• Photo église de Bouseul - La Bretagne respire la subculture chrétienne alors que d'autres régions sont passés au post-judéochristiannisme.

    Quand le peuple "demos" supplante difficilement le peuple "ethnos".

    Contre la "montée des identités", défendons le social (la rue) et la démocratie (les urnes)

    Christian Delarue

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article919

    Avec la crise globale monte les "nouveaux monstres et les vieux démons". *La crise démocratique* - issue de la montée de la gouvernance elle-même effet de la crise de la représentation (le tout se manifestant notamment par de forts taux d’abstention aux élections) - *et la crise sociale -* faite de précarité, de chômage et de déclassement social - *se combinent pour faire émerger un peuple /ethnos/, celui qui se focalise sur des racines lointaines et mythiques*, celles exhumées par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne de 2007.

    *

    I - *Retour sur une distinction majeure : Peuple "ethnos" et peuple "demos"*

    A ) *Le peuple ETHNOS* est celui qui partage une culture commune issue de l’histoire. Il a des variantes une éthnique, l’autre religieuse. Mais l’histoire avec ses évènements, ses bouleversements - guerres, migrations, révolutions, etc . - a introduit de la conflictualité dans la culture commune. Du moins en France. Autrement dit ce qui est partagé ne l’est pas nécessairement en toute harmonie.

    En France il est assez aisé de repérer, même pour un étranger, quelques conflits "identitaires" majeurs . Ainsi pourra-t-on voir un conflit entre la volonté forte d’unité et d’indivisibilité de la Nation et la survivance de quelques cultures "régionales" encore fortes. L’autre exemple à noter est celui de la survivance d’une subculture chrétienne face à une forte culture laïque. La France est un pays marqué tout à la fois - et contradictoirement - 1) par l’esprit de la Révolution de 1789 qui a donné lieu à la perspective d’une révolution non terminée et à tous les courants de transformation de la société (anarchistes, socialistes, communistes,etc.) et 2) par le maintien d’un fil historique pré-révolutionnaire que l’on retrouve dans l’appel à la terre de Méline ou dans le Travail, Famille, Patrie de Pétain ou dans le gout récurrent pour l’aventure coloniale et postcoloniale (discours de Dakar du Président Sarkozy) ou guerrière (Afghanistan) .

    ** Ethnos d’émancipation ?*

    Le peuple "ethnos" n’est pas uniquement celui ancré sur les structures autoritaires faisant tout à la fois appel à un /conducator/ et à la religion sous ses formes les plus réactionnaires. Mais avec la crise, la "montée de l’identité" peut prendre la forme réactionnaire déjà présente tant dans les espaces régionaux (extrême-droite en Bretagne) que dans les replis communautaires religieux ou pour la communauté nationale dans les tentatives de la droite sarkozienne d’instrumentaliser par en-haut l’identité nationale comme d’autres instrumentalisent les pratiques religieuses archaïques aux fins de critique de l’intégration républicaine. L’ethnos peut se marier à une logique émancipatrice, sociale et citoyenne comme le "demos", en revendiquant une France pluriculturelle voire plurinationale pour les cultures ou les peuples dominés - Bretons, Corses, Kanaks, Martiniquais, .... Une perspective sociale et même socialiste peut se couler dans une République faisant sienne le "carré républicain" Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité mais en aménageant le volet "une et indivisible" et en réalisant la formule démocratique quasiment utopique du "gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple". Hypothèse d’école pour l’heure... **

    ** Ethnos des dominés : victimes ethniques ou sociales et de genre ?*

    Il faudrait ici distinguer un ethnos dominant d’un ethnos dominé. Mais c’est là une problématique qui ne se règle pas en quelques lignes. Pour faire court, disons qu’un ethnos dominé mais actif subjectivement et sur un mode démocratique et social ("de gauche") tiendrait une légitimité à l’autodétermination de la dite communauté. Renvoyons ici au débat sur les minorités nationales.

    A propos de la burqa, il semble avéré que la constitution de la commission dite Gérin suffisait amplement pour s’interroger sur ce phénomène religieux mineur - soumission passive ou affirmation identitaire religieuse ? - et que le lancement d’un "grand débat" sur l’identité nationale avec le voile intégral pour toile de fond est démesuré et dangereux ; dangereux pour deux raisons : il vient d’en-haut (instrumentalisation forte) et il porte une forte logique d’exclusion. Si des mesures particulières sont à prendre, nul besoin de mobiliser la Marseillaise, la cocarde et encore moins "la terre" façon Méline.

    B) *Le peuple DEMOS* est celui qui a relativement lâché ses pesanteurs archaïques du passé au profit d’une double orientations : le démos social et le démos démocratique. Risquons une version sujective et militante en distinguant le demos des urnes (citoyen) et le démos de la rue (social) !

    * Le *démos social* n’est pas que "la rue" c’est à dire la mobilisation et la lutte de ceux-d’en-bas hors des procédures formelles de la démocratie représentative ou participative . Le demos social c’est aussi l’état des droits et des garanties protégeant les prolétaires, ceux qui épuisent leur salaire dans le mois ou qui n’épargnent que des sommes modestes en fin de mois (moins de 3000 euros par mois en Europe de l’Ouest). Le demos social existe enfin au titre de représentation du monde servant à l’action . A ce titre il pose une division verticale du peuple toute différente de la division horizontale et territoriale des ethnos et des communautarismes pour qui l’autre est "à côté"( l’autre département que le 93) ou "dehors" (l’autre communauté). Il se pense soit en terme de couches sociales (vision stratificationniste) soit en terme de lutte de classes sociales antagonistes. Ainsi, la subdivision du peuple entre un peuple-classe et une bourgeoisie nationale relève d’une appréhension du peuple comme démos versus social.

    En France la dynamique populaire s’est manifesté sur les deux derniers siècles en terme de conquêtes sociales et démocratiques, en terme de libération, d’égalité, de fraternité et de laicité, le tout constitutif du "carré républicain". Il a donné lieu peu à peu et dans le conflit à une compréhension particulière de la République comme chose commune ("res communis"), comme comme gestion publique du bien public . Un compréhension qui a gagné du terrain face à la propriété privée du Code civil de 1804 mais qui bute aujourd’hui à la reprivatisation du monde par le néolibéralisme.

    * *Le démos démocratique* est celui qui met l’accent sur la volonté de participer au débat et de décider.

    Le démos démocratique se comprend dans un cadre national mais aussi dans un cadre post-national (perspective européenne) bien que les réflexions sur ce cadre soient plus complexes. Lire ici Des appartenances aux identités : vers une citoyenneté politique européenne de Margarita Sanchez-Mazas et Raphaêl Gély. Voir aussi la table ronde Citoyenneté et institution européennes de Mouvements 2007 (texte payant sur internet)

    Le demos démocratique donne lieu à deux autres variantes, l’une citoyenne avec élection de représentants du peuple, l’autre autogestionnaire ou le peuple s’approprie les outils et la gestion des affaires soit dans l’entreprise, soit dans la société. Le demos democratique est en France le fait historique des forces sociales des différentes composantes de la gauches. C’est contre la vision restrictive des libéraux que la démocratisation s’est effectuée. Ce processus est aujourd’hui bloqué par le néolibéralisme.

    *

    II - *Crise et appel à l’ethnos : C’est le "démos" citoyen et social qui régresse.*

    Nul progrès n’est à attendre de cette régression. Pour Yves CUSSET (1) que nous allons ici citer longuement , "l’idéal démocratique serait de rendre effective et d’élargir la sphère de l’égalité selon les deux axes, axe vertical de l’exclusion sociale et axe horizontal de l’altérité de l’étranger".

    Il poursuit ainsi son propos :

    Mais la réalité moderne est tout autre ; comme n’a cessé d’y insister Etienne Balibar, l’histoire des démocraties modernes est plutôt celle d’une collusion entre citoyenneté et nationalité, plus encore d’une fondation de la citoyenneté sur la nationalité, du peuple-démos sur le peuple ethnos, de l’égalité des citoyens sur l’identité collective. C’est ce qui n’a cessé de rendre en partie inefficient les droits de l’homme (leçon de H. Arendt réitérée aujourd’hui par G. Agamben8), dans la mesure où celui qui n’est qu’homme, l’homme nu qui n’est d’aucune nation (réfugié, déplacé, apatride), celui qui devrait être par excellence le bénéficiaire des droits de l’homme, ne peut en aucun cas jouir de droits égaux à celui du national. Le plus humain dans les faits, celui qui n’apparaît à l’autre que dans l’éclat de son humanité nue, se retrouve considéré comme le moins humain du point de vue du droit : incivilité du droit jusque dans son expression la plus démocratique, celle des droits dits de l’homme. Et lorsque l’égalité du peuple-démos est en crise, du double fait de l’accroissement du peuple des exclus et de la désaffection de l’espace public, on assiste à un renforcement du peuple ethnos, du sentiment d’appartenance, qui traverse en particulier le discours politique sous la forme discrète d’un certain paternalisme républicain (« que les fils et filles de la République retrouvent les bras de leur mère ») ou moins discrète des divers populismes (que certains appelleront poliment souverainistes) de droite et de gauche. Derrière ces discours où se déploie une idéologie de l’égalité, la réalité des mesures de plus en plus inégalitaires : durcissement du code de la nationalité et des conditions de naturalisation, multiplication des expulsions et des dits renvois aux frontières, conditions d’exception du traitement des clandestins, durcissement des frontières et du contrôle de l’immigration ; il s’agit d’immuniser toujours plus la communauté face à son dehors plus ou moins menaçant, dehors des barbares et des étrangers, mais aussi dehors intérieur des exclus, des désaffiliés, des sauvageons, de la racaille. Politiques de la sécurité et de la répression comme camouflet du vide démocratique. Cohésion nationale et ordre républicain valent-ils une heure de peine si c’est pour justifier l’incivilité d’un déni de démocratie ?

    Ce déni c’est celui d’un autre scandale de la démocratie qui n’est que le prolongement du scandale de l’égalité - mais qui est peut-être plus scandaleux encore - dans le rapport horizontal aux étrangers : scandale cosmopolitique de l’accueil qui stipule que personne n’a plus qu’un autre un titre à occuper telle ou telle parcelle de la terre, que la citoyenneté n’est pas une immunité mais un co-partage, le partage, la responsabilité et la dette du cum, de l’être-avec9. On objectera bien sûr, parce qu’il faut quand même être raisonnable, et nous avons tous intériorisé qu’il est difficile d’être à la fois démocrate et raisonnable : « Soyons sérieux, tout ceci est très beau mais à toute communauté il faut des frontières et des principes, un gouvernement a la charge d’une politique de l’immigration et l’on ne peut raisonnablement accueillir tout le monde ». Mais la démocratie n’est pas réductible à un régime de gouvernement, c’est l’une des formes de son aporie inaugurale, elle n’est pas affaire de police, mais bien de politique, pour reprendre l’évocatrice dichotomie de Rancière10, et la politique n’est pas le monopole du gouvernement. La police, c’est le gouvernement et l’administration de la société selon des lois et des principes qui permettent d’en stabiliser et d’en reproduire l’ordre, la politique est visée de l’émancipation au nom de l’égalité, tentative de reconfigurer un ordre social producteur d’injustice que la police et le gouvernement ont pour but de légitimer et de stabiliser, ou plutôt tentative de montrer, d’exhiber une configuration que la reproduction de l’ordre existant doit nécessairement occulter, de s’auto-instituer en acteurs d’une parole dont l’ordre de la police a pourtant démontré l’inacceptabilité. On pourrait dire qu’il y a démocratie quand il y a place pour la politique en ce sens, ou comme dirait Rancière, place pour la rencontre des hétérogènes, de la police et de la politique, du gouvernement et de la question de l’égalité, heurt entre la demande d’élargissement de la sphère de l’égalité par en bas et le renforcement de l’ordre social par en haut, quand il y a place pour la subjectivation de ceux que l’ordre des lois et du gouvernement maintient dans un état d’irréductible inégalité au nom du juste partage des parts de la communauté : tiers-état au XVIIIe, prolétaires au XIXe, femmes au XXe, etc. Pour reprendre la jolie formule de Rancière : la démocratie est le régime de la mésentente (entre police et politique, entre ordre et égalité). La question démocratique de l’accueil n’est donc pas l’affaire du gouvernement qui se charge des lois sur l’immigration (et il est d’ailleurs assez incivil de dire qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde) mais beaucoup plus celle de ceux que de telles lois laissent hors de la possibilité de tout accueil et qui le font voir dans l’espace public : le mouvement des sans-papiers est démocratique, pas les lois sur l’immigration et le séjour des étrangers. Il donne même une leçon de civilité démocratique, dans sa capacité à saisir l’espace public par la question de l’égalité à travers celle du droit de séjour, contre ceux qui voudraient un espace public policé et immunisé contre toutes les interférences démocratiques, contre la mésentente. On peut s’accorder avec Balibar pour dire que tous ceux qui croient encore à la démocratie doivent retenir la leçon des sans-papiers : « Nous leur devons d’avoir forcé les barrières de la communication, de s’être fait voir et entendre pour ce qu’ils sont : non des fantasmes de délinquance et d’invasion, mais des travailleurs, des familles à la fois d’ici et d’ailleurs, avec leurs particularismes et l’universalité de leur condition de prolétaires modernes [...]. Ainsi nous comprenons mieux ce qu’est une démocratie : une institution du débat collectif, mais dont les conditions ne sont jamais données d’en haut. Toujours il faut que les intéressés conquièrent le droit à la parole, la visibilité, la crédibilité, courant le risque de la répression »11. Ces mots qui ont aujourd’hui quelques années demeurent roboratifs face à l’incivilité des néo-tocquevilliens et autres melons pas très mûrs ; ils nous rappellent qu’il existe une civilité du refus et de la résistance, une civilité du combat contre l’incivilité politique, contre la terrible absence de vergogne, pour reprendre la belle expression de Bernard Stiegler12, des dits responsables politiques.

    Faut-il haïr la démocratie ?

    http://www.sens-public.org/spip.php?article335

    *Libres réflexions autour de Jacques Rancière sur l’incivilité politique contemporaine* Yves Cusset | 30 janvier 2007 | COSMOPOLITIQUE |



     

     

     

     

     

     

     


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  • Un nouveau "consensus altermondialiste" pour répondre à la crise du néolibéralisme pourrissant.

    Commentaire au texte de Bernard CASSEN et Christophe VENTURA

    Quel altermondialisme après la fin du néolibéralisme ? par Bernard CASSEN et Christophe VENTURA

    http://blogbernardgensane.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/10/04/quel-altermondialisme-apres-la-fin-du-neoliberalisme.html

    et sur Centre tricontinental CETRI

    http://www.cetri.be/spip.php ?article833

    *
    - Que conclure de la "fin du néolibéralisme" ?

    Bernard Cassen et Christophe Ventura appuient le propos sur "la fin du néolibéralisme" de l'économiste et Prix Nobel américain Joseph Stiglitz, (publié le 7 juillet 2008) en affirmant qu'il "faut effectivement constater que la crise actuelle du capitalisme, dans sa phase néolibérale, prend des allures systémiques en cumulant des dimensions financière, monétaire, alimentaire et énergétique". Ces liens entre les crises a été mis en valeur lors de l'université d'été d'ATTAC à Toulouse . Mais plus particulièrement, pour nos deux camarades "post alter", la crise globale du capitalisme se manifeste par l'effritement d'une cohérence propre au néolibéralisme : "Alors qu'il incarnait une symbiose entre une dimension politique (les gouvernements, les institutions multilatérales et les « élites »), économique (les acteurs des marchés et les institutions bancaires et financières) et idéologique (les médias) dans les années 1990, il pâtit désormais de l'effritement de la cohérence capitaliste". Il ne faut donc pas s'étonner des nouvelles contradictions qui surgissent "dans le système et chez ses « élites ». Ils pointent successivement :
     remise en cause de l'hégémonie des Etats-Unis et du « Consensus de Washington », notamment en Amérique latine où des gouvernements progressistes sont arrivés au pouvoir ;
     recours aux nationalisations d'établissements financiers par des gouvernements aussi « libéraux » que ceux de Londres et Washington ;
     dépérissement des institutions financières internationales ;
     émergence d'un nouveau rapport de forces mondial multipolaire avec le poids économique et géopolitique grandissant des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ;
     montée en puissance des fonds souverains ;
     guerres du Caucase en partie liées aux ambitions énergétiques concurrentes et aux velléités d'expansion de l'Otan ;
     enlisement en Irak, en Afghanistan ;
     tensions autour de l'Iran ;
     évolution de régimes politiques nationaux vers des formes d'autoritarisme en Europe, etc.

    A-t-il existé un « consensus altermondialiste » suffisamment fort qui oblige à parler de post-altermondialisme ?

    Certes, "au cours de la décennie passée, un grand nombre de mobilisations massives du mouvement altermondialiste se sont formées contre ces institutions multilatérales" représentatives du néolibéralisme que sont la Banque mondiale, le FMI et l'OMC . Mais l'altermondialisme a toujours critiqué aussi le rôle prédateur des grandes firmes multinationales - FMN - contre le social, l'environnemental et la démocratie partout mais aussi et surtout contre les pays de la périphérie (le Sud). Ce point - contre les FMN - est dans la Charte de Porto Alègre. Et ce n'est pas rien ! Rappelons avec Eddy Fougier (1) que " le « consensus altermondialiste » se caractérisait principalement par un accord des altermondialistes sur le rôle central des forums sociaux, sur les principes contenus dans la Charte des principes du Forum social mondial, texte fondamental pour eux, adopté après le premier FSM en 2001, et sur ce qui a été appelé l'« esprit de Porto Alegre ».

    Certes cette critique a été menée sans analyse des classes sociales en conflit mais à partir de la nécessaire promotion du citoyen à tous les niveaux :entreprise, local, national, continental et mondial . Certes du fait de l'existence d'une « forêt de rationalités politiques » en son sein, l es critiques furent plus ou moins radicales . Notamment, le rôle destructeur des Etats qui reproduisaient ces politiques néolibérales n'a pas toujours été dénoncé avec force par toutes les composantes du mouvement tant au nord qu'au sud . Le mérite de Bernard Cassen et ses amis qui ont eu les yeux rivés sur l'Amérique latine a été de voir que des gouvernements et des partis politiques pouvaient recevoir l'appui de l'altermondialisme quand d'autres alters restaient fermement positionné sur l'indépendance du mouvement par rapport aux gouvernements et sur la stricte solidarité entre les pauples. Nous sommes nombreux à penser que ces appuis possibles ont eu pour effet de déplacer la ligne des solidarités par la formation d'un nouveau consensus altermondialiste . L'ampleur du déplacement fait débat.

    Le post-altermondialisme se focalise sur le poids des USA et la montée en force contrastée de la révolution en Amérique latine mais laisse dans l'ombre d'autres secteurs géopolitiques.

    Les amis de B CASSEN et C VENTURA - j'en connais - ont été moins prolixes sur les rapports de l'Europe à l'Afrique ou à l'ensemble du pourtour méditerranéen. On pourrait en dire de même à propos des enjeux touchant la zone Iran-Irak- Afghanistan . Dans de nombreux débats certains voyaient surtout la domination des USA, de son gouvernement, de ses firmes et de son armée partout sur l'ensemble du reste du monde et négligeaient le fait que l'Uinion européenne comme les Etats européens se comportent à l'identique des USA sur des bases capitalistes propres, hors tout impérialisme nord-américain. Une telle politique de "second couteau" a d'ailleurs débouché un atlantisme renforcé et un élargissement de l'OTAN avec le nouveau Président Sarkozy. Nous voilà dans un "bourbier à l'algérienne" en Afghanistan sans que nous ayons comme au printemps 2003 une grande manifestation pour exiger le retrait des troupes de ce pays ! D'autres, dont je suis, plaidait pour une solidarité stricte entre les peuples. Un appui d'un quelconque gouvernement, fut-il progressiste ne pouvait qu'être conjoncturel et toujours passible de critiques, des critiques faites pour renforcer le poids du peuple-classe et notamment en son sein de sa principale composante : le salariat. En fait chacun dans ce débat est allé trop loin : trop national pour les uns, pas assez pour les autres.

    Le nouveau consensus altermondialiste en formation.

    Ce qui surgit - la crise de la finance provocant une grise globale et sévère du capitalisme - pose la question des solutions à proposer. Puisque nous entrons dit Gus Massiah (2) "dans un nouveau cycle des Forums sociaux mondiaux liant leur utilité à l'indispensable débat sur les débouchés de la transformation sociale" un nouveau consensus peut se former. Au plan européen, l'accord peut se faire sur le rejet de l'atlantisme (3), sur le refus de l'OTAN . Mais par ailleurs, veux-t-on sortir de l'Europe (au sens de n'être plus soumis aux règles de l'Union européenne) ou exige-t-on une autre Europe ? Débat inévitable ! Vouloir une "autre Europe" donne incontestablement un axe stratégique fort d'altermondialisation du monde . E Balibar parle d'Europe altermondialisatrice . Une telle position ne signifie pas - en tout cas pas pour moi - ne pas vouloir l'appropriation publique dans chaque Etat notamment par des nationalisations et pour l'heure par l'expropriations des capitalistes et la nationalisation des banques. On peut discuter de la pertinence de cette solution et surtout des modalités de sa mise en oeuvre. On peut lui préférer un pôle financier public. Reste que la dimension nationale n'est pas omise. Ce qui compte aussi c'est la transcroissance des luttes au-delà des frontières car le néo-socialisme démocratique et écologique sera continental ou ne sera pas.

    Christian Delarue ATTAC

    1) Où en est le mouvement altermondialiste ? Réflexions sur l'essoufflement - Eddy Fougier [03-03-2008] La vie des idées

    http://www.laviedesidees.fr/Ou-en-est-le-mouvement.html

    2) Évolution globale et altermondialisme - Gustave Massiah publié sur ATTAC France le 12/11/2007 Il y a un an Gus Massiah déclinait les grandes lignes d'un triple crise à laquelle est confrontée le monde de ce 21e siècle : celle de l'hégémonie des États-Unis en même temps que celle du néolibéralisme parallèlement à la crise écologique que l'on sait.

    http://www.france.attac.org/spip.php ?article7726

    3) Contre l'atlantisme

    http://www.local.attac.org/35/Contre-l-atlantisme.html


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  • The MRAP and alter-globalization

    ATTAC Citizens' University – Toulouse, August 2008

    Translated from French by Lorraine Buckley for Coorditrad.

     

    Plenary on alter-globalism

     

    Speech by Christian DELARUE [1],

    on behalf of the MRAP [2], founder member of Attac

     

    At this stage of the debate, I would like to go back to the ‘subway metaphor' which distinguishes the big travellers from the small ones, so as to situate the MRAP – the Movement against Racism and for Friendship between Peoples – within the movement. In other words, is it a ‘second fiddle' in the global movement or a fundamental actor? But first of all, I need to recall the distinction between alter-globalism and alter-globalization.

     

    I - What are the connections between the dynamics on the ground and the alternative vision?

    - The ‘summa divisio'

    Alter-globalism is the discourse about ‘another possible world' as evoked by the Porto Alegre Charter. This discourse combines two characteristics: it is plural and it does not come from above. It is worth clarifying that this specificity – being plural and horizontal – does not exclude globalizing theories, which aim to assemble a coherent corpus of alternatives to neo-liberalism. Just that these theorizations simply illuminate the debate while respecting other discourses or theories on the ‘other world'.

    Alter-globalization is first of all the movement itself. Alter-globalization is linked to the heterogeneous building processes (of another globalization). Alter-globalization, whether one defines it as a tendency or as a movement of movements, is in any case a large, heterogeneous and lasting movement, comprising a multitude of actors, some of whom are clearly alter-globalists, but there are also other actors whose objectives are more limited. So that is the first sense – broad and inclusive – of the term alter-globalization.

    - The secondary division

     

    But we can't leave it at this one main distinction (the theory of alter-globalism and real, historic alter-globalization). We have to go deeper to grasp the complexity of the movement, by specifying the internal subdivisions within the global movement. In fact, on the alter-globalization train (in the broader sense), we can see on one hand the alter-globalist movement(s)[3], those such as ATTAC who bring into the real world several alternatives which are relatively well developed and could be effective as far as our aims are concerned: ‘another world'; and on the other the actors whose aims are more limited; one could say they belong to alter-globalization, but here in the narrow sense of different movements which are only struggling against one specific form of oppression or domination, of different actual social practices debated in the social forums.

    At this point I would like to go back to the subway metaphor and make MRAP's position explicit.

     

    II - The MRAP as an alter-globalist movement by extension

     

    Is the MRAP a long-term actor in alter-globalization in its sense of tendency or movement of movements? And if so, is it alter-globalist ?

     

    - Realizing MRAP's statutory goals presupposes its belonging to a broader movement

    There is no problem with anti-racism being the main objective of a committed organization such as the MRAP, but it also seems a given to me that our struggles should be linked to or supported by others concerning extension of social rights, decent housing for all, public goods, public services in underprivileged areas. Hence MRAP's commitment to ATTAC, and to alter-globalization in general, is certain, and for the long haul.

    - Apart from that, what can the MRAP call itself alter-globalist in ?

    Within these global and plural dynamics, is the MRAP alter-globalist or simply a movement with limited objectives (alter-globalization in the narrow sense)? I think it is both, and specifically an alter-globalist movement. Over the years, thanks to MRAP's belonging to ATTAC and taking part in the various social forums, the MRAP has really become an alter-globalization movement in the sense of a movement deliberately striving for ‘another world'. Here, it all depends on what one means by another world.

    - Another world?

    Of course, it's about more than just wanting a better world, which doesn't mean choosing between reforms and revolution (another problem which I am not going to tackle and which is outside MRAP's statute). Despite that, the MRAP subscribes neither to the old antidemocratic socialist view, nor to 21st century neo-socialism bringing alter-democracy and ecology, while pointing out that the neo-socialism aspired to here and there will certainly not be identical in Latin America, in Asia and in Europe, in particular as far as treating religion and secular status are concerned.

    Naturally, no MRAP meeting has ever discussed what the ‘other world' should comprise. Nevertheless, the MRAP wants a world without racism and without colonialism or imperialism, just as our other actor friends want a world without sexism, without war (which doesn't mean a totally pacified world on the inter-relations front), a world where the market is regulated and even circumscribed, a world where other social relations of domination, exploitation and oppression are eliminated. If capitalism comprises these diverse forms of domination, some of which are not generated by capitalism itself (such as sexism and racism), then the global alternative to capitalism must also include diverse freedoms from dominations.

    A small aside: these are the reasons why in another debate I proposed adding to the Porto Alegre Charter, which rightly but too narrowly, criticizes capitalism and imperialism, a reference to four demands: alter-democracy, ecology, non-sexism and non-racism.

    If this understanding of the real situation and aims on the ground are accepted, the MRAP's specific struggle is situated both within the dynamics of alter-globalization and within the alter-globalist perspective. So then it is certainly an alter-globalist movement.


    Christian DELARUE is a member of the executive office and Board of Directors of MRAP

    MRAP: Mouvement contre le Racisme et l'Amitié entre les Peuples: Movement against Racism and for Friendship between Peoples

    Alterglobalism, a long-term process leading to alternatives, by Susan George, Jean-Marie Harribey, Gustave Massiah, Chico Whitaker



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  • Relire "La Nation" de Pierre FOUGEYROLLAS 20 ans après !


    L'ouvrage a été publié il y plus de 20 ans, en 1987, avec un sous-titre évocateur : "Essor et déclin des sociétés modernes". L'ouvrage découpé en 4 parties - 1 - La formation des nationalités, 2 - L'organisation des nations, 3 - L'universalisation du phénomène national , 4 - La nation en question - montre essentiellement que la nation est un produit de l'histoire. Elle n'est pas intemporelle.

    Une lecture hâtive à la fin des années 80 pouvait laisser entendre que cette forme d'organisation sociale touchait à sa fin. Cela se combinait alors avec des considérations fréquentes mais propre à la formation sociale française que la nation était menacée à la fois par en-haut avec l'Europe en cours de renforcement ( Acte unique européen date de 1986) et par en-bas avec les régions qui s'affirmaient . En 1988, Michel Rocard lance la Réforme de l'Etat, ce qui inaugure une déconstruction multiforme et progressive de l'organisation de l'Etat-nation. Mais ce sera la mondialisation de l'économie qui peu à peu viendra menacer plus encore l'organisation de la forme nation. En 1985 Charles-Albert MICHALET reprend in extenso son ouvrage "Le capitalisme mondial" (PUF) : "Cet essai se veut une contribution à un projet iconoclaste. Il s'agit de renverser le vieux paradigme de l'économie internationale pour lui substituer celui de l'économie mondiale" Et il entreprend d'étudier le phénomène de multinationalisation et ses impacts sur les espaces nationaux. Le vecteur en est les firmes multinationales (FMN) et non plus.les sociétés transnationales (STN). Quoique l'on pense de la théorie au plan économique, une chose est sûre : la mondialisation économique qui n'est pas nouvelle se renforce.

    Mais rien n'est encore dit sur la globalisation financière, ni sur la marchandisation du monde. Il faudra attendre dix ans de plus pour que la menace prenne sens : le 1 er janvier 1995 est crée l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et en 1994 François Chesnais publie "La mondialisation du capital" qui sera relativement lu eu égard à la forte technicité de l'ouvrage! Capital financier, productif, marchand, tout est lié . Il ne s'agit pas seulement de critiquer "les 4 comportements des financiers : prédateur, spéculatif, court-termiste et maximisateur" (1) mais un ensemble de paramètres complexes qui forment système et qui détruisent au sein des nations le social et l'environnemental. Les individus menacés dans la nation ne sont pas l'oligarchie financière ou la bourgeoisie mais les couches salariés mal payées et les salariés désaffiliés et précarisés et au-delà quasiment tout le salariat ainsi que la paysannerie artisanale.

    Retour au livre de P Fougeyrollas. Objectivement la nation est une communauté historique qui peut disparaître mais la nation a une deuxième face dit-il. "Subjectivement, la nation se présente sous les espèces de représentations et d'affects fréquemment générateur de passion". D'où les rapports complexes entre peuple, élites dirigeantes et nation qui laissent place à l'idéologie et même aux manipulations. Un comparaison historique (pour rester dans le cadre français qui n'est évidemment pas le seul abordé par l'auteur) permet de trancher. "Sous la Révolution française, la nation est pour ainsi dire immanente au peuple qui acquiert sa souveraineté en devenant nation. Sous la Troisième République, lorsque l'impulsion révolutionnaire de 1789 a épuisé ses effets, la nation devient transcendante, du moins dans l'idéologie répandue à travers le corps social par les classes dirigeantes. Elle est cette entité à laquelle chaque citoyen doit son dévouement, ses impôts et, en cas de guerre, sa vie, par de-delà les inégalités ou les injustices sociales observables". La nation a épuisé son potentiel progressiste pour se faire le vecteur de force guerrières et anti-sociales.

    Mais il arrive qu'il y ait des exceptions. Les peuples peuvent protester derrière la nation, notamment avec les derniers référendums européens. Et tout n'est pas à brader dans la nation - notamment les nationalisations - du moins tant que l'Europe n'est pas fondée sur des bases plus progressiste ou/et tant que, contrairement à ce que dit Christophe Aguiton (2 ), le monde ne nous appartient pas ! Ainsi à ce propos, Philippe Zarifian, celui de L'échelle du monde" (3), défenseur de la mondialité remarque avec pertinence qu'" à la différence des sociétés nationales, la société-monde ne bénéficie pas d'un Etat, d'institutions démocratique, de normes sociales et de mécanismes de régulation, de processus d'intégration et de socialisation (p21). En somme le monde ne forme pas société, il n'y a pour les dominés, pour les exclus du monde des affaires que l'humanité qui fasse sens pour la solidarité internationale entre les peuples (avec une composante "ouvrière" et une composante "genre") et la planète qui fasse sens pour sa préservation écologique. La cosmopolitique est une utopie. Une belle utopie mais nécessaire tout autant que le néosocialisme (4) qu'il faut faire advenir mais sans doute par des processus historiques qui laissent place aux formations nationales et continentales. L'essentiel serait alors d'articuler ces différents niveaux d'organisation sans nationalisme ou européanocentrisme mais avec le sentiment d'appartenance à l'humanité (via le genre ou la classe sociale) et à la planète. Ce serait un gage de démarche constructive.

    Ce n'est pas l'ordre qu'il faut rétablir mais le sens du droit. Voilà l'exigence internationale portée par le mouvement altermondialiste contre l'irrespect institutionnalisé par les grandes institutions mondiales - OMC, FMI, BM et continentales mais aussi par le nationalisme guerrier ou sécuritaire et policier, contre la forme "xénophobie d'Etat" qui se métamorphose en Europe forteresse. Le droit peut passer par la construction de services publics dans un cadre national ou par des réseaux publics continentaux.

    La nation n'est pas morte mais elle n'est plus un fétiche. Le mouvement populaire doit la reprendre à la bourgeoisie nationale. Le mouvement alter doit aussi éviter que l'Europe ne soit que la patrie des élites "hors sol". La nation doit donc être ouverte sur le monde. A défaut elle ne sera qu'une bêtise immonde !


    Christian DELARUE


    1) cf p96 in "Le capitalisme financier" de Laurent Batsch qui se place du point de vue de l'entreprise et non sur le plan macro-économique
    2) Le monde nous appartient (Plon 2001) de Christophe Aguiton fut un des premiers ouvrages portant sur l'altermondialisation
    3) Philippe Zarifian, L'échelledu monde" La Dispute 2004
    4) Vers un néosocialisme vert : Etendre le marché ou le circonscrire ? - C Delarue

    http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article354

     


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  • LE FORUM DU MAGHREB : BRIDE SUR L' ALTERMONDIALISATION SANS PERSPECTIVE ALTERMONDIALISTE.

    Le titre du FSMag est ainsi libellé : "Forum social du Maghreb : les groupes sociaux unis pour un monde meilleur"  L'autre monde possible pièce principale des principes de la Charte des Forum sociaux est aisi devenu "monde meilleur". Un monde un peu meilleur n'est pas un autre monde même si un sur-titre précise que ce qui regroupe les invités est l'objectif d'un monde différent . Or un monde différent peut l'être de par la modification de ses marges avec du commerce équitable, de l'économie sociale et solidaire et du solidarisme mais rester dans la reproduction du capital et de ses rapports sociaux en son coeur.
    Evidemment ce n'est pas le titre à lui seul qui va caractériser ce forum. La dynamique des rencontres peut être porteuse de perspectives qui ne s'accomodent pas de l'existant en meilleur. Pour autant l'effet d'annonce du titre ajouté au texte de présentation qui ne dit rien du capitalisme tel que la charte l'évoque ne manque pas d'inquiéter par des temps de recentrage tant idéologique que politique.

    Un des vénérables pères des Forum Chico WHITAKER s'est-il ému de ce changement, lui qui vient d'écrire un livre sur ce sujet? Pas à ma connaissance. Pourtant à mes yeux il s'agit d'un point important.  Je sais que d'autres sont plus chatouilleux sur d'autres points. Ainsi dans les préparations des forum, du moins ceux auxquels j'ai pu participer, ce sont surtout les questions des participants qui faisaient débat notamment à l'encontre des partis politiques, parfois admis dans des forum malgré la charte de 2001. A force de se focaliser sur les processus on en oublie le but. Il y a là toute la différence entre le mouvementisme qui bouge pour créer des micro-mondes différents dans un monde quasiment identique et l'altermondialisme qui milite contre le capitalisme pour un autre monde ainsi que précisé dans la charte.

    L'altermondialisme n'est évidemment pas réductible à cette charte mais cette charte pose des principes de fond et de forme. Elle est loin de tout dire. Et c'est pour cette raison que d'aucuns s'adonnent à publication d'ouvrages épais. Le problème est que l'on trouve des développements qui restent ferme sur les questions d'organisation des rencontres (l'altermondialisation) mais souples quand au contenu qui fait le lien avec le but (l'altermondialisme). Or la philosophie implicite de la charte défendue ici est que la forme est censé mener au but. Les fondateurs ont donc mis en place un processus complexe - que l'on peut  appeler altermondialisation - qui n'est pas parler pour parler, construire n'importe quoi pour construire . Toutes la charte est tendue vers un objectif : créer un autre monde que le présent qui tourne à l'envers.

    Christian DELARUE

    Forum social du Maghreb : les groupes sociaux unis pour un monde meilleur"
    http://www.alternatives.ca/article3397.html

    Chico WHITAKER Changer le monde. Nouveau mode d'emploi


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