Altermondialiste : Refus : Ni classisme, ni sexisme, ni racisme - Pour : le social, l'écologique, le démocratique
Vers un néosocialisme vert : Etendre le marché ou le circonscrire ?
Libérer l'entreprise de la tutelle de la propriété capitaliste ne
signifie pas abolir le marché (1) . La chose est entendue même par ceux
qui entendent le circonscrire par la démarchandisation, la promotion
des services publics, de la sécurité sociale et d'un volet de planification démocratique. Mais dans
l'altermondialisation certains veulent le réguler et même l'étendre.
I - Contre les pollutions, l'écologie de marché et un altercapitalisme vert?
Dans l'altermondialisation entendue comme mouvance large (qui comprend
en son sein un fort courant altermondialiste antisystémique) il y a
l'espoir de forger un "bon" capitalisme à la fois social et vert. Cela
suppose d'oublier que le fonctionnement du capitalisme au plus près de
sa logique intrinsèque suppose à la fois un taux de profit suffisant et
des débouchés sur les marchés. Le capital marchand a partie liée avec
le capital productif. A la différence de Ricardo Marx a montré
l'articulation entre la loi de la valeur et la loi de l'offre et de la
demande (2 ). De même que l'on ne peut lutter seulement contre le
capital financier jugé pervers en pensant que les autres formes de
capital sont saines et ajustables.
L'altercapitalisme vert croit aux vertus coordinatrices du marché
; Il voudrait faire même faire l'inverse que de circonscrire le marché puisqu'il
imagine des procédés de réinsértion des "externalités " dans le marché. Voici, par exemple, ce qu'écrit
Marc Fleurbaey dans "Capitalisme ou démocratie" (p153) : "Une autre
condition pour que le marché aboutisse à l'efficacité est que toutes les
interactions économiques entre individus soient médiés par les marchés.
Lorsque ce n'est pas le cas, on dit qu'il y a des "externalités", c'est
à dire des interactions extérieures aux marchés, et cela perturbe
l'efficacité de l'allocation résultante. Un exemple classique est celui
de la pollution. Lorsque je circule en ville avec ma voiture, je dérange
quelques personnes en polluant l'air, en faisant du bruit, en encombrant
le trafic routier. Or pour prendre ma décision d'aller en ville avec ma
voiture, les seuls marchés qui contraignent mes possibilités sont le
marché de l'automobile sur lequel j'ai acheté ma voiture, le marché de
l'assurance automobile, et le marché des carburants. Il n'y a aucun
marché où je doive payer pour le dérangement et la pollution que ma
décision entraîne, et donc aucun moyen pour les personnes dérangées de
m'informer des conséquences néfastes de ma décision".
Les externalités étant fort nombreuses, peut-on vraiment les intégrer à
"l'ordre marchand". Non répond Michel Husson ( 3) Et Daniel Tanuro
d'enfoncer le clou : les mécanismes du marché pourrissent le climat !
(4)
Changeons de logique sans plus tarder car faire reculer les marchés c'est ouvrir une autre perspective économique et sociale.
II - La marchandise pour les profits contre les besoins sociaux
- changer de dynamique
L'une des tendances les plus frappantes du capitalisme contemporain est
de chercher à transformer en marchandises ce qui ne l'est pas ou ne
devrait pas l'être, et d'abord les services publics et la protection
sociale. Un tel projet est doublement réactionnaire : il affirme à la
fois la volonté du capitalisme de retourner à son état de nature en
effaçant tout ce qui avait pu le civiliser ; il révèle en outre son
incapacité profonde à prendre en charge les problèmes nouveaux qui se
posent à l'humanité.
La distinction établie par Marx entre valeur d'usage et valeur d'échange
est ici une clé essentielle pour comprendre les exigences du
capitalisme. Il veut bien répondre à des besoins rationnels et à des
aspirations légitimes, comme soigner les malades du sida ou limiter les
émissions de gaz à effet de serre ; mais c'est à condition que cela
passe sous les fourches caudines de la marchandise et du profit.
(Extrait p 183 de "Un pur capitalisme" de Michel Husson)
- changer de paradigme théorique au sein du marxisme
J-M HARRIBEY : CONSTRUIRE UNE ECONOMIE POLITIQUE DE LA DEMARCHANDISATION
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article152
III - Le néosocialisme comme perspective de l'autre monde possible.
Le néosocialisme combine un mouvement de nationalisations ou
d'appropriation publique des grands moyens de productions, d'échange et
de distribution notamment dans ce qui relève des piliers du systèmes
énergétique et une dynamique d'abolition des rapports sociaux
capitalistes de production dans les entreprises de niveau local qui
vont être motrices non seulement en terme de relocalisation mais aussi
pour aller vers l'autogestion mais qui ne peuvent assurer une
coordination et une distribution égalitaire sur un territoire large. Ce
n'est pas tout : le néosocialisme veut aussi faire reculer fortement
la "marchandisation du monde" et "la dictature des marchés" (pas que
celui de la finance).
Globalement, il s'agit donc bien de passer à un autre monde
radicalement différent et non de se satisfaire d'un monde meilleur à
base d'un nouveau compromis keynésien et d'un néosolidarisme à "économie
plurielle" (5 ). Pour autant, le néosocialisme ne méprise pas l'économie
sociale et solidaire (ESS) ni les sociétés coopératives ( SCOP) car pour
ce qui n'a pas besoin d'une centralisation permettant une meilleure
redistribution égalitaire ou faisant intervenir une inégalité de
péréquation (réfléchie et démocratiquement décidée) l'ESS et les SCOP
peuvent se monter efficaces, en tout cas mieux que sous la domination du capital et
sous le poids des logiques marchandes. Enfin tout cela ne signifie pas
choisir entre réformes et révolution ni donc refuser de militer
ensemble. Des réformes "à effet cliquet" permettent de faire reculer le
néolibéralisme et d'avancer vers l'autre monde possible.
Retour sur les marchés : Le marché des biens et services comme le marché
de la force de travail institue des rapports sociaux très inégalitaires (à
défaut d'être antagoniques comme les rapports de production
capital/travail) . Il est mystificateur d'évoquer les choix libres du
consommateur fût-il "éclairé" et "citoyen" car d'une part il lui faut être
solvable et d'autre part les choix proposés sont restreints par le mode de production. De plus en
plus le consommateur ne peut choisir que des enveloppes différentes de biens
similaires à obsolescence plus ou moins rapide, ce qui est contraire au
"développement durable" ou plutôt à l'alter-développement.
Si le socialisme autoritaire s'appuyait déjà sur une économie de
satisfaction des besoins sociaux contraire à une économie du profit et
du marché alors le néosocialisme marquera lui son empreinte par un
double souci : démocratique et écologique . C'est toute la tâche de
l'altermondialisme. La crise écologique met à l'ordre du jour
l'éco-socialisme et notamment un alter-développement qui préconise une
dialectique croissance / décroissance fondée sur des choix
démocratiques. La "pulsion démocratique" débridée par le néosocialisme
va beaucoup plus loin que ce que peux accepter la démocratie libérale,
qui est foncièrement très restreinte de par sa configuation
idéologico-historique, et qui tend d'ailleurs à régresser sous la forme
de la gouvernance et de la "démocratie des lobbies". Le néosocialisme
intègre lui un stade supérieur nouveau de configuration démocratique :
une "alterdémocratie" (6 ) car elle fait intervenir les
citoyens-producteurs dans le champ économique aussi bien dans que hors
l'entreprise. Il ne s'agit pas, il faut le répéter, d'abolir le marché
mais pour autant évoquer simplement sa régulation (Marc Fleurbaey) ne
suffit pas. Il importe d'empêcher son extension et même de le
circonscrire notamment par la mise en place d'une planification
démocratique (7) combinée à une extension des services publics. Les
services publics ne répondent pas à une demande solvable mais à des
usagers. Ils visent à satisfaire des besoins dès lors que dégagés de
l'influence pernicieuse des logiques marchandes envahissantes. Soumis
au politique et à la décision démocratique d'un peuple réellement
citoyen (et non juste pour un vote de temps en temps) il peuvent se
dégager du court terme économique des sociétés à dominante capitaliste.
IV - Conserver l'expression altermondialiste de l'autre monde.
Il est souhaitable que le mouvement altermondialiste conserve l'expression ouverte "autre monde" non
seulement parce que c'est dans la Charte de Porto Alègre mais aussi
parce que la formule permet de combiner librement et sans théorisation à
priori plusieurs libérations d'oppression et de domination hors
l'exploitation du travail par le capital et hors la domination
productiviste de la nature par le capital . Ainsi les mouvements
antiracistes militent pour un monde sans racisme et sans
colonialisme ni impérialisme comme d'autres acteurs amis veulent un
monde sans sexisme, un monde sans guerre (ce qui ne signifie pas
totalement pacifié au plan relationnel). Ces dominations et oppressions
se confortent et l'on peut penser que le capitalisme dans sa dynamique
historique les a articulé y compris celles qui ne sont pas générées par
lui (comme le sexisme et le racisme) mais l'histoire du mouvement
ouvrier international montre qu'il convient de conserver l'autonomie de
chaque lutte ce qui n'empêche nullement de penser leur articulation ni
de penser le néo-socialisme.
L'altermondialisme est une promesse, celle de renouveler la pensée et la
pratique de l'émancipation et ce faisant tenir les promesses non tenues
du passé.
Christian DELARUE
CA d'ATTAC Fce
1) in Jacques Bidet et Gérard Duménil in Altermarxisme Un autre marxisme
pour un autre monde p249
2) Relire le capital de Tran Hai Hac volume II page 127
3) Le capitalisme vert est-il possible ? Michel Husson
http://hussonet.free.fr/capivert.pdf
4) Comment les mécanismes du marché pourrissent le climat.
TANURO Daniel
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article352
5) Misère du solidarisme et du néosolidarisme - JJ Lakrival
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article320
Lire aussi : L'économie sociale et solidaire n'existe pas - M. HELY
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article66291
Deux critiques de la "société de marché"
http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article58371
7) La planification à l'ordre du jour - Michel Husson
http://hussonet.free.fr/sarkopla.pdf