, mais dont la seule qualité est de sentir bon la chaleur des fratries, alors la République l’emportera sur les communautés de la manière la plus certaine." Cher Jean-Luc la France défend l'intégration en un sens dialectique qui ne signifie nullement assimilation. Nous sommes loin de la France de Sarkozy et de Le Pen. Ici il convient de penser et vivre l'interculturel comme l'écrit Gilles Verbunt (4). L'exigence interculturelle n'est ni multiculturalisme ni assimilation au monoculturalisme dominant. Le vecteur principal en est la citoyenneté ce qui convient à la République mais là encore le social est juste derrière, ce qui convient à la République sociale et même au socialisme démocratique. Et vous l'aurez compris, c'est au peuple-classe multicolore et multiconfessionnel mais laique qu'il faut s'adresser pour combiner l'interculturel, le social et le démocratique.
A ce titre, il convient d'abandonner les références racialistes du PIR (5) qui mènent à des dérives racistes sous prétexte de défendre bec et ongles les "indigènes". Et s'il faut abolir l'apartheid social c'est en liant le combat anti-discriminatoire et anti-raciste au combat social . Ce dernier a une dimension territoriale et urbaine. Il importe de lutter contre le développement économique, social et culturel inégal des territoires. L'implantation des services publics et d'une économie non marchande dans les quartiers délaissés de la République va heurter de front les "règles d'or" de la finance et des créanciers. Un dur combat s'annonce. Vous ne le porterez pas seul dans les assemblées de la République. C'est dans la rue que le rapport de force va se construire.
J'ajoute que cela vaut aussi pour féconder l'écologie. Car la lutte contre le consommationnisme suppose de s'attaquer au productivisme et donc d'après moi au travaillisme (6)
Christian DELARUE
Militant altermondialiste et antiraciste