• DES RELIGIONS AUX CROYANTS :

    LE GRAND MELANGE DE LA PROTECTION CONTRE LA DIFFAMATION ET LE MEPRIS !

    A propos de la résolution (A/HRC/7/L.15) a été adoptée par 21 voix pour, 10 contre et 14 abstentions (1)

    http://www.aidh.org/ONU_GE/conseilddh/08/7-resol-diff-rel.htm

     

     

     

     

    La résolution en question porte contre la lutte contre la diffamation des religions - ce qui est problématique - et indirectement sur la diffamation des croyants. Mépriser la religion serait mépriser le croyants. C'est faux ! Et pourtant c'est parfois vrai !

    Avant d'aborder la question de la diffamation et du mépris évoquons d'abord celle de la survalorisation des " précieuses contributions religieuses à la civilisation ".

     

     

    I - PAS DE DISCRIMINATION A PRIORI DANS " LES CONTRIBUTIONS A LA CIVILISATION " !

    Le Conseil commence par faire briller les vieux cuivres en évoquant "les précieuses contributions apportées par toutes les religions à la civilisation moderne" . Qui dirait qu'il n'y en a pas ! C'est bien là un poncif ! Mais n'y a-t-il pas aussi des contributions à la barbarie ! En vérité, les religions ne produisent pas un sens unique entièrement positif et de plus hors du temps et des continents.

    Les contributions des religions - qui sont en fait celles des religieux ou des "fidèles " - ne valent pas mieux à priori que les contributions des non croyants. Les "précieuses contributions" des athées objet de la sélection de l'histoire des sciences ou de la communauté des philosophes ne bénéficient pas d'un régime de protection si particulier. Il peut s'agir de protéger l'authenticité de l'œuvre mais pas la protéger de la critique même virulente . En tout cas elles ne sont pas sacralisées.

    Mais là n'est pas encore l'essentiel car les 21 n'hésitent pas à dire que la diffamation des religions constitue une des causes de la discorde sociale et de l'instabilité aux niveaux national et international et qu'elle entraîne des violations des droits de l'homme. Il faut oser écrire une chose pareille ! Certains vont ici péter un blasphème ! La "faute" vient des autres et pas de soi ! Evidemment les religions ne sont absolument pour rien dans la production "d'images stéréotypées négatives de toutes les religions".

    Je m'en tiens là sur ce sujet - car je suis militant et non spécialiste de la question - mais il y aurait évidemment beaucoup à en dire. Je ne voudrais pas laisser passer une vision simpliste et béate de la contribution des religions.

     

     

    II - LA QUESTION DE LA DIFFAMATION DE LA RELIGION ET DE SES EFFETS

     

    "Il (le Conseil) engage instamment les Etats à prendre des mesures pour interdire la diffusion, y compris par des institutions et organisations politiques, d'idées et de documents racistes et xénophobes visant toute religion ou ses fidèles, qui constituent une incitation à la haine, à l'hostilité ou à la violence raciale ou religieuse". On trouve tout dans cette phrase ! que penser du concentré suivant " visant toute religion ou ses fidèles, qui constituent une incitation à la haine " ?

    Quand le passage s'opère de la critique de la religion à la stigmatisation de ses " fidèles " c'est que ces derniers ont été explicitement rapprochés de la critique de la religion. En dehors de cette hypothèse le procédé d'identification religion-croyants constitue une confusion irrecevable. C'est pourtant sur ce raccourci que les dirigeants des religions s'appuient pour faire passer la notion de " diffamation de la religion " pour condamner les propos critiques méprisants ou blasphématoires à l'encontre d'une religion.

    Il arrive que les situations soient plus complexes et que le rapprochement religion - croyants ne soient pas toujours explicite mais qu'il " fonctionne " néanmoins dans le sens de la haine, de la discrimination et de l'exclusion des croyants. Dans ces hypothèses, le terme d'incitation sert parfois d'outil qui permet de caractériser le passage de la simple critique à la haine. Autrement dit critiquer ou blasphémer la religion aboutit de fait dans certaines situations à critiquer de façon haineuse les croyants de ladite religion. Généraliser ou théoriser ce raccourci est très contestable et dangereux . Mais pour autant tant au plan sociologique (au niveau d'une société donnée) qu'au plan inter-individuel on peut observer qu'une critique sévère d'une religion peut aboutir à un climat de haine anti-croyants (juifs ou musulmans) ou à des discriminations contre tel ou tel individu fidèle ou réputé fidèle à une religion.

    Voilà qui est déroutant pour qui aiment les distinctions claires. En fait il faut prendre en compte le fait qu'en société il y a des réactions irrationnelles et haineuses ! Pour le dire à la façon Charlie Hebdo, " il y des cons ! " Une chose est dite dans un certain sens (qui se veut respectueux des croyants tout en critiquant la religion), mais elle sera répétée avec un autre sens et la logique collective du mépris va fonctionner par la contagion émotionnelle. C'est ainsi qu'une peste brune s'installe.

     

    III - LES PROPOSITIONS DU CONSEIL

    Ceci dit le Conseil a raison de se déclarer préoccupé par les points qui suivent. Mais là encore la description est trop globalisante pour être pleinement recevable. Ainsi le point 2 mélange un aspect juste – le profilage sécuritaire – avec la diffamation (conçue

    comme une campagne orchestrée)

    • les
    • tentatives ayant pour objet d'assimiler l'islam au terrorisme, à la violence et aux violations des droits de l'homme et souligne que le fait d'identifier toute religion au terrorisme doit être rejeté et combattu par tous à tous les niveaux;
    • par
    • l'intensification de la campagne de diffamation des religions et le profilage ethnique et religieux des minorités musulmanes depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001;
    • les récents exemples fâcheux de stéréotypes délibérés visant des religions, leurs adeptes et des personnes sacrées dans les médias et de la part de partis et groupes politiques dans certaines sociétés, et par les provocations connexes et l'exploitation politique qui en est faite;
    • les lois ou les mesures administratives qui ont été expressément conçues pour contrôler et surveiller les minorités musulmanes, les stigmatisant ainsi et légitimant la discrimination dont elles sont victimes.

    Par ailleurs, le Conseil déplore vivement tout comme le MRAP et à raison " les agressions matérielles et les attaques dont des commerces et entreprises, des centres culturels et des lieux de culte de toutes les religions sont la cible ainsi que les actes visant des symboles religieux ".

    De ce fait " Il engage de même instamment les Etats à offrir, dans le cadre de leurs systèmes juridiques et constitutionnels respectifs, une protection adéquate contre les actes de haine, de discrimination, d'intimidation et de coercition résultant de la diffamation de toute religion ". On remplace religion par croyants ou " fidèles " et c'est plus correcte. Encore que l'affaire du " voile islamique vosgien de Julienrupt " m'incite à ne pas en faire un absolu.

     

     

    POUR CONCLURE

    LA NOUVELLE RELIGIOPHOBIE EST AMBIVALENTE

     

     

    A partir d'une grave confusion entre critique de la religion et haine de tous les croyants, entre "diffamation" d'une religion et diffamation de ses croyants, le conseil des droits de l'homme de l'ONU tend à assimiler la religiophobie à du racisme.

    Ne s'agissait-il pas non seulement de protéger l'islam de toute critique mais aussi - ce faisant - d'empêcher la critique des usages politiques de l'islam par les Etats religieux et notamment des Etats islamiques,. Car ces propositions proviennent des états islamiques et ce au nom de la lutte contre l'islamophobie.


    Il y a là un enjeu crucial sur plusieurs points.

     

    D'abord l'islamophobie n'est pas raciste en soi.

    Il y a certains textes et surtout certaines pratiques de l'islam (comme d'ailleurs pour d'autres religions) qui donnent de quoi devenir sainement islamophobe . Sainement donc sans pour autant dénigrer l'ensemble des musulmans (ou des autres croyants). La "phobie" de l'islam qui se manifeste par des critiques ou du blasphème ne débouche pas nécessairement sur un dénigrement de l'ensemble des musulmans qui caractérise aujourd'hui légalement l'islamophobie raciste. Il faut donc se garder d'une généralisation théorique faite à partir d'un usage particulier de la critique de l'islam.

    Néanmoins, l'islamophobie raciste existe!

    De Redeker à Fitna le procédé commence à devenir classique : schématiquement on commence par une critique très sévère de l'islam et on attribue cette négativité totale à l'ensemble des musulmans. Mais pour clarifier cet enjeu il n'y a que l'analyse concrète du propos ou du fait en cause qui permet de d'affirmer (ou non) que le propos critique de la religion a finalement pour but de stigmatiser l'ensemble des croyants. Dans ce cas l'islamophobie n'est alors le moyen de développer un racisme anti-musulman.

    Pour autant, pas question de protéger la religion !

    Si ce n'est pas le cas, l'islamophobie se ramène à une simple critique de la religion, de ses textes ou de ses pratiques. Et ici il faut bien dire que les religions ne peuvent s'extraire du droit fondamental de la critique surtout au regard de ce qu'elle ont pu faire dans le passé ou le présent de l'interprétation de leur textes. Et puis au nom de quoi les valeurs religieuses seraient plus protégées que les valeurs ordinaires des humains non croyants. Au nom du sacré, du saint ? Mais ce sacré n'a pas à s'imposer à tous. Et les valeurs profanes des non croyants ne sont pas nécessairement moins respectables.

    Au vu de ces considérations il faut rappeler que l'on fait injure à une personne ou diffamation à un humain mais pas à une religion. Ou alors il faut mettre des guillemets. L'enjeu c'est que certains religieux mettent entre guillemet injure et diffamation pour les humains qui ne sont rien et mettent des Majuscules à tout ce qui touche leur Dieu.

    .

    Christian DELARUE

    Responsable national antiraciste


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  • BLASPHEME, CULTURE et Erich FROMM
     

    samedi 12 avril 2008 (20h36) :
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article64679

     
    - Le blasphème dépend d'un cadre critique préalable.
     
    Les sociétés religieuses punissaient très sévèrement le blasphème. Les sociétés laïcisées ou le religieux est encore très actif sont plus tolérantes mais il s'agit d'un rapport de force constant et non d'un acquis assuré.
     
    Ceci étant précisé, mon propos se situe à la suite de précédents textes (1) fondés sur une conception de l'humain pleinement réhabilité et plus précisément sur l'idée d'un blasphème critique du sacré mais respectueux des personnes croyantes . Il s'agit alors à propos d'un livre religieux (Coran, Bible, etc...) d'apprécier de façon critique - en positif et en négatif - son contenu (si la question se pose) mais de ne pas acceptet et même dénigrer son caractère sacré. Tenir un propos désacralisant voilà en quelques sorte un blasphème pédagogique d'éducation populaire. Mais on n'en est pas quitte pour autant avec la critique antif-étichiste.
     
    A lire Erich FROMM, le blasphème semble plus "politique" (lié aux rapports de force) que pédagogique . Le blasphème, lorsqu'il n'est pas qu'une réaction à un endoctrinement religieux soutenu - de nombreux jeunes sont encore "gavés" de Dieu à fortes doses - , vise aussi et surtout à se positionner dans un rapport de force global entre le religieux prosélyte par nature et la mentalité laique et d'émancipation qui y résiste.
     
    - Que pense Eric FROMM du blasphème?
     
    Hors du rapport de force le blasphème peut-il avoir aussi un contenu d'éducation populaire ? Peux-ton imaginer un prof blasphémer en salle de cours et ce à des fins explicatives ? A suivre Eric FROMM, qui n'a jamais rien écrit sur le sujet (à ma connaissance), il conviendrait de ne pas en abuser et de pratiquer le blasphème qu'avec prudence. Mais le blasphème relève souvent de la parole, de la réaction orale, alors que le passage par l'écrit se prête plus à la critique argumentée. Autrement dit c'est par la biographie de l'auteur et/ou la connaissance réelle de la personne dans sa vie quotidienne que l'on peut connaitre sa pratique à propos du blasphème.
     
    Voici un passage d'Erich FROMM sur l'idôlatrie . Il vient après un rappel de considérations jugées positives sur l'Ancien Testament et sur les traditions juives et chétienne ;celles qui incitent à aimer non seulement "le prochain" mais aussi l'étranger et même "vos ennemis" (Nouveau Testament).
     
    Le combat contre l'idolâtrie qui constitue le thème central des prédications des prophètes est en même temps un combat contre le narcissisme. L'idolâtrie consiste en effet à objectiver une faculté partielle de l'être humain et à l'élever au rang d'idole. L'homme se voue un culte à lui même sous une forme détournée. L'idée de Dieu en revanche, est la négation du narcissisme parce que Dieu seul et non l'homme possède l'omnipotence et l'omniscience. (in Le coeur de l'homme page 122)
     
    - Eric FROMM est-il trop compréhensif des religions?
     
    Erich FROMM psychanaliste culturaliste en est venu à faire des lectures étonnantes de Marx, de Freud et de la Bible (de Marx surtout). A se demander si on a bien lu les mêmes livres. Erich FROMM ne s'embarrasse guère d'aligner des citations pour confirmer rigoureusement son propos. Il lui suffit d'en trouver une ou deux qui aille dans le sens de sa vision et cela lui suffit.
     
    Eric FROMM en vient paradoxalement, sous couvert de critique du narcissisme, à réhabiliter Dieu. Lui qui apprécie tant Spinoza aurait pu ici s'abstenir car Dieu n'est pas qu'une idée, qu'un idéal . Derrière ce Dieu il y a l'assujettisement aux valeurs chrétiennes d'humlilité et de culpabilité (ce qui ne signifie pas en contre point apologie de l'orgueil et inexistence de la faute). Sa lutte contre le narcissisme est si forte - plus que contre l'amour du Dieu- fétiche - qu'il en viendra à critiquer le "narcissisme à deux" des couples amoureux (dans l'Art d'aimer). Eric FROMM se montre parfois très rigoriste.
     
    Erich FROMM est donc un philosophe très compréhensif des religions . Trop ? Disons que cela peut plaire et cela peut agacer mais que ce n'est pas là le point important . Eric FROMM se montre compréhensif. dans la mesure ou d'une part il ne cherche pas outre mesure à critiquer le négatif dans les traditions et ou d'autre part il met en valeur les éléments qui participent à la libération humaine.
     
    - Le coeur de l'humain réinséré dans la société.
     
    Erich FROMM est d'abord psychanalyste . Sa théorie critique part de sa conception du conflit psychique humain - et non des rapports sociaux - qu'il replace dans un contexte historico-culturel et social . Fondamentalement, il s'agit pour lui de montrer des tendances contradictoires au sein de l'humain afin d'encourager les tendances biophiles.
     
    Dès lors, se libérer de Dieu pour embrasser d'autres fétiches n'est pas une libération. Les tendances nécrophiles maximales sont repérées chez Hitler et Staline mais pour E FROMM tout un chacun possède peu ou prou des tendances destructrices bridées par des tendances contructives qu'il faut fortifier et encourager. Trop exigeant Erich FROMM ? Disons qu'il montre - un peu comme Sartre qui se disait fait de tous les hommes - le chemin pour lui-même comme pour autrui . Point de leçon donné à quiconque ici qui ne se donne à lui-même. Tomber fait parti de la marche . Il s'agit juste d'éviter de tomber trop souvent . Par ailleurs Erich FROMM dans sa critique distingue quand même narcissisme soft d'un narcissisme prononcé (2). Mais à la différence d'autres auteurs il ne parle pas d'un narcissisme qui aide à se construire ou se reconstruire.
     
    Christian DELARUE
     
    Notes:
    1) BLASPHEME, TOLERANCE, "INJURE A LA RELIGION"
    premier texte posté le 8 avril sur Bellaciao
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?mot157

    Débat engagé dans le MRAP à la suite de la diffusion du clip islamophobe Fitna. Aucune réaction n'a été publiée à titre de débat que ce soit sur Fitna ou sur le blasphème.
    - FITNA, un film islamophobe, anti-musulmans
    - Fitna : juste un clip con ?
     
    2) Les deux formes de narcissisme selon Eric FROMM dans "Le coeur de l'homme" Ed PBP p p103
    - Dans la forme bénigne, le narcissisme a pour objet quelque chose qui a couté à l'individu un certain effort. Ainsi par exemple une personne peut tirer un orgueil narcissique de son activite de charpentier, de savant ou de fermier. Dans la mesure ou l'objet de son attachement est quelque chose qui lui demande un certain travail, l'intérêt exclusif qu'elle porte à sa propre activité et à ses propres réalisations est constamment contrebalancé par celui qu'éveillent en elle l'exécution de ce travail et les matériaux sur lesquels s'exerce son activité.
     
    - Dans les formes malignes (p104), l'individu ne prends pas pour objet de son attachement quelque chose qu'il crée ou qu'il exécute, mais quelque chose qu'il possède, son corps par exemple, ou encore sa beauté, sa bonne santé.
     
    FROMM peut aller - ici aussi - vers un certain rigorisme ou une certaine pudibonderie.

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  • Le blasphème, l'islamophobie raciste et l'islamophobie simplement blasphématoire voire critique de l'islam mortifère.

     

    http://www.bellaciao.org/fr/spip.php ?article64198#forum233694

    L'islamophobie fait parti du "patrimoine" militant du MRAP mais il n'en finit pas de poser problème. Et d'invoquer la définition juridique n'est pas source d'épuisement des débat. D'autant que le droit n'est pas au-delà des rapports de force, surtout sur ces questions. Le dernier débat en cours porte sur islamophobie et blasphème.

     

    - Le MRAP, l'islamophobie et le blasphème.

    Certains de mes camarades antiracistes me disent qu'il n'y a pas de rapport entre le blasphème et l'islamophobie ou plus largement la religiophobie et donc avec le MRAP. Il y a bien eu un faux-pas mais l'affaire est réglé me dit-on . D'ailleurs le principe du blasphème autorisé est sur le site du MRAP . N'en parlons plus !

    Mais voilà le clip Fitna repose la question : si la partie finale avait été supprimée le clip de Wilder se résumerait à un blasphème contre l'islam, celui de certaines sourates (premire partie) rapprochées des propos des islamistes fascistes et totalitaires (deuxième partie) appelant à l'élimination de tous les mécréants athées, homosexuels et juifs pour ne donner que ceux cités par le film. Un tel film serait islamophobe non raciste car pas anti-musulman (puisqu'on suppose la troisième partie supprimée). Une interprétation inclinerait même à en faire alors un clip anti-islamiste.

     

    - Le blasphème selon le Sieur Levy : que voilà une belle entourloupe !

    Monsieur LEVY a publié en février 2007 sur le site LMSI un texte intitulé « Censure », « droit au blasphème » et islamophobie, Retour sur « l'affaire des caricatures de Mahomet ». Je n'ai pas fait cette relecture pour rien et j'invite mes amis à lire le passage intitulé "Le « droit au blasphème » et ses usages" (1)

    Son propos commence par "Pour qui n'est pas croyant, le blasphème est sans portée." Le sieur LEVY se met le doigt dans l'oeil et se trompe . Dans une société ou depuis des siècles les professionnels de la bonsieuserie nous mettent du Dieu, du sacré du saint mais aussi du voile et de la kippa à tout bout champ le blasphème a des vertus qui permettent aux autres les non croyants de pouvoir respirer de l'air frais! Son propos se termine par "Puisque injurier « Dieu » n'a pour eux aucun sens, ce sont simplement les croyants qu'ils veulent injurier". C'est là l'entourloupe islamophile de Monsieur LEVY. Critiquer la religion n'est pas critiquer les croyants. Et ce de plusieurs façon. C'est une entourloupe grossière qui mérite le "mur du çon" du journal satirique.

    Ma conception de l'islamophobie raciste au travers des analyses des évènements de ces trois dernières années et notemment avec les fameuses caricatures de Mahomet, ou les propos de Redeker, ou l'affaire du voile vosgien, ou tout récemment celle du court-métrage Fitna vise précisément à montrer qu'il ne faut pas confondre une religiophobie qui respecte les croyants mais pas leur religion d'une religiophobie raciste qui procède d'abord par une charge univoque et négative de la religion pour l'attribuer explicitement à l'ensemble des croyants.

    Enfin puisque j'ai évoqué l'islamophilie il n'est pas inutile de dire que les interprétations des religions de chaque religion peut varier tant dans le temps - telle période n'est pas telle autre période de l'histoire - que dans l'espace - tel pays n'est pas tel autre (et au sein d'un même pays on distingue des sunnites des chiites.). En conséquence il peut y avoir des interprétations et des pratiques sociales issues de ces interprétations qui sont très réactionnaires quand d'autres sont progressistes.

    Christian DELARUE

    Responsable national antiraciste

    1) Le « droit au blasphème » et ses usages

    http://lmsi.net/spip.php ?article510 Certains ont dans le débat brandi ce qui apparaît aujourd'hui comme un lieu commun dans certains milieux islamophobes : le « droit au blasphème ». L'expression est à tout le moins curieuse. Pour qui n'est pas croyant, le blasphème est sans portée. On ne peut pas vouloir déplaire à un « Dieu » dont on nie l'existence. Le blasphème ne peut concerner que les personnes pour qui il a un sens, c'est à dire celles qui sont croyantes ; et pour elles, dans une société où coexistent toutes sortes de croyances et toutes sortes d'incroyances, l'interdit n'a pas à résulter de la loi générale applicable à tous les membres de celle-ci : il résulte déjà des règles de leur religion, auxquelles elles adhèrent librement. Ceux qui prônent le « droit au blasphème » ne le réclament à l'évidence pas pour ceux qui, par leur adhésion à une religion, se refusent de toutes façons à l'exercer. Non : ils le réclament pour eux mêmes. Or, pour qui n'est pas croyant, le blasphème n'a en tant que tel aucun sens, et si l'on s'interroge sur les raisons qui peuvent les pousser à en réclamer le droit - qu'au demeurant personne ne leur conteste - on voit que la raison est simple : puisque injurier « Dieu » n'a pour eux aucun sens, ce sont simplement les croyants qu'ils veulent injurier.

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    LA CRITIQUE ANTI-FETICHISTE VA PLUS LOIN QUE LE BLASPHEME

     

    I - Un double élargissement de la critique anti-fétichiste dépassant la critique des dieux .

    1) Celle qui critique les notions et les processus abstraits

    La critique anti-fétichiste dépasse la désacralisation et la critique des dieux monothéistes ou polythéïstes pour porter sur tout ce qui s'élève au-dessus des humains : la nation, la rationalité instrumentale dont la quantophrénie du chiffre de B HORTEFEUX est un emblème .

    2) Celle qui va jusqu'à critiquer le "fétichisme du moi".

    Cette critique peut même aller jusqu'à critiquer, en théorie mais pas à l'encontre d'un individu précis sauf exception, le fétichisme du moi (expresion d'Alain BIHR) . Autrement dit la critique anti-fétichiste autorise une certaine critique de l'individualisme exacerbé, de la personnalisation (dont le blog est une forme) comme du narcissisme humain.

    II - La critique du narcissisme selon la psychanalyse culturaliste

    Erich FROMM dans "Le coeur de l'homme" Ed pbp p103 distingue deux formes, bénigne et maligne. Le narcissisme peut être normal : il y a par exemple un narcissisme utile et bénéfique pour se reconstruire après une séparation. Quand au narcissisme "pathologique" il faut en mesurer les degrés. Ainsi on peut avec Eric FROMM (dans le Coeur de l'homme) "établir une distinction entre deux formes de narcissisme - l'une bénigne et l'autre maligne.

    - Dans la forme bénigne, le narcissisme a pour objet quelque chose qui a couté à l'individu un certain effort. Ainsi par exemple une personne peut tirer un orgueil narcissique de son activite de charpentier, de savant ou de fermier. Dans la mesure ou l'objet de son attachement est quelque chose qui lui demande un certain travail, l'intérêt exclusif qu'elle porte à sa propre activité et à ses propres réalisations est constamment contrebalancé par celui qu'éveillent en elle l'exécution de ce travail et les matériaux sur lesquels s'exerce son activité.

    - Dans les formes malignes (p104), l'individu ne prends pas pour objet de son attachement quelque chose qu'il crée ou qu'il exécute, mais quelque chose qu'il possède, son corps par exemple, ou encore sa beauté, sa bonne santé Ainsi, par exemple, se montrer raisonnablement fier d'une performance sportive est-il bien différent d'être fier de ne tomber jamais malade car en général une performance sportive ne s'obtient que par un laborieux travail d'entraînement alors que de ne tomber jamais malade ne provient que d'une qualité de l'etre.

     


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  • LE BLASPHEME ET LA REPRISE DE LA NOTION ELARGIE DE FETICHISME

     

    LE BLASPHEME COMME DEFETICHISATION.

     

    Les propos qui suivent sur le blasphème sont issus d'une part des débats renouvelés sur la religiophobie et plus particulièrement l'islamophobie et d'autre part de lectures sur le fétichisme. Ils ne proviennent donc pas d'un militantisme anti-religieux proprement dit.<o:p>
    </o:p>

    Le fétichisme n'est plus seulement définit par les pratiques des peuples dits primitifs telles que décrites par Charles de Brosses en 1760. Cette définition stricte est aujourd'hui élargie notamment sous l'influence du freudisme et du marxisme (cf. « Le fétichisme : histoire d'un concept » par Alfonso M. IACONO Ed. PUF Philosophies).

    I - <st1:PersonName productid="LA NOTION ELARGIE" w:st="on">LA NOTION ELARGIE</st1:PersonName> DE FETICHISME

     

    A) Voici une définition réduite (issue du site athéïsme )

     

    Le fétichisme est un ensemble de pratiques et de comportements magiques et religieux de certains peuples qualifiés de primitifs. Il est lié à l'animisme et à une conception magique du monde. Le fétichisme se manifeste par un culte et un attachement morbide et exclusif à certains objets ayant souvent une signification sexuelle. Il est induit par le besoin de protection face aux éléments de la nature et aux événements de la vie.

    http://atheisme.free.fr/Religion/Definition_f.htm#fetichisme

    B) Evolution de sa signification : vers un élargissement.

    La notion de fétichisme est développée sur deux versants l'un marxiste qui a trait au "fétichisme de la marchandise" et l'autre freudien qui évoque le fétichisme sexuel. En fait la notion a une portée encore plus vaste qu'un auteur comme Alain BIHR a décliné sur différents registres dans son ouvrage "Du "Grand soir" à l'Alternative" - Le mouvement ouvrier européen en crise" (Ed Ouvrières 1991). Il avait alors en quelque sorte répertorié les fétichismes constitutifs de la praxis capitaliste.

    <o:p> </o:p>

    Le terme fétichisme figure dans le dictionnaire Alter d'ATTAC et Alain BIHR en a donné une définition succincte dans son ouvrage récent sur « La novlangue néolibérale - La rhétorique du fétichisme capitaliste ».

     

    C) Actuellement nous connaissons une définition large du fétichisme (1)

     

    Le fétichisme se réduit en définitive à réïfier (transformer en chose) les rapports de production, partant les hommes que ces rapports médiatisent et qui en sont les acteurs, ainsi qu'à personnifier les choses en les dotant de qualités ou de propriétés qu'elles ne doivent qu'à leur fonction de supports de ces rapports mais qui, du coup, paraissent leur appartenir en propre et leur confèrent une apparence surhumaine.

    <o:p> </o:p>

    Le procédé de fétichisation est encore plus accentué quand au lieu de personnifier des choses (saint Coran) ou des rapports aux choses on les déifie (dieu-fétiche) ou on les sacralise (saint). Il peut s'agir aussi d'élever au titre de dieu-fétiche une personne qui sera vénérée comme un Dieu. Là aussi on élève encore plus le rapport de supériorité en lui attribuant des qualificatifs (sacré, saint) et des majuscules à son nom.

     

     

    II - APPLIQUER AU BLASPHEME <st1:PersonName productid="LA NOTION ELARGIE" w:st="on">LA NOTION ELARGIE</st1:PersonName> DE FETICHISME

     

     

    A) Enjeux :

     

    Classiquement le blasphème ne s'applique qu'à la religion. Lui donner une version élargie du fétichisme comme fondement risque d'élargir l'application de la notion de blasphème à tout ce qui s'élève indûment au-dessus des humains. Simplement parce que les humains tendent à mettre des majuscules sur de nombreuse institutions. Mais le blasphème comme acte de défétichisation généralisée n'est pas sans danger. Au passage c'est la notion de mécréant qui s'élargie aussi, notamment à la suite de son usage par Daniel BENSAID (2).

    - lire LES BLASPHEMES DU MECREANT

    Blasphème, démocratie et émancipation : un sujet délicat.

    article de Christian DELARUE publié pour la commission démocratie d'ATTAC le 23/07/2007

    http://www.france.attac.org/spip.php?article7299

     

    B) La notion de fétichisme appliqué au blasphème dans le cadre du religieux.

     

    La religion va élever une chose au titre de sacré le blasphème va la rabaisser à l'état de chose simple et sans valeur.

    La religion va élever une personne le Christ par exemple au titre de quasi Dieu le blasphème va le ramener à l'état de simple personne égale aux autres.

    Le blasphème banalise ce qui est présenté comme extra-ordinaire ou miraculeux.

    Les histoires du Christ sur la croix sont souvent lourdes, rien de tel qu'un bon blasphème pour les alléger. Ainsi ramener par exemple l'histoire de la croix à une histoire de clou banalise er donc désacralise une histoire surexploitée par la religion chrétienne.

    (du site athéisme)

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    Quelle est la différence entre Jésus et Picasso ?
    - Un clou suffit pour accrocher un Picasso.

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    Quelles sont les dernières paroles du Christ?
    - Vite, un clou, je glisse!

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    Le blasphème "politique" portera sur d'autres sujets plus en prise avec des débats contemporains.

    Christian DELARUE

    Altermondialiste,

    Responsable national antiraciste

    Notes:

    1) Je reproduis ici le passage de la page 17 du livre de BIHR : "La novlangue néolibérale - La rhétorique du fétichisme capitaliste".

    2) Lire l'ouvrage ou des extraits du livre "Fragments mécréants" sur le site ESSF

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  • LES BLASPHEMATEURS SONT-ILS DES MECREANTS NON TOLERABLES?



    La question du blasphème resurgit à propos de "l'injure à la religion" (sic) . Voici la phrase à contenu blasphématoire : "Le "saint Coran" comme la "sainte Bible" ne sont que des choses qui ne valent pas plus qu'une crotte ! Par confort, il faut juste éviter de marcher dessus ! .." (1) Point de faux-fuyant, ce n'est pas ici le contenu du texte qui est en cause mais sa caractérisation qui suscite le blasphème : à savoir sa "sainteté" ou son caractère "sacré ".

    Dans un monde laïcisé et libéral (tolérant) l'injure comme la diffamation s'adresse aux humains pas aux divinités. En ce sens l'expression "injure à la religion" est un abus de langage. Mais les religieux ne l'entendent pas de la sorte . Les religieux dominants surtout car une parole (ou un acte) n'est pas blasphématoire dans l'absolu. Son caractère blasphématoire et la gravité de ce blasphème ne peuvent être évalués que par rapport à ce que défend une religion, dans le contexte particulier où elle est posée, et suivant la manière dont elle est interprétée comme une agression par les croyants offensés. Blasphème et tolérance : « Deux poids, deux mesures » .

    Cependant on se saurait invoquer la tolérance que dans un seul sens, celui de la protection des religions voire de la religion dominante (comme en Angleterre ou seul l'anglicanisme est protégé du blasphème). Et n'oublions pas que Jean-Marc ROUBAUD avait proposé en 2006 une loi visant à interdire les propos et les actes injurieux contre toutes les religions en France . Le député UMP voulait remettre au goût du jour la loi sur «le délit de blasphème», abolie en 1791 sauf pour l'Alsace-Loraine ou il est toujours interdit . Tout cela oblige à rappeler que chacun bénéficie de la liberté religieuse, mais cette liberté n'implique aucunement le droit de ne pas être choqué (heurté, inquiété) dans sa foi ou ses croyances. Après tout les agnostiques et les athées peuvent aussi être « choqués » par le mépris de leurs idéaux, la dépréciation de leurs valeurs sans que cela soit sanctionné comme blasphème, injure ou diffamation.



    I - LE MECREANT ET LE BLASPHEME, LE SACRE ET LE SAINT.




    Lorsqu'une institution dit ceci (tel Dieu, tel Livre, tel Objet...) est sacré ou saint il signifie ceci est supérieur aux hommes vous devez respecter et même vénérer cette supériorité. Libre à chacun de vénérer comme saint ou sacré quoi que ce soit ! Mais le blasphème est le pendant de la diffusion mondiale du sacré au-dessus des humains.



    - Blasphème, injure, diffamation.


    Le blasphème dès lors qu'il se contente de rétablir l'égalité humaine en maintenant le respect humain du à tous n'est pas condamnable, bien au contraire . Car par définition, me semble-t-il, il ne peut que s'en tenir à ce rétablissement puisqu'on on ne blasphème pas les humains : cela s'appelle alors l'injure. La diffamation est autre chose encore. Mais là encore la diffamation s'adresse aux personnes pas aux croyances ou aux fétiches.



    - Le blasphème comme enlèvement de la majuscule au fétiche.


    En fait le blasphème se résume à l'enlèvement de la majuscule . Il défétichise. Il met les dieux et même toutes les abstractions avec une minuscule . En rabaissant le sacré il fait d'une pierre deux coup car il rétablit l'humain, il le relève alors qu'il était agenouillé. Le blasphème authentique est une arme autolimitée par nature :il a uniquement une portée défensive du respect humain dans ce qui fait l'égalité tous les humains . A l'instar de la laïcité il opère quoique différemment une avancée de l'humanité pour le maintien de la paix et de l'égalité.




    II - LE SACRE ET LE PROFANE HISTORIQUE : que font les hommes du sacré ? : de la violence symbolique à la guerre.




    La tendance des institutions gestionnaires d'un sacré - les appareils religieux pour l'essentiel - est à minima de procéder continûment à un travail doctrinal et de prosélytisme, un travail qui ne se limitent pas "à l'interne", aux seules adeptes. En effet cette lutte idéologique tend fortement - et parfois au travers de pratiques sociales bienfaitrices - à l'imposition d'un contenu normatif.

    Ce n'est que la tendance bénigne - ce qui ne signifie pas anodine - de ces appareils qui historiquement sont allés beaucoup plus loin en employant une forme très maligne : la guerre. La guerre n'est évidemment pas le propre des religions mais les religions ont été et sont encore bien souvent l'ingrédient majeur des guerres contemporaines (à défaut d'en être le déterminant causal) .

    De cette racine historique pesante on ne saurait aujourd'hui confondre les deux tendances, d'autant que chaque religion peut manifester une diversité d'interprétation. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt et la diversité d'interprétation qui donne place à des courants progressistes ne doit pas cacher les tendances réactionnaires qui perdurent massivement.



    Christian DELARUE
    Responsable national antiraciste

    1) commentaire sous *Fitna : juste un clip con ?*

    Le sécrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, a ajouté que le film a diffamé et a dénigré "le saint Coran" (1).

    Eh bien sans la partie finale de Fitna (2) qui donne effet d'attribution raciste de sa charge à tous les musulmans, il n'y aurait pas diffamation mais blasphème car la diffamation s'applique aux humains pas aux choses . Le "saint Coran" comme la Bible ne sont que des choses qui ne valent pas plus qu'une crotte ! Par confort, il faut juste éviter de marcher dessus !

    in "L'OCI condamne le film anti musulman « Fitna » « dans termes les plus vigoureux»

    <HTTP: index.php%c2%a0?action="article&numero=18266" www.alterinfo.net=""></HTTP:>

    2) FITNA, un film islamophobe, anti-musulmans

    http://www.bellaciao.org/fr/spip.ph... <HTTP: spip.php?article64146="" fr="" www.bellaciao.org=""></HTTP:>

    Fitna : juste un clip con ?
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article64198


    Peut-on être condamné pour "délit de blasphème" ?- La laïcité à l'usage des éducateurs
    http://www.laicite-educateurs.org/article.php3?id_article=14

    Il arrive que des croyants se posent la question :

    Comment et pourquoi la religion, dont le but ultime se veut pourtant être l'épanouissement de l'homme le plus élevé et le plus complet, aboutit-elle aussi souvent à sa destruction et à sa souffrance ? Quelle explication ou quelle analyse peut-on donner de ce phénomène aberrant, insupportable ?
    http://www.ict-toulouse.asso.fr/istr/site/039.html

    Liberté d'expression blasphème racisme : essai d'analyse philosophique et comparée

    http://www.philodroit.be/IMG/pdf/WP-2007-1-GHaarscher.pdf

     


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