Altermondialiste : Refus : Ni classisme, ni sexisme, ni racisme - Pour : le social, l'écologique, le démocratique
ACTUALITE DE L'ALTERMONDIALISME
Version de Christian DELARUE qui ne reprend pas intégralement le "texte
martyre" de Marc DELEPOUVE
http://www.france.attac.org/spip.php?article6370
Marc DELEPOUVE, alors membre fondateur FSU d'ATTAC, a écrit un texte
destiné aux modifications (publié sur le site ATTAC France en juin
2006). Je le reprends dans ses grandes lignes mais je m'en dégage
suffisamment pour présenter une version nouvelle.
/L'autre monde, l'autre Europe, l'autre France à construire ne peuvent
être décrits tels des univers de science fiction/ écrit Marc DELEPOUVE,
mais ils ne sauraient non plus être fondés sur les mêmes bases que ce
monde qui a pour caractéristique d'être toujours dominé par le
capitalisme et l'impérialisme même si les formes de cette domination a
changé. Lorsque la contestation s'attaque au cœur du système pour le
renverser et non l'aménager c'est bien pour fonder une autre société sur
d'autres bases . Les peuples le savent bien car la crise est là et ils y
ont participé activement. En effet, un basculement véritable ne saurait
au regard des expériences historiques se concevoir sans crise et
affrontements entre ceux d'en haut et ceux d'en bas pour le dire
rapidement . C'est que les couches sociales dominantes et dirigeantes
qui ne cèdent déjà pas aisément sur l'accessoire ne cèdent surtout pas
sans combat intense sur le principal.
De sa présynthèse au Manifeste je reprends simplement l'idée des "quatre
moteurs et des quatre exigences". Les rédacteurs du Manifeste d'ATTAC
introduisent eux leur propos sur l'idèe de "Scier les 7 piliers du
néolibéralisme", les scier à la racine... afin de faire germer autre
chose . On pourrait proposer comme Marc de changer de "moteurs" ou de
logiques . L'idée de base serait que l'altermondialisme d' ATTAC s'est
constitué à partir d'un projet qui s'est étoffé ces dernières années
tout comme le trajet qui mène au projet.
Si l'on reprends la terminologie de "*dynamique altermondialiste*" issue
du texte du comité local de Rennes on peut dire que la dynamique
altermondialiste générale regroupe à la fois la question du projet et du
trajet et même celle du sujet social porteur de la dynamique. Je renvoie
à la fiche rennaise écrite pour le Manifeste sous le titre "Notre
altermondialisme" (cf. lien ci-dessous).
Le projet altermondialiste n'est évidemment pas sans sujet porteur et
même sans sujet bénéficiaire : en théorie comme en pratique il s'agit
*des peuples *et* des citoyens*. Cela mérite d'être discuté car évoquer
« /des droits pour tous/ » tend à faire l'impasse sur cette question.
Militant(e)s altermondialistes, nous ne sommes pas hors de ce mouvement,
nous y participons activement avec tous les acteurs, notamment les
syndicats de salariés, les syndicats de paysans, les associations
féministes, antiracistes, écologiques. Le projet altermondialiste est
donc à partager dans une démarche d'éducation populaire tournée vers
l'action avec eux dans le débat et dans les luttes. Notre projet
s'oppose frontalement aux choix des élites, des classes dominantes et
dirigeantes du monde qui oublient l'intérêt général de la planète et de
l'humanité pour satisfaire la corporation "patronale" internationale,
disons franchement la bourgeoisie. L'exigence d'égalité est une valeur
essentielle de notre combat d'émancipation au côté de la solidarité. Une
solidarité sans égalité ne serait que reconduction d'un ordre
hiérarchique et inégalitaire.
Le projet contient *le but *altermondialiste sommairement mais
clairement indiqué dans le titre alors que le trajet porte sur *les
processus *à savoir les altermondialisations diverses que l'on nomme
aussi "mouvement de mouvements" mais aussi *des contenus* opérant à
divers niveaux "rupture franche" avec l'ordre actuel à dominante
capitaliste et productiviste.
I - LES 4 MOTEURS DE LA REGRESSION SYSTEMIQUE.
"L'humanité s'est laissée emporter dans une course folle, propulsé par
quatre moteurs contre lesquels il faut poser des actes de rupture. Le
premier est le néolibéralisme, le second le productivisme et la société
de consommation, le troisième l'individualisme et le quatrième la
domination des relations internationales par la concurrence et les
rapports de force" dixit Marc Delepouve. Pour ma part j'insère le
productivisme dans le néolibéralisme afin de faire place à la régression
démocratique.
1- Le néolibéralisme combine trois processus contraignant pour les
citoyens ordinaires et les peuples: la marchandisation généralisée, la
financiarisation, l'appropriation privée des moyens de production et
d'échange ainsi que des biens communs de l'humanité. Le néolibéralisme
correspond à une nouvelle phase du capitalisme qui génère le
productivisme et donc le consumérisme. Le productivisme consiste à
produire toujours plus pour le profit, toujours plus de valeurs
d'échange et moins de valeur d'usage. Produire pour le profit d'abord
incite à la production de biens rapidement obsolescents voire peu utiles
et même destructeurs des humains et de l'environnement, hors
considération de la préservation de la planète.
2 - La gouvernance comme processus de décision complexe réduit l'usage
des procédures authentiquement démocratiques au profit des négociations
entre les lobby et les experts éventuellement en y associant les
dirigeants religieux et syndicaux. La gouvernance est le nouveau nom du
gouvernement oligarchique qui ignore l'expression des peuples. La
gouvernance néolibérale est un mode global de gestion du monde qui
participe aussi de la montée de communautarisme et du recul de la
citoyenneté. Elle s'accommode bien de la montée du religieux et piétine
volontiers la laïcité.
3 - La domination des relations internationales par la concurrence et
les rapports de force. L'ordre du monde est hiérarchiquement structuré
sur les plans économique, politique et militaire. La guerre économique
se juxtapose aux guerres militaires et aux logiques sécuritaires. S'il y
a bien un Nord et un Sud (cf "schéma de la coupe de champagne") il faut
ajouter immédiatement qu'il y a du sud dans nord et du nord dans le sud.
Autrement dit la bourgeoisie comme classe dominante et riche se trouve
aussi bien au nord qu'au sud.
4 - L'individualisme tend à ignorer de diverses manières les multiples
rapports sociaux (capital/travail pour le plus antagonique) et à
préférer la lutte des places aux luttes collectives dans ou hors
travail. Au plan global il dénie les appartenances multiples et les
solidarités, notamment les solidarités transnationales avec les sans
papiers et les immigrés extracommunautaires. L'individualisme tend à un
désintérêt à l'égard de la chose publique au profit de la famille et du
proximal ; il manifeste la "crise du sens" évoquée par Alain BHIR. Sur
ce terreau de crise du sens germe toutes les formes de racisme et de
sexisme. Dés lors, le fascisme peut être l'autre monde que nous ne
voulons pas. Evoquons ici deux versions pensables : une de « reprise »
néocoloniale et une à base religieuse.
"Ces moteurs se renforcent mutuellement, et constitue un système
puissant, présentant une forte cohérence interne, mais aveugle au
devenir de l'humanité, aveugle aux écueils et précipices vers lesquelles
il la précipite : réchauffement climatique, effondrement de la
biodiversité, tarissement des réserves d'eau potable, épuisement de sols
agricoles et de réserves de matières premières non renouvelables ; deux
milliards d'êtres humains abandonné à la misère, à l'insalubrité, près
d'un milliards à la malnutrition ; près d'un milliard vivant dans des
zones de conflit ; des dizaines de millions forcés à migrer pour se
réfugier ; développement des paradis fiscaux et des réseaux de trafic
divers et de blanchiments d'argent sale ; développement des politiques
sécuritaires ; etc."
II - LES 5 EXIGENCES MOTRICES POUR UNE AUTRE SOCIETE.
1 - L'exigence sociale vise à rendre ce monde juste et non pas plus
juste car ce serait du misérabilisme ou de l'accompagnement social du
libéralisme. Sans oublier les pauvres il faut remarquer (ainsi qu'une
récente étude du CREDOC le signale pour la France) que les couches
moyennes de la société tendent à l'appauvrissement quand les riches
s'enrichissent toujours plus et exigent même des garanties de surprofits
financiers élevés. La participation de tous à la production sociale de
l'existence étant un principe fondamental ne souffrant que peu
d'exceptions il importe de construire une société solidaire de plein
emploi sans précarité ni intensification du travail via une réduction
hebdomadaire massive du temps de travail le tout sans perte de salaires.
La protection sociale, la sécurité sociale étant menacées il importe de
défendre la cotisation sociale ainsi que le propose B FRIOT.
2 - L'exigence écologique. Biosphère, climat, eau potable..., les
dégradations avancent à grande vitesse, à bien des égards la qualité de
vie sur notre planète serait irréversiblement détériorée, la survie de
l'humanité pourrait être menacée. Les citoyens mais surtout les
dirigeants politiques (les gouvernements) ou économiques (les patrons
des entreprises nationales ou multinationales) doivent engager sous la
pression sociale des mesures de rupture nécessaires.
3 - L'exigence démocratique : Aller vers l'alterdémocratie .La
démocratie dite représentative, est doublement restreinte par nature y
compris en y ajoutant de la démocratie participative . L'ensemble du
système démocratique représentatif/participatif actuel même amélioré est
nécessairement limité dans son champ - le choix des représentants
politiques pour l'essentiel et dans sa périodicité une fois de temps
en temps. L'autre démocratie radicalement différente entend permettre
l'intervention citoyenne dans les grands choix de la production tant
dans l'entreprise que dans la société via la planification économique.
4- L'exigence d'égalité ; égalité antiraciste entre tous et
égalité antisexiste entre les femmes et les hommes.* La solidarité doit
s'accompagner d'égalité . Les réseaux internationaux de proxénétisme,
forme extrême de marchandisation et de libre-échange, se développent,
tirant profit de la libre circulation des capitaux et de la
confidentialité assurée par les paradis fiscaux. La femme y est placée
dans une situation extrême, qui n'est pas étrangère à l'organisation
patriarcale de nos sociétés, et qui donne à penser sur la nature de
celles-ci. Si le 20e siècle a vu un recul des inégalités entre femmes et
hommes, ce mouvement a été stoppé et inversé avec l'arrivée du
néolibéralisme du début des années 1980. Le retour d'intégrismes
religieux et le développement des réseaux proxénètes internationaux en
sont les formes les plus extrêmes.
5 - L'éxigence de solidarité entre les peuples : vise à introduire à la
place de la concurrence et du rapport des forces un droit fondamental et
appliqué qui ne soit pas le cache sexe de la raison d' Etat force
d'appui du capital. Le droit mondial doit fonder et appuyer la
redistribution des richesses ainsi qu'un autre développement, harmonieux
aux plans géographique, social et écologique, et non l'institution de
mécanismes de correction du développement inégal et combiné du
capitalisme. La solidarité des peuples face aux différentes bourgeoisies
est une idée force qui milite pour l'autre monde que nous voulons.
Afin d'apporter à ces exigences des premières réponses aux niveaux
international, européen et français, le manifeste présente des
propositions concrètes qui constituent des ruptures avec la
mondialisation libérale. Elles demandent parfois à être développées, ou
précisée ; et elles sont à compléter par d'autres mesures.
Christian Delarue
Membre du Conseil d' Administration d' ATTAC France
Représentant du MRAP comme membre fondateur d'ATTAC