Altermondialiste : Refus : Ni classisme, ni sexisme, ni racisme - Pour : le social, l'écologique, le démocratique
Relire "La Nation" de Pierre FOUGEYROLLAS 20 ans après !
L'ouvrage a été publié il y plus de 20 ans, en 1987, avec un sous-titre
évocateur : "Essor et déclin des sociétés modernes". L'ouvrage découpé
en 4 parties - 1 - La formation des nationalités, 2 - L'organisation des
nations, 3 - L'universalisation du phénomène national , 4 - La nation en
question - montre essentiellement que la nation est un produit de l'histoire.
Elle n'est pas intemporelle.
Une lecture hâtive à la fin des années 80 pouvait laisser entendre que
cette forme d'organisation sociale touchait à sa fin. Cela se combinait
alors avec des considérations fréquentes mais propre à la formation
sociale française que la nation était menacée à la fois par en-haut
avec l'Europe en cours de renforcement ( Acte unique européen date de
1986) et par en-bas avec les régions qui s'affirmaient . En 1988,
Michel Rocard lance la Réforme de l'Etat, ce qui inaugure une
déconstruction multiforme et progressive de l'organisation de
l'Etat-nation. Mais ce sera la mondialisation de l'économie qui peu à
peu viendra menacer plus encore l'organisation de la forme nation. En
1985 Charles-Albert MICHALET reprend in extenso son ouvrage "Le
capitalisme mondial" (PUF) : "Cet essai se veut une contribution à un
projet iconoclaste. Il s'agit de renverser le vieux paradigme de
l'économie internationale pour lui substituer celui de l'économie
mondiale" Et il entreprend d'étudier le phénomène de
multinationalisation et ses impacts sur les espaces nationaux. Le
vecteur en est les firmes multinationales (FMN) et non plus.les
sociétés transnationales (STN). Quoique l'on pense de la théorie au
plan économique, une chose est sûre : la mondialisation économique qui
n'est pas nouvelle se renforce.
Mais rien n'est encore dit sur la globalisation financière, ni sur la
marchandisation du monde. Il faudra attendre dix ans de plus pour que
la menace prenne sens : le 1 er janvier 1995 est crée l'OMC
(Organisation mondiale du commerce) et en 1994 François Chesnais
publie "La mondialisation du capital" qui sera relativement lu eu égard
à la forte technicité de l'ouvrage! Capital financier, productif,
marchand, tout est lié . Il ne s'agit pas seulement de critiquer "les 4
comportements des financiers : prédateur, spéculatif, court-termiste et
maximisateur" (1) mais un ensemble de paramètres complexes qui forment
système et qui détruisent au sein des nations le social et
l'environnemental. Les individus menacés dans la nation ne sont pas
l'oligarchie financière ou la bourgeoisie mais les couches salariés mal
payées et les salariés désaffiliés et précarisés et au-delà quasiment
tout le salariat ainsi que la paysannerie artisanale.
Retour au livre de P Fougeyrollas. Objectivement la nation est une
communauté historique qui peut disparaître mais la nation a une deuxième
face dit-il. "Subjectivement, la nation se présente sous les espèces de
représentations et d'affects fréquemment générateur de passion". D'où
les rapports complexes entre peuple, élites dirigeantes et nation qui
laissent place à l'idéologie et même aux manipulations. Un comparaison
historique (pour rester dans le cadre français qui n'est évidemment pas
le seul abordé par l'auteur) permet de trancher. "Sous la Révolution
française, la nation est pour ainsi dire immanente au peuple qui
acquiert sa souveraineté en devenant nation. Sous la Troisième
République, lorsque l'impulsion révolutionnaire de 1789 a épuisé ses
effets, la nation devient transcendante, du moins dans l'idéologie
répandue à travers le corps social par les classes dirigeantes. Elle est
cette entité à laquelle chaque citoyen doit son dévouement, ses impôts
et, en cas de guerre, sa vie, par de-delà les inégalités ou les
injustices sociales observables". La nation a épuisé son potentiel
progressiste pour se faire le vecteur de force guerrières et anti-sociales.
Mais il arrive qu'il y ait des exceptions. Les peuples peuvent protester
derrière la nation, notamment avec les derniers référendums européens.
Et tout n'est pas à brader dans la nation - notamment les
nationalisations - du moins tant que l'Europe n'est pas fondée sur des
bases plus progressiste ou/et tant que, contrairement à ce que dit
Christophe Aguiton (2 ), le monde ne nous appartient pas ! Ainsi à ce
propos, Philippe Zarifian, celui de L'échelle du monde" (3), défenseur de
la mondialité remarque avec pertinence qu'" à la différence des sociétés
nationales, la société-monde ne bénéficie pas d'un Etat, d'institutions
démocratique, de normes sociales et de mécanismes de régulation, de
processus d'intégration et de socialisation (p21). En somme le monde ne
forme pas société, il n'y a pour les dominés, pour les exclus du monde
des affaires que l'humanité qui fasse sens pour la solidarité
internationale entre les peuples (avec une composante "ouvrière" et une
composante "genre") et la planète qui fasse sens pour sa préservation
écologique. La cosmopolitique est une utopie. Une belle utopie mais
nécessaire tout autant que le néosocialisme (4) qu'il faut faire advenir
mais sans doute par des processus historiques qui laissent place aux
formations nationales et continentales. L'essentiel serait alors
d'articuler ces différents niveaux d'organisation sans nationalisme ou
européanocentrisme mais avec le sentiment d'appartenance à l'humanité
(via le genre ou la classe sociale) et à la planète. Ce serait un gage
de démarche constructive.
Ce n'est pas l'ordre qu'il faut rétablir mais le sens du droit. Voilà
l'exigence internationale portée par le mouvement altermondialiste
contre l'irrespect institutionnalisé par les grandes institutions
mondiales - OMC, FMI, BM et continentales mais aussi par le nationalisme
guerrier ou sécuritaire et policier, contre la forme "xénophobie d'Etat"
qui se métamorphose en Europe forteresse. Le droit peut passer par la
construction de services publics dans un cadre national ou par des
réseaux publics continentaux.
La nation n'est pas morte mais elle n'est plus un fétiche. Le mouvement
populaire doit la reprendre à la bourgeoisie nationale. Le mouvement
alter doit aussi éviter que l'Europe ne soit que la patrie des élites
"hors sol". La nation doit donc être ouverte sur le monde. A défaut elle
ne sera qu'une bêtise immonde !
Christian DELARUE
1) cf p96 in "Le capitalisme financier" de Laurent Batsch qui se place
du point de vue de l'entreprise et non sur le plan macro-économique
2) Le monde nous appartient (Plon 2001) de Christophe Aguiton fut un des
premiers ouvrages portant sur l'altermondialisation
3) Philippe Zarifian, L'échelledu monde" La Dispute 2004
4) Vers un néosocialisme vert : Etendre le marché ou le circonscrire ? -
C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article354