• FORTES PRESSIONS ET STRESS INTENSE DANS LES BUREAUX


    Le travail ouvrier générait depuis fort longtemps et continue toujours d'occasioner des accidents physiques . Ce qui est relativement nouveau depuis 15 ou 20 ans c'est la
    montée des troubles "mentaux" dans l'ensemble du travail salarié, privé et public, toute catégorie confondue, cadres compris .


    - Bref rappel sur les dynamiques globales en arrière plan.


    La montée de l'idéologie de l'entreprise puis de la mobilité, puis du client-roi, etc...n'a pas été compensée, bien au contraire, par la montée en puissance du syndicalisme. Le rapport de force enclenché au moment des années Reagan-Thatcher s'est accru avec la chute du Mur du début des années 90. C'est au début des années 90 que s'est développé pleinement l'idée de la "modernisation de l'Etat" sur la base de la crise du service public théorisée elle dans les Universités au début des années 80. Un troisième mouvement nommé "mondialisation néolibérale" a encore renforcé ce rapport de force favorable au capital en favorisant trois processus lourds : l'a financiarisation, la marchandisation généralisé et l'appropriation privée.

    Au début des années 80 l'idéologie de l'entreprise unie, conçue comme lieu d'une mise en commun harmonieuse des facteurs de production, a supplanté la vision des lieux de production industrielle ou de service clivés par des rapports sociaux antagonique. Sur ce plan "la fin de l'histoire" a été annoncée avant l'ouvrage de Fukuyama et au lieu de poursuivre la combat pour l'autogestion socialiste certaines élites "de gauche" se sont tournèes vers la recherche de nouveaux modèles d'organisation du travail, au Japon notamment avec le toyotisme.


    - La crise de rentabilité du capital (2) impose une organisation plus "performante" (plus exploitante).

    Il n'y a pas de bonne organisation du travail sous la domination du capital, y compris dans les secteurs qui ne sont pas directement soumis à la concurrence. Reste que le néolibéralisme, qui procède à une généralisation du marché et de la concurrence, crée des organisations et une idéologie légitimante qui agrave les mauvaises conditions de travail tant dans le privé que dans le public.
    Certains services connaissent un "néotaylorisme de bureau" (1), combinaison du taylorisme classique en usine mais transféré dans le tertiaire avec des modifications comme la polyvalence (au lieu de la spécialisation) et l'individualisation qui laisse le salarié seul devant les contraintes du travail. S'y ajoute en arrière plan les évolutions contemporaines : intensification du travail notamment en compensation de la RTT, contrôle du travail en temps réel via l'informatisation des opérations. Ces processus sont aussi mis en application dans les Administrations.

    - Dans le public aussi.


    Ces dernières ont peu à peu intégré la logique du privé en faisant fonctionner les services non marchands comme s'il devait faire du profit. C'est l'application de la logique cout-rendement.
    Sans être exhaustif on voit que de nombreux changements ont aussi modifiés en profondeur le travail des fonctionnaires : outre l'intensification et le contrôle du travail il faut évoquer le "contrat d'objectifs", la réduction des effectifs, la mise en concurrence des agents via l'évaluation notation, et via la dégénérescence des doctrines d'emploi.

    Le statut des fonctionnaires tel qu'il est appliqué ne protège donc plus les agents du stress, du harcèlement. Au contraire le harcèlement est quantitativement plus présent et "qualitativement" plus long dans la FP. Dans la FPT, le statut est m^me un vecteur du changement ! Ce sont tous ces points qu'il faut reprendre approfondir et articuler pour faire un état de la dégradation des conditions de travail.

    Le mal vivre au travail provient donc de dispositifs complexes mis au point par les experts et les directions générales tant du privé que du public pour augmenter la rentabilité de la force de travail. Notamment les "stats" sont le nouveau Dieu qui sanctionne (négativement souvent) les salariés des lieux de production, les résultats qui en sont tirés sont le fétiche devant lequel tous doivent s'agenouiller .

    Une recherche plus approfondie devrait faire place à l'ambivalence du comportement des cadres qui tout à la fois tendent à refuser le "sale boulot" (Christophe DEJOURS) mais néanmoins transmettent les consignes et la pression. Une distinction est à faire entre les cadres en fin de carrière et les nouveaux venus qui d'une part aspirent à monter dans la hiérarchie et d'autre part n'ont pas connu une administration fonctionnant principalement selon des règles juridiques qui orientaient l'activité vers l'intérêt général et qui ne faisaient quasiment pas intervenir les soucis de rentabilité.


    Christian DELARUE

    1 Lire "Quand le travail fait mal" dans Alternative économique de février 2007
    2 cf. Odile CASTEL prof sce éco rennes


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