• mardi 26 janvier 2010 - par Christian Delarue

    Diffamation de la religion ou le blasphème comme complément de la laïcité

    Ce n’est pas Dieu qui importune les mécréants, ce sont les religions !

    Les religions n’aiment pas les hommes réels et encore moins les femmes. Propos de mécréant qui ignore que la religion, toutes les religions sont paix et amour. Voire !

    En tant que dispositifs se plaçant au-dessus des humains, de la société civile, voire de la société politique, il importe déjà avant toute chose de les rabaisser à leur juste place. A défaut d’une laïcité d’équilibration (de tolérances réciproques), le rabaissement relève d’une double action l’une institutionnalisée et collective, la laïcité ("tout court") et l’autre individuelle et fonction des circonstances, le blasphème. Contre la tendance lourde à l’emprise des religions, ces deux ressources se complètent. Dans la mesure ou ces ressources donnent des puissances d’agir et de se libérer, ce sont bien des outils d’émancipation.

    La religion ne va plus de soi partout. Elle est contestée pour son influence . Mais on peut combattre la religion tout en lui accordant la liberté d’existence. Pas trop. Ce papier assume de saisir rapidement l’essence des religions sous quelques traits saillants. Ceux qui font problème.

    * La religion toujours présente mais toujours contestée.

    La vocation première de la religions consiste d’abord à convaincre de l’existence de Dieu, de son Dieu. L’entreprise allait de soi jadis dans un monde beaucoup plus superstitieux qu’aujourd’hui et sans communication entre les continents donc bien souvent avec une offre monopolistique à savoir un seul Dieu proposé. Mais la mondialisation des échanges a mis les "Dieu" en concurrence. Il y a donc désormais plusieurs religions donc plusieurs "Dieu" avec autant de récits de validation de la croyance. Il n’en demeure pas moins un relatif enracinement des religions.

    Petit détail, toutes ces religions si souvent en concurrence se mettent d’accord au moins sur un point capital l’incroyance. Aucune n’aime Darwin ! Peu intègrent le marxisme ou la psychanalyse. Quant aux libertins, ce sont des mécréants.

    Ajoutons qu’il ne suffit pas aux religions d’insuffler un mythe il leur faut aussi poser des symboles sacrés et des rituels d’entretien de la croyance. Les religions fonctionnent plus au sacré et aux rituels pour discipliner les esprits et les corps qu’au simple déisme spirituel. Il ne suffit d’ailleurs pas de croire en Dieu comme à une idée supérieure abstraite, il faut adhérer au récit des croyances. Celles-ci sont enseignées très tôt aux enfants pour incruster le système de croyance global.

    C’est pourquoi les grandes religions disposent en général d’un appareil professionnel, très souvent masculin, de diffusion de la doctrine religieuse. Il est aussi chargé du contrôle la bonne application de la doctrine tant en interne qu’en externe. Cette dernière doctrine régit dans le détail les modes de vie et de relation entre hommes et femmes. Mais elle sort du quotidien en posant voire imposant à l’égard de la société civile comme de la société politique ses visions du monde. D’où l’importance de la laïcité pour brider le pouvoir des religions. A défaut sa tendance naturelle est d’occuper tout le terrain normatif.

    * Politique variable des religions mais à dominante conservatrice.

    La religion organisée peut produire politiquement et socialement ici ou là, des luttes collectives d’émancipation. Cela a été le cas en Amérique latine avec la théologie de la libération. Cela a été aussi le cas dans les pays de l’Est stalinisés. La portée émancipatrice fut ici très réduite mais réelle. Depuis lors nul ne parle plus d’éradiquer les religions.

    Mais elles sont toujours contestées tant au plan du système de croyances qui invalide la raison humaine qu’au niveau organisationnel, puisque une bureaucratie ne vit que pour la reproduction du système de croyances. En outre, les religions ont souvent défendu un ordre moral austère, voire réactionnaire "Travail, Famille, Patrie" qui s’est largement accommodé du capitalisme et de l’entreprise productiviste derrière le travail, du sexisme et du patriarcat derrière la famille, du colonialisme et du sécuritarisme derrière la patrie. Elles ont aussi largement participé à des croisades ou des guerres ou des régimes dictatoriaux.

    * Apologie de mécréant pour le blasphème.

    Ainsi on peut encore dire en France (mais des textes sont prêts pour les interdire) : je conchie les églises, les mosquées et les synagogues. Ce qui n’autorise surtout pas les bombages racistes sur les bâtiments. On peut dire (mais pas le faire) cracher sur les voiles, les kippas, et les calottes comme sur les képis, les médailles militaires et la cocarde tricolore ! Vous pouvez pisser sur la Bible, le Coran, la Thora et autres livres sacrés. Tout dépend du contexte . Car le sacré peut et doit être désacralisé et rabaissé pour qu’il ne soit pas imposé aux humains qu’il faut constamment rehausser. Les humains statufiés doivent aussi être mis à niveau ; mais c’est là un autre problème. Pour réhabiliter les humains, homme et femmes, il est parfois nécessaire de haïr les fétiches.

    On reprend ici avec Jean Ziegler et contre J Bauberot la formule de Jean-Paul Sartre : "Pour aimer les hommes, il faut haïr ce qui les opprime" Et la religion même non intégriste peut et doit être critiquée en ce sens. La réaction critique n’est pas dirigée fondamentalement contre un groupe d’hommes ou des individus mais contre les mécanismes de l’oppression. L’exercice n’est pas toujours aisé. On peut toujours commettre une faute. Il faut alors rectifier le tir.Le droit de caricature de la religion n’est pas plus absolu que le droit de religion. La caricature a des limites. La liberté de religion ne connait que des aménagements et des interdictions localisées ou circonstanciées.

    Christian Delarue

    NB : J Bauberot aime à citer A Leroy-Beaulieu et la haine de la religion. Il le fait encore dans un texte récent ou il appelle à une laïcité de sang froid : "En 1902, le politologue Anatole Leroy-Beaulieu montre, dans son ouvrage : Les Doctrines de haine, l’antisémitisme, l’antiprotestantisme, l’anticléricalisme, comment, des deux côtés, on refuse le statut de "vrai Français" à ses adversaires. Pourtant, si les haines de la droite nationaliste sont assumées, la transformation de l’anticléricalisme en doctrine de haine est contraire à l’idéal républicain. Clemenceau le proclame à la tribune du Sénat : "Je repousse l’omnipotence de l’Etat laïque parce que j’y vois une tyrannie. Pour combattre la congrégation, nous faisons de la France une immense congrégation." Et Aristide Briand prône une laïcité "de sang-froid". Autre chose qu’une laïcité d’équilibration.

    L’équilibration vient d’une terminologie de Proudhon "équilibration des contraires" réhabilitée par le sociologue altermondialiste Philippe Corcuff . Cette notion d’équilibration peut s’appliquer face à l’emprise du religieux "par en-haut" et/ou "par en-bas". La notion se rapproche de celle de "tolérance réciproque" que j’emploie de temps en temps . La tolérance réciproque s’oppose à la tolérance unilatérale ou une partie agit et l’autre partie supporte. Dans la "tolérance réciproque" il est fait appel à un effort des deux parties pour aboutir à un équilibre.


    votre commentaire
  • L’Etat doit-il aussi financer les locaux des groupes anticléricaux ?

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1578

     

    La question se pose aujourd’hui à propos des lieux de culte musulmans, contre "l’islam des rues" ou "l’islam des caves" . Mais la question n’est pas nouvelle et elle a toujours été contestée. Il n’y a pas de conception de laïcité qui soit pleinement acceptée. Le droit est ici comme dans d’autres domaines le produit d’un rapport de force. Il forme un compromis social tout en introduisant des principes plus stables qui spécifie le droit.

    Il y a dans les pays ayant connus l’Inquisition (sur laquelle l’Église post Pie XII n’ a pas émis de critiques publiques officielles) une méfiance contre les religions et leur tendance naturelle à l’emprise sur les comportements et même les consciences. C’est pourquoi il existe des groupe de contestation de l’emprise des religions. Faut-il financer leurs locaux ? (I) Évidemment on aborde ici la question par un bais surprenant. On ne saurait s’en tenir là car l’islam est aujourd’hui instrumentalisée par le FN et le sarkozysme. On ne saurait donc faire l’économie d’une position sur ce sujet (II).

     

    I - Construire des mosquées mais aussi des locaux pour les groupes athées et anticléricaux ?

     

    Le financement possible des mosquées ou des autres édifices religieux par l’Etat pose aussi le problème du financement des lieux pour les associations de "libre pensée", des lieux des groupes anticléricaux (2). La question est certes largement formelle car ces groupes ne veulent pas de ce soutien. Mais le simple respect du principe d’égalité le voudrait. Car la laïcité n’a pas de préférence dit Henri Pena-Ruiz. Elle défend le "ni ni" (neuter) au sens de ni religion ni athéisme. (3)

    La question est formelle car ces groupes défendent souvent une laïcité neutralité qui veut que le mieux ou le "normal" (variation des conceptions ici) soit que la religion reste dans la sphère privée. On retrouve là le thème de la critique de la privatisation de l’espace public qui s’effectue par les religieux sous couvert d’une interprétation extensive du principe de la "libre expression de la libre conscience" et d’une interprétation tout aussi extensive de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH art 18). Pour ces groupes la laicité-neutralité est porteuse de paix car la conflictualité dans la société civile disparait sans que la religion soit pour autant empêchée de vivre et de se déployer dans les espaces privés. Quand la religion ne reste pas dans la sphère privée - ce qui est possible en droit positif - la critique, la moquerie et le blasphème deviennent alors aussi de droit. Ces critiques sont conçues comme légitime moyen de faire reculer l’emprise du religieux dans la sphère civile. Il importe ici de remarquer que l’on change alors de paradigme sociétal : on passe en quelque sorte d’une laicité-neutralité à une laïcité-séparation admettant la conflictualité entre religions et anticléricaux dans la société civile . Cette conflictualité est validée par l’égalité et de réciprocité dans la société civile.

    Mais, il ne s’agit pas seulement de poser égalité et réciprocité là ou d’autres mettent une tolérance unilatérale. En effet, nombre de religions contiennent à doses variables des propos sévères contre les athées, les homosexuels, les femmes, les membres des autres religions. Tous les croyants ne se focalisent pas heureusement sur ces passages mais c’est quand même le cas de certains groupes. Il y a les bondieuseries toujours bonnes à croquer. Des revues satiriques en ont d’ailleurs fait leur choux gras.

    Si le déploiement de la parole religieuse et de ses symboles est autorisé alors celui de la parole critique doit l’être aussi. Le principe n’est pas sans limite comme souvent. Cette critique même sévère n’est légale que sous réserve qu’elle porte sur les dogmes et les croyances mais pas sur les croyants. Ici il faut toujours distinguer "la haine des religions" de la haine des croyants même si l’un sert de prétexte à l’autre (cf Redeker par exemple). Il faut d’autant plus le faire que les religieux et leurs amis ne cessent de faire l’amalgame. Il y a aussi un point d’ambiguïté qui porte sur la critique des pratiques sociales religieuses car si cette dernière critique est non seulement possible mais parfois nécessaire elle est aussi susceptible d’une dérive lepèniste quand il n’y a pas purement et simplement racisme.

     

    II - Parler islam c’est faire largement diversion sur les exigences d’un Etat social, démocratique et culturel.

     

    a) Islam et débat.

    On pense ici d’une part à l’usage guerrier de la laïcité par Marine Le Pen mais aussi au débat sur l’islam lancé par le Président de la République. Il importe de refuser ce dernier. Il y a une raison suffisante dit Jacques Julliard dans Mariane 723 (fev - mars 2011) pour dire un Non résolu et à priori au débat sur l’Islam lancé par N Sarkozy, c’est que par son objet même il est détestable. Non qu’il n’existe pas une question musulmane en France mais ce n’est pas au Président de la République et l’Etat tout entier de mettre en examen une catégorie de Français. On souscrit au propos !

    Quelle République ? Que revient-il à l’Etat d’assurer ? A propos de financement il vaudrait mieux subventionner plus fortement les organismes de lutte contre les discriminations racistes dans les divers domaines, tant pour les adultes (emploi, logements, etc) que pour les jeunes (discothèques, stades). Quand aux jeunes des couches populaires des quartiers qui ont choisi la fidélité à l’islam ils ne sont pas fondamentalement un problème car ils ne sont pas nécessairement et comme "par nature" (celle de l’islam) contre la République . Et quand il arrive que la révolte gronde contre la République c’est que cette dernière se moque d’eux.

    Les élites méprisantes. La République se moque d’eux à l’instar du président de la BCE pour d’autres couches sociales populaires . Au lieu du sieur Mancel et sa proposition de suppression du statut du fonctionnaire pour nombres de secteurs de l’Etat, prenons JC Trichet qui perçoit sans vergogne environ 29000 euros par mois (ce qu’une très large majorité ne reçoit pas pour l’année) et qui ose dire que : "Augmenter les salaires serait "la dernière bêtise à faire" en Europe" ! Disons tout net que ce qui évite de prendre les cailloux contre ces provocateursce n’est pas une éventuelle "nature civilisée" mais plutôt une capacité de riposte collective. Faute de perspectives et sans plus d’intégration sociale il reste alors pour certains démunis, contre la misère multiforme et la délinquance, que le recours à la religion . Cette dernière a la vertu de « faire d’un citron amer un jus sucré » (dixit un musulman). C’est on s’en souvient, cette fibre qu’exploitaient les curés catholiques en France au XIX siècle à l’égard des ouvriers et paysans.

    b) En fait résorber la double fracture sociale (4) au lieu de l’accroître est une urgence. en temps de crise.

    Investir dans l’Etat social. Il importe donc que la République n’abandonne pas au néolibéralisme un Etat social en capacité de se déployer dans ces quartiers. Disposer de services publics, d’écoles, de logements HLM dans les zones délaissées de la République est essentiel. A défaut, c’est la République qui disparait. C’est en cours.

    Le volet culturel a aussi son importance. Qu’une enseignante soit montrée du doigt dans le Gard à cause d’un enseignement d’une comptine en arabe montre bien l’emprise du racisme en France. Car c’est l’inverse qu’il s’agit de faire. Proposer des cours d’arabe autant que des cours d’espagnol ou d’italien en seconde langue dans nombre de lycée montrerait un autre aspect de ce que la République nomme "intégration".

    A propos de démocratie, la question ne porte pas que sur le droit de vote à donner aux résidents étrangers extracommunautaires installés depuis longtemps sur le territoire national. Il importe de faire accéder les français discriminés au fait démocratique. Pour M. Bekkouche, « la représentation ne doit pas devenir une finalité, c’est la sous-représentation qui est une anomalie démocratique ». Plus : « Réparer les "distorsions de représentation" est une nécessité. Les déclarations de bonnes intentions ne sont pas suffisantes. (5).

    Christian Delarue

    1) La diversité et la gauche.

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1570

    2) La religion n’est pas un service public par Henri Pena-Ruiz, écrivain et philosophe, ancien membre de la Commission Stasi, auteur de « Qu’est-ce que la laïcité ? « (Gallimard) et des « Leçons sur le bonheur » (Flammarion)

    http://www.communautarisme.net/La-religion-n-est-pas-un-service-public_a811.html

    2) Laicité Définition et philosophie H Pena-Ruiz

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1572

    3) Réduire les deux fractures sociales en France.

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1370

    4) in Grandes manœuvres politiques autour des Franco-Maghrébins

    http://www.monde-diplomatique.fr/2003/10/BOURTEL/10622#nb12


     


    votre commentaire
  •  Tzvetan Todorov  s'appuie sur Esther Benbassa pour critiquer les laicards!


    Commençons par dire que la laicité n'implique pas l'adoption d'une vision ethnique monocolore du type la France des Eglises. Elle ne s'oppose pas au multiculturalisme du moins si l'on dit comme Todorov que nous sommes tous des "êtres multiculturels" avec de multiples appartenances. Ajoutons que la laicité n'est pas plus la pièce avancée d'un quelconque nationalisme.

    T Todorov ne valorise d'ailleurs pas le multiculturalisme qui 'est pour lui ni un bien ni un mal. En ce sens une large partie de son propos ne fera pas souci à de nombreux laiques. Il n'en va pas de même pour la fin de son texte qui est une vulgaire insulte à tous les laiques.

    Laicard ! L'insulte sonne comme son pendant de l'autre "camp" à savoir "communautariste" ou auparavant corporatiste, à ceci près que le communautarisme est une notion disposant d'un contenu sérieux et que le terme ne fonctionne pas uniquement comme idéologie ou stigmate - ce qu'elle fait néanmoins souvent . Le communautarisme peut être simplement un outil scientifique d'analyse. Par contre il en va différemment pour laicard.  Ce terme n'a aucun contenu autre que comme stigmatisation des laiques et de la laicité de la part des religieux ou des religiophiles.

    PLus positivement, il faut redire que les laiques ne sont ni pour ni contre les religions. Ils peuvent librement être des "religio-critiques", comme dans toute démocratie et dans tout Etat de droit qui respecte la liberté de conscience,  pour peu bien sûr que cela ne soit pas le masque d'un racisme (judéophobie ou islamophobie). C'est d'ailleurs la laicité qui permet une telle situation de neutralité et de paix . A défaut on aurait nécessairement un affrontement constant des opinions. Il convient donc de refuser de se faire traiter de laicard dès lors que l'on défend simplement la laicité. Ce sont les religieux et les religiophiles qui sont pour la guerre de position sur l'existence de Dieu, sur le bienfait ou les méfaits des religions. Les laiques refusent de se placer sur ce terrain. Notez que si ce terrain est ouvert à la bataille ils ne resteront pas l'arme au pied. Mais ce n'est pas leur position première.

    Dès lors que le terme prononcé avec haine comme j'ai pu l'entendre il ressort du vocabulaire de la diffamation ou de la discrimination . Il pourrait figurer dans la liste des différents champs du combat antiraciste. Et donc ne plus être lu comme une opinion. On en est pas là !

    Un autre point est à soulever. On sait par ailleurs que l'extrême-droite use de la laicité pour conforter son projet réactionnaire habituel. Il faut savoir qu'en l'espèce  le FN tord la notion de laicité pour défendre une France catho-laique contre une France des minarets ou une France du Hallal. Cela n'a rien a voir avec la laicité mais beaucoup plus avec de l'islamophobie. Il serait donc bon de na pas amalgamer dans une même opprobre tous les laiques de France, de droite et de gauche, avec l'extrême-droite islamophobe. On risquerait fort pour le coup un effet d'amalgame plus dangereux .


    CDLR

    Tzvetan Todorov : « Nous sommes tous des êtres multiculturels »

    Un entretien avec Luc Chatel

      Historien et philosophe, chercheur au CNRS, Tzvetan Todorov analyse les discours politiques sur l'immigration, en France comme en Europe. Et décrypte les contresens, les raccourcis et les non-dits que révèlent souvent les débats autour de ce sujet.

    http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Societe/Tzvetan-Todorov-%c2%ab-Nous-sommes-tous-des-etres-multiculturels-%c2%bb/Default-18-2236.xhtml

    votre commentaire
  •  

    N Sarkozy & B Apparu : Un nouveau pacte entre République et Islam ?

    C'est là un sujet explosif qui nous éloigne des préoccupations ordinaires de beaucoup de personnes qui portent sur de meilleures conditions de travail, de logement, de vie en général.

    Face à l'islam des rues ou l'islam des caves les politiques sentent qu'ils doivent agir. Ils ne le font pas pour les mêmes raisons. Certains veulent séculariser l'islam (entendez le privatiser, le "cacher") et l'intégrer (le conformer à une conception donnée de la communauté nationale), d'autres veulent simplement favoriser une pratique religieuse digne pour les musulmans . Du coup ce nouveau pacte n'a pas la même configuration selon les acteurs. Certains font du clientélisme auprès des religieux pour proposer des fonds sans contrepartie aucune pour la construction de mosquée, un peu comme l'Etat l'a fait pour "sauver les banques" . D'autres pensent à un vrai pacte républicain mais le contenu en est différent selon les profils.

    Quel est ce pacte ? Ce nouveau pacte semble devoir se construire à partir d'une proposition qui voit l'Etat débloquer des fonds publics pour la construction de mosquées en France mais ou en contrepartie il contrôlerait, pour partie variable, l'usage religieux de ces lieux de culte. Tout est dans le "pour partie". Concrètement on trouve aujourd'hui d'une part la proposition de Benoist Apparu et d'autre part les annonces de N Sarkozy en faveur d'un "Islam de France", distinct d'un Islam en France.

    Ce pacte modifierait-il la laïcité en France. C'est ce qui est en tout cas annoncé. B Apparu entend modifier la loi de 1905 sur la laïcité. Question : était-ce nécessaire ? Il semble que oui. Jean Bauberot aime à rappeler que "La loi de 1905 n'a pas empêché la construction de la Mosquée de Paris sur fonds publics, en 1926". C'est l'article 1 de la loi de 1905 qui entend "garantir le libre exercice des cultes" qui est interpété de façon extensive à partir du terme "garantir". Car garantir c'est effectivement plus que respecter. Cela va jusqu'à prendre les dispositions nécessaires pour assurer son bon fonctionnement. Mais jusqu'ou peux-t-on pousser l'interprétation ? Jusqu'à parler de financement public massif de lieux de culte ? On peut en douter. Cependant, malgré la loi de séparation de 1905, l'Etat subventionne indirectement églises, mosquées, temples ou synagogues. Lire 1.  Alors qu'en penser ? S'agit-il d'une loi constamment tirée vers la non séparation ? Pas simple ! Un débat est ici pointé et (un peu) balisé mais non tranché .

    Christian DELARUE

    B. Apparu veut autoriser la construction de mosquées avec l'argent public

    http://www.rmc.fr/editorial/148528/b-apparu-veut-autoriser-la-construction-de-mosquees-avec-largent-public/

    Comment est financée la construction des lieux de culte ?


    http://www.rue89.com/explicateur/2010/12/22/comment-est-financee-la-construction-des-lieux-de-culte-181999

     



    votre commentaire
  • REGIME DE TOLERANCE OU L’AFFRONTEMENT DES EXPRESSIONS.

    La tolérance se comprend comme régime d’affrontement de l’expression des " consciences " qui suit historiquement celui de la censure et de l’intolérance. La laïcité est venue circonscrire ce champs de tolérance mais pas l’annuler. La laïcité opère séparation pas neutralité généralisée. Des lois sont venus limiter la liberté d’expression, celle de la parole raciste notemment.

    **

    Avec la Révolution française la liberté de conscience est sortie gagnante de siècles d’intolérance. L’intolérance venait de la religion catholique. Elle n’autorisait pas la liberté de conscience. Elle tolérait parfois tel ou tel acte mais dans un monde d’intolérance. Un peu comme dans certains Etats musulmans aujourd’hui.

    Durant le XIX ème siècle les combats ont perduré. La liberté des conscience a libéré les affrontements. Mais le poids énorme de l’Eglise ajouté à l’inexistence de la laïcité il ne faisait toujours pas bon de se déclarer protestant ou athée. La tolérance en version conflictuelle s’est néanmoins affirmée en France et dans d’autres pays. Mais il a fallu aller plus loin que la tolérance pour contenir l’emprise de la religion alors quasiment unique et sans concurrence. Les premiers pas de la laïcité furent posés vers 1880. Mais le changement qualitatif ne fût franchi qu’en décembre 1905 . Il se nomme laïcité.

    La laïcité n’a pas évacué pour autant la question de la tolérance. Elle a posé un champs de neutralité ou la religion n’avait plus son mot à dire mais elle a laissé libre la dispute des consciences et des croyances dans la société civile. Dans ce champ social la tolérance était la règle et la bataille continuait.

    Il faut à ce stade bien mesurer ce qu’est le régime de tolérance par rapport à l’état antérieur d’intolérance.

    La liberté de conscience est un droit alors que la tolérance n’est qu’une concession (1). Au tribunal de la conscience aujourd’hui personne ne siège. La religion n’est plus monopolistique pour imposer la bonne façon de penser et de se comporter. Non seulement elle a cédé à la configuration sociale globale faite de relativisation et de doute radical mais de plus avec la mondialisation les individus ont peu à peu découvert une offre pluriel de dieux, donc plusieurs religions. Chacune dispose de ses rituels de ses gourous (masculins en général). Dans les grandes métropoles, le client en mal de consolation choisit son dieu sur un marché hétéroclite ou les sectes croisent les grandes religions.

    La tolérance fonctionne comme pluralité des consciences agnostiques ou athées et des croyances religieuses dans la société civile mais pas au sein de l’Etat et de ses appareils . Cette pluralité conflictuelle admet le blasphème face à l’emprise du sacré religieux. Au sein de l’Etat, dans les bâtiment publics et dans la fonction publique la neutralité religieuse s’impose. Les signes discrets religieux sont interdits, ce qui produit une pacification qui annule la fonction de la tolérance d’affrontement des consciences . Le blasphème y devient rare car inutile.

    La tolérance suppose en effet non la neutralité mais la concurrence et le conflit entre les opinions affichées. Au sein de l’Etat la neutralité par retrait du religieux assure la paix mais dans la société civile c’est le rapport de force qui exprime ce qu’est le régime de tolérance. Ce n’est donc pas un long fleuve tranquille. Cette observation-là doit venir enrichir la formule sartrienne " Réaliser la tolérance autour d’autrui, c’est faire qu’autrui soit jeter de force dans un monde tolérant. C’est lui ôter par principe ces libres possibilités de résistances courageuses, de persévérance, d’affirmation de soi qu’il eût eu l’occasion de développer dans un monde d’intolérance" (2 ) .

    Retenons que si un monde de tolérance ne signifie pas long fleuve tranquille - puisque la critique perdure ainsi que le blasphème face à certaines expressions religieuses - il faut bien garder à l’esprit qu’un monde d’intolérance est bien pire encore. Un monde d’intolérance est invivable puisqu’on y traque les mauvaises pensées et les écrits jugés illégitimes par les clercs de la religion. Et les sanctions y sont en général sévères. Par opposition, un monde de tolérance pratiquera à défaut de critiques, la distance, la fuite de la rencontre d’autrui ; le blasphème sera l’exception en particulier lorsque l’on ne peut faire autrement pour se dégager d’un sacré lourd et envahissant (3 ).

    A l’opposée, l’idée de laïcité suppose la suspension du conflit des croyances, du moins dans le champ dégagé de l’emprise de la religion ie l’Etat. C’est cette conception de pacification qui a été préconisée pour l’école avec la loi du 15 mars 2004 qui autorise les signes discrets mais pas les signes ostensibles. C’est là une avancée inestimable qui ne saurait être étendu à d’autres champs sociaux comme celui du travail privé et ce malgré les problèmes remarqués.

    Passons très brièvement à une autre évolution plus récente. Avec Herbert Marcuse (4) l’idée va s’affirmer que certains propos sont intolérables. La liberté ne saurait cautionner l’oppression. En ce sens un mouvement de conscience spécifique s’est affirmer pour condamner en France en 1972 le propos raciste comme opinion licite. D’un pays à l’autre les lois peuvent changer mais il demeure que certaines stigmatisations sont qualifiées de délits et sont sanctionnées pénalement.

    Christian Delarue Le "carré républicain" : Liberté, Egalité, Adelphité, Laïcité

    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-carre-republicain-liberte-64065

    1. Ces quelques lignes prennent ici ou là des propose de Patrick Thierry sur La tolérance, société démocratique, opinions, vices et vertus.

    2. Jean-Paul Sartre in L’être et le néant p 460

    3. Diffamation de la religion ou le blasphème complément de la laicité.

    4. Herbert Marcuse in Répressive Tolérance . A critique of pure tolérance


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique