• Les discriminations racistes comme « mal commun » des minorités dans le monde.

    <?xml:namespace prefix = o />

    Identité, minorité, communauté.

    Plutôt que de parler de « minorités visibles » à l'instar de ce qui nous vient du Canada, pourquoi ne pas évoquer non pas les minorités racisées mais les minorités discriminées ?

    Il s'agit là d'un débat entamé cet été au sein d' ATTAC à Toulouse mais aussi un débat qui fait suite à celui engagé (au sein du MRAP au printemps 2007 cf .2) sur la légitimité des statistiques ethniques.

    Problème : le terme « minorité » peut être étendu aux femmes, ce qui a suscité et suscitera encore des réactions compréhensibles. Débat à poursuivre donc...

    Voici donc pour éclaircissement le texte que j'ai cité (mais non lu) à l'appui d'une intervention dans un débat d'un atelier de l'Université d'été 2007 d' ATTAC à Toulouse.

    Christian DELARUE

    Secrétaire national du MRAP

    Membre du CA d'ATTAC France

    Voici l'extrait de : « De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française ». J'ai ajouté les deux sous-titres.

     

    1 - Egale reconnaissance des identités méprisées ou reconnaissance des discriminations : De la politique identitaire à la politique minoritaire.

    La perspective multiculturaliste qui prévaut en Amérique du Nord est fondée sur l'idéal d'une égale reconnaissance des identités méprisées, des cultures dominées, des communautés opprimées. Or, en France, aujourd'hui, et notre ouvrage (1) s'efforce de le montrer, l'enjeu est plutôt la reconnaissance, non des identités, mais des discriminations. Ce qui est reconnu, ou pas, ce qui doit l'être ou non, c'est le fait discriminatoire.

    La distinction n'est pas sans conséquence : elle nous fait passer de la politique identitaire à la politique minoritaire. En effet, qu'est-ce qu'une minorité ? C'est une catégorie naturalisée par la discrimination. Si les communautés ont en partage une culture, ce qui définit les minorités, c'est l'assujettissement d'un rapport de pouvoir. Il ne s'agit pas de les opposer, mais de les distinguer : la minorité à la différence de la communauté n'implique pas nécessairement l'appartenance à un groupe et l'identité d'une culture ; elle requiert en revanche l'expérience partagée de la discrimination. Les « Noirs » ou les « Arabes » en France, aujourd'hui, ont en commun, non pas la « race » mais le racisme.

    C'est d'ailleurs également vrai, en parallèle avec les questions raciales, pour les minorités sexuelles – les femmes confrontées au sexisme ou les homosexuels à l'homo phobie. Ce ne sont ni la nature ni la culture qui sont au principe de la minorité, mais la naturalisation, fût-ce dans le registre culturaliste, d'une catégorie sociale par des pratiques discriminatoires.

     

    2 - L'intérêt politique de ce déplacement.

    On entrevoit tout l'intérêt politique de ce déplacement. Tant bien que mal, la politique identitaire s'applique à constituer des coalitions entre communautés hétérogènes, dont chacune combat d'abord pour la reconnaissance de sa propre culture. En revanche, non seulement la politique minoritaire s'exprime plus aisément dans le registre universaliste de la lutte contre toutes les discriminations, mais en outre, elle est engagée dans une critique transversale des assignations normatives. Elle est donc ouverte non seulement aux diverses minorités, mais aussi à tous ceux qui, quand bien même ils pourraient trouver leur place dans la culture majoritaire, ne peuvent ou ne veulent pas se reconnaître dans un ordre racial dont les effets normatifs pèsent lourdement sur tous et pas seulement sur les minorités » (p251)

    1 De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française.

    Sous la direction de Didier FASSIN et Eric FASSIN

    <?xml:namespace prefix = st1 /><st1:PersonName w:st="on" productid="La D←couverte">La Découverte</st1:PersonName> 2006

    2 RACISME ET ANTIRACISME 2007
    DEBATS ANTIRACISTES DU PRINTEMPS 2007. ( EN GUISE D'INTRODUCTION AUX DEBATS DE L'AUTOMNE. )

    http://www.bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=51942

     


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  • Photo au siège du MRAP: Christian DELARUE (à gauche) et ses ami(e)s

    DEBATS ANTIRACISTES DU PRINTEMPS 2007.

    ( EN GUISE D'INTRODUCTION AUX DEBATS DE L'AUTOMNE. )

    http://www.bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=51942

    <?xml:namespace prefix = o />

    Il ne s'agit pas de tous les débats engagés par le MRAP mais seulement de ceux qui ont le plus retenu mon attention. Il y a d'abord eu les débat sur le racisme (I) puis les débats sur les réponses au racisme (II). Il s'agit de dominantes car évidemment il n'y a pas un cloisonnement étanche sur ces questionnements.

     

    I - DEBAT SUR LES FORMES DU RACISME.

    L'affaire REDEKER s'estompait mais la recherche sur "Les métamorphoses contemporaines de l'idéologie raciste" perdurait.

    <!--[if !supportLists]-->A) <!--[endif]-->Le racisme de REDEKER et ses suites.

    - Cette « affaire » a permis de dégager rigoureusement un racisme islamophobique qui n'a rien à voir avec la critique de l'islam. : L'essentialisation d'une religion combinée à l'essentialisation d'un peuple suffit pour dire ce n'est plus une critique de la religion, une opinion mais une insulte raciste.

    Je renvoie à « Robert REDEKER : Distinguons son méfait de la menace qu'il subit ! » sur le blog chrismondial mais aussi sur bellaciao et yonne lautre

    http://www.blogg.org/blog-44839-date-2006-09.html

     

    - Le MRAP et les antiracistes ne sont pas pour la censure.

    Cela devait être clarifié et précisé en 2007. Ainsi en matière de critique des religions deux textes permettaient de voir que je ne cédais pas à l'impérium du religieux et du sacré : l'un sur la liberté de critique de toute religion (4), l'autre sur le blasphème. Les principes affirmés par le MRAP en matière de blasphème lors de l'affaire des caricatures de Mahomet ont donné lieu à une recherche personnelle complémentaire (5)

    <!--[if !supportLists]-->B) <!--[endif]-->Les métamorphoses contemporaines de l'idéologie raciste.

    Pour ma part c'est une lecture (1) de Michel Terestchenko sur ces métamorphoses (in "Philosophie politique, tome 2 : Ethique, science et droit") qui a prolongé une réflexion (2) sur le combat antiraciste « non tribal » (3) du MRAP depuis 1977.

    De fait, la conférence faite à Privas intitulée « Le racisme? Où en sommes nous? » ne faisait que reprendre les fondamentaux du MRAP donc « l'ancien racisme » (qui perdure) et le « nouveau racisme » en abordant les deux grandes formes contemporaines qui font débat à savoir la judéophobie et l'islamophobie .

    Mais cette conférence n'abordait pas la thématique des « minorités visibles » (qui reste à « creuser ») et surtout n'intégrait pas le fait qu'au USA certains libéraux usaient de la revendication de « non discrimination raciale » pour revenir en arrière sur les conquêtes des années passées (d'après lecture d'un texte d'Eric FASSIN si je ne me trompe)

     

    II – DEBAT SUR LES FORMES DE L'ANTIRACISME

    <!--[if !supportLists]-->A) <!--[endif]-->Des statistiques raciales ou racistes ?

    Au printemps 2007 le CA du MRAP a débattu des statistiques ethniques car une controverse apparaissait dans la presse entre défenseurs et adversaires des statistiques raciales. L'ensemble des interventions a bien souligné le fort danger de la subdivision de l'humanité en races même dans une intention de discrimination positive autrement dit de lutte antiraciste. Je crois que ce débat n'est pas clos. Néanmoins sur première commande j'ai rédigé un texte sur discriminations raciales / discriminations racistes (publié sous forme de brève sur Bellaciao : DISCRIMINATION RACIALE" ou DISCRIMINATION RACISTE.
    http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=51155)

    <!--[if !supportLists]-->B) <!--[endif]-->« Politique identitaire » ou « politique minoritaire » ?

    Distinguer clairement « politique identitaire » et « politique minoritaire » (6) est essentiel car cela permet un repérage sur ce qui constitue ou non un élargissement de l'horizon de la lutte antiraciste. En effet, « l'horizon de la politique identitaire c'est la question de la différence – du droit à la différence – celui de la politique minoritaire, c'est la référence à l'égalité » (7). La minorité reçoit une définition nouvelle : elle est « l'expérience partagée de la discrimination. ». Mais l'usage du terme « minorité » fait débat surtout pour son extension aux femmes subissant le sexisme.


    <!--[if !supportLists]-->C) <!--[endif]-->Quid de la discrimination positive ?

    Les USA ont pratiqué la discrimination positive avec un certain succès. Aujourd'hui, au nom de la lutte contre les discriminations la droite veut combattre les conquêtes antiracistes. Ce phénomène (à mieux étudier) suscite un intérêt renouvelé pour la discrimination positive. Sans vouloir promouvoir une telle politique en France je propose néanmoins de partir d'un argumentaire fort sérieux en défense et promotion de cette politique de discrimination positive, ce afin de dégager les faux débats récurrents sur ce thème Je pense au plaidoyer de. Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein .

    <!--[if !supportLists]-->D) <!--[endif]-->La nécessaire articulation du combat du MRAP avec les réponses altermondialistes et les politiques de transformation sociale.

    - L'antiracisme libéral se borne à la promotion d'une égalité abstraite entre individus. Cet antiracisme de reconnaissance est nécessaire mais insuffisant car il ne remet pas en cause l'ordre du monde divisé en Etats et surtout en continents hiérarchisés économiquement et militairement et engagés dans le « choc des civilisation ». La raison d'Etat n'est pas la raison solidaire mais son inverse (cf. Jean ZIEGLER).

    - L'antiracisme libéral se borne au respect de la propriété privée des moyens de production et l'ordre marchand généralisé qui ne satisfait que très peu les besoins sociaux des populations non solvables or le racisme frappe surtout les couches sociales défavorisées tant dans l'emploi que le logement ou l'accès à l'école ou aux soins.

    D'ou la participation du MRAP aux initiatives locales ou nationales d' ATTAC ainsi qu'aux forums altermondialistes (car le MRAP de lui-même n'a pas vocation à élaborer - sauf si immédiatement en rapport avec son objet statutaire - des alternatives sociales sectorielles ou globales.<o:p>
    </o:p>

    Christian DELARUE

    Membre du Bureau exécutif et du Conseil d'Administration du MRAP

     

    1 - Lecture publiée en brève sur Bellaciao sous le titre "Le racisme comme anti-mouvement social ou la philosophie politique E RACISME COMME ANTI-MOUVEMENT SOCIAL OU <?xml:namespace prefix = st1 /><st1:PersonName w:st="on" productid="LA PHILOSOPHIE POLITIQUE">LA PHILOSOPHIE POLITIQUE</st1:PersonName> DE L'ANTIRACISME".
    http://www.bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=50276

    2 – sous le titre « Le MRAP 1977- 2007 : contre le racisme sous toutes ses formes » publié sur rennes-info.org le vendredi 9 mars 2007 :
    http://rennes-info.org/Le-MRAP-1977-2007-contre-le.html

    Le racisme? Où en sommes nous? Christian DELARUE

    http://www.mrap.fr/interventions/racismeouensom

    3 - L'antiracisme non tribal est un clin d'œil à une contribution de Mouloud AOUNIT : « Contre l'antiracisme tribal » publié dans LE MONDE le 15.06.06.
    http://www.mrap.fr/interventions/monde/document_view?month:int=6&year:int=2007

    4 - SUR <st1:PersonName w:st="on" productid="LA LIBERTE DE">LA LIBERTE DE</st1:PersonName> CRITIQUE DE TOUTE RELIGION publié sur Belaciao le vendredi 26 janvier 2007
    http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=41768

    5 - LES BLASPHEMES DU MECREANT : Blasphème, démocratie et émancipation : un sujet délicat publié sur le site ATTAC France rubrique Démocratie et sur le site ESSF (Europe Solidaire Sans Frontière)
    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6596

    6 – « De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française » sous la direction de Didier FASSIN et Eric FASSIN ; <st1:PersonName w:st="on" productid="La D←couverte">La Découverte</st1:PersonName> 2006.

    7 – Lire ici « Différences, discriminations, universalisme » par Antoine ARTOUS in « Dossier Discrimination » de Critique Communiste n°183. Antoine ARTOUS prend pour point de départ de son article le livre précité car il analyse « la représentation d'une France racialisée » ce qui constitue bien un fait nouveau à prendre en compte.<o:p>
    </o:p>

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  • http://www.legalitedabord.com

    INVITATION CONFERENCE DE PRESSE

    Le collectif « l'Egalité d'abord ! » – mouvement civique qui rassemble des citoyennes et des citoyens ainsi que des personnalités d'horizons divers – lancera officiellement le mouvement civique du même nom lors de la Conférence de presse qui se tiendra le 17 octobre 2006 à l'Assemblée Nationale

    Assemblée Nationale de 12 h30 à 14h30

    7ème bureau, 126 rue de l'Université Paris

    Paris, le 13 octobre 2006 — Depuis maintenant plus d'un quart de siècle, les campagnes électorales deviennent des épisodes traumatiques pour une partie de la population. La République n'arrive pas à s'accommoder de la richesse des singularités et du respect de la diversité.

    Des femmes et des hommes sont exclus de l'enceinte de la république. Elles et ils refusent une citoyenneté au rabais et clament haut et fort leur droit à être des acteurs à part entière dans les institutions, les débats et la vie de la cité.

    Désormais, il est urgent de répondre au vrai problème de déficit de représentativité au sein de nos institutions et d'assurer concrètement la prise en compte de la diversité de la société à toutes les élections.

    Si, aujourd'hui, nous interpellons toute la société et tous les acteurs politiques et sociaux démocratiques, c'est parce que nous comptons favoriser une démarche alternative et rassembleuse permettant de créer les conditions du dépassement des blocages institutionnels et politiques au regard de l'exigence d'égalité réelle comme fondement premier de la liberté.

    Le collectif « l'Egalité d'abord ! » – mouvement civique qui rassemble des citoyennes et des citoyens ainsi que des personnalités d'horizons divers – lancera officiellement le mouvement civique du même nom lors de la Conférence de presse qui se tiendra le 17 octobre 2006 à l'Assemblée Nationale de 12 h30 à 14h30 (7ème bureau - 126 rue de l'Université).

    À cette occasion, il rendra public son manifeste, le texte de son appel, la liste des premiers signataires, les orientations générales et les initiatives qu'il compte prendre d'ici la fin de l'année.

    Contact presse :

    Abdelmajid Guelmami – 06 26 41 87 08

    Si Hocine Madjid – 06 80 90 42 95

    Mouloud Aounit – 06 07 73 73 71

    presse@egalitedabord.com

    webmaster@egalitedabord.com

     

    L'appel :

    Aux lendemains du second tour des présidentielles de 2002, le sursaut d'indignation populaire contre la percée électorale du candidat de la haine a fait renaître pour des millions de manifestants l'espoir d'une société pétrie d'égalité, de solidarité, de fraternité, d'humanité. Cet évènement politique devait tenir lieu d'un acte de refondation politique de la citoyenneté, de la démocratie et de l'universalité des droits. Or, depuis, il n'en fut rien. L'état des débats politiques ne fait au contraire qu'empirer. Et comme si le «choc du 21 avril» n'avait jamais eu lieu, les thèses racistes, révisionnistes, discriminatoires et culturalistes font tache d'huile sur l'échiquier politique et – en débordant la seule surface politique de l'extrême droite – se découvrent une deuxième vie dans les mesures gouvernementales et la législation.
    A la fracture sociale, les forces du conservatisme veulent surajouter une fracture ethnique en vue de blinder les séparations et soumettre les quartiers populaires à des traitements particularistes de ségrégation. Cependant que d'autres acteurs de la vie politique, dans les rangs progressistes, considèrent comme un simple mauvais fonctionnement passager de la République ce qui ressemble davantage à une mise à mort politique, sociale et culturelle d'une composante de la population.

      .../...


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  • LE RACISME COMME ANTI-MOUVEMENT SOCIAL OU <?xml:namespace prefix = st1 /><st1:PersonName w:st="on" productid="LA PHILOSOPHIE POLITIQUE">LA PHILOSOPHIE POLITIQUE</st1:PersonName> DE L'ANTIRACISME.

    
    

    Note de lecture de "Philosophie politique, tome 2 : Ethique, science et droit" de Michel Terestchenko

    
    

     

    
    

    Mes camarades et amis antiracistes militants de terrain ont de plus en plus le "nez dans le guidon" et d'une permanence d'accueil à un rassemblement, d'une diffusion de tracts à une réunion de collectif, ils n'ont majoritairement – retraités exceptés - guère le temps de lire des ouvrages de philosophie qui abordent pourtant leur champ d'action. Et quand ils doivent approfondir un thème c'est bien souvent du côté du droit qu'il se tournent. Le droit spécialisé dès lors qu'il exploite au plus près la variété des situations concrètes n'est pas me semble-t-il plus aisé à lire que la philosophie. Chaque domaine a son registre sémantique particulier pour approfondir son champ de réflexion ou son objet scientifique.  En fait il apparaît que le droit est immédiatement utilisable pour l'action. L'effort est donc fait à cette fin.

    
    

    C'est donc sans illusion que je vais brièvement présenter un petit ouvrage de philosophie politique qui fait suite au premier (Individu et société) et qui devrait intéresser les antiracistes à plus d'un titre.

    
    

    Après un chapitre 1 sur "L'idée d'humanité et la pluralité des cultures" et un chapitre 2 sur "Nation et nationalismes", l'auteur développe un chapitre 3 sur "Racisme et antiracisme" et un chapitre 4 sur "citoyenneté et immigration". Je suis sûr que la lecture se poursuivra avec le chapitre 5 intitulé "tolérance et relativité des valeurs", les deux derniers chapitres étant plus éloigné de nos préoccupations militantes.

    
    


    Je présente ici "Racisme et antiracisme" qui se subdivise en trois sections:


    1 - Les métamorphoses contemporaines de l'idéologie raciste montre A) Le passage du racisme biologique au racisme culturel, puis deux formes d'expression du racisme en B) Hétérophobie et hétérophilie : l'antinomie fondamentale avec notamment une critique de l'ontologisation de la différence qui débouche sur un phénomène de naturalisation propre à l'idéologie raciste.

    Cette naturalisation est le fait des racistes mais son "double antiraciste" existe aussi, donc vigilance. Si toutes les différences ne sont pas bonnes reste alors au-delà d'une éthique des bons sentiments l'exigence d'égalité.

    En C) la problématique de "l'indétermination du racisme" est pointée pour ses généralisations-métaphorisations abusives comme:" racisme anti-jeunes" ou "racisme anti-femmes" et pour le caractère flou de la définition du racisme dans la loi du 1 er juillet 1972.

    2 - Racisme et antiracisme : types idéaux et paradoxes décrit la double attitude de racisation - autovalorisation de son groupe - mépris de l'autre groupe - en indiquant à l'appui de Taguieff que cette diabolisation peut être aussi le fait des antiracistes humanistes.

    Pour clarifier les choses M Terestchenko expose alors les cinq principes de l'idéologie raciste :

    - le rejet de l'universel,

    - la catégorisation des individus dans des classes fixes

    - le postulat de la différence absolue (entre ethnies ou entre cultures) empêchant le mixage

    - la naturalisation des différences qui pèsent comme un destin (essentialisation)

    - interprétation inégalitaire de ces différences.

    3 - Les causes sociales du racisme :

    - Race ? Avec Michel Wieviorka une compréhension purement sociologique est développée notamment à partir de la compréhension tocquevilienne et wéberienne du racisme comme conséquence paradoxale de l'égalisation des conditions. Aujourd'hui c'est la peur du déclassement qui est à l'appui du rejet de la liberté d'installation des migrants . La race n'est pas une notion biologique pseudo-scientifique mais une notion sociale construite par les acteurs soumis au préjugé en vue d'une ségrégation ou d'une violence.

    - Racisme ? Le racisme est en même temps un mouvement communautaire (qui sacralise l'unité d'un groupe - l'oumma ou l'occident blanc - ou d'une société : la communauté nationale ou la communauté "régionale") et un anti-mouvement social (qui reconnait la division conflictuelle au sein de la société). Pourquoi? Parce que le racisme est la résultante de l'incapacité à résoudre les conflits sociaux . Plus la société s'organise à partir d'un conflit proprement social plus l'espace du racisme est étroit. A l'inverse plus, plus les conflits sociaux sont de faible portée plus l'espace du racisme s'élargit.

    Christian DELARUE

    
    

    Membre du BureAu exécutif et du Conseil d'administration du MRAP

    
    

     


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  • Ce sujet difficile abordé par le biais militant facilite quelque peu l'introduction de la problématique mais pas pour autant la clarification thématique. Je fais état de débats internes au MRAP mais je n'engage que moi dans ces propos.

    Le racisme s'exprime au XXI ème siècle toujours aussi brutalement qu'au XIX ème siècle mais il se diffuse aussi de façon sournoise par le biais de vecteurs à l'apparence plus légitime qu'il convient de débusquer. Chaque période historique charrie sa vision du monde porteuse de racisme. Les élites ont une responsabilité majeur dans la diffusion des cadres de pensée qui permettent ensuite la diffusion de formes particulières de racisme . Bien souvent, il va s'agir 1) de généraliser négativement sur des pratiques ou des croyances (phase de critiques sommaires et unilatérales) puis 2) d'essentialiser un groupe personnes sensées les adopter (phase de racisation) puis enfin 3 opérer un lien causal et unilatéral, explicite ou non, entre le groupe racisé et les moeurs stigmatisées (phase d'attribution). Bien souvent s'y ajoute pour "enfoncer le clou" une comparaison avec le groupe d'appartenance qui renforce la valeur du "nous" au détriment du "eux".

    La tolérance au racisme s'exercera d'autant plus aisément que les valeurs d'appuis seront à protéger, que d'autres causes seront à défendre. S'il faut combatre cette tolérance inacceptable au racisme, il est évident en théorie qu'on ne saurait basculer pour autant, par négligence ou par inadvertance, dans une intolérance contraire qui mettrait à mal d'autres droits, d'autres valeurs. Un exercice périlleux en pratique.

    Le MRAP et la tolérance.

    Certaines institution internationales affichent d'emblée vouloir lutter contre le racisme et l'intolérance (1). Ce n'est pas le cas du Mouvement contre le Racisme et l'Amitié entre les Peuples.

    Le MRAP depuis fort longtemps défend le " vivre ensemble avec nos différences ". Les différences sont donc non seulement d'ordre factuel mais encore tenues comme un bienfait social, un enrichissement pour tous. L'exigence du " vivre ensemble " vise à répondre à une certaine extrême-droite " différentialiste " admettant certes " le respect des différences " mais dans la séparation dans le " chacun chez soi " ce qui est une façon de refuser tant ici qu'au plan mondial la diversité culturelle, sauf à pratiquer les exclusions, les ghettos, le communautarisme et les discriminations ethnico-culturelles. Avec Christian DELACAMPAGNE (2) affirmons ici que le racisme, la xénophobie, le négationnisme n'étant pas une opinion comme une autre mais une " opinion criminelle " il ne saurait être toléré.

    Par ailleurs le respect des différences dans un vivre ensemble inclusif pouvant parfaitement s'accommoder d'un ordre inégalitaire et hiérarchisé, on y ajouta l'exigence d'égalité, égalité des droits et des conditions et pas seulement l'égalité des chances.

    Les différences pouvant ne pas être aussi enrichissantes que postulé dans le slogan initial de la première moitié des années 80 la formule put prendre parfois la tournure du " vivre ensemble malgré nos différences " ce qui fit admettre l'idée de tolérance face à des différences gênantes. En fait au problème des " différences culturelles " entendues simplement comme les diverses façons de vivre (3) s'est ajouté la question des différences religieuses ce qui a modifié la réponse classique en terme de tolérance pour lui substituer celle de laïcité.

    1 – TOLERANCE ET DIFFERENCES.

    Quid aussi des différences non seulement gênantes mais aliénantes et oppressives ? La question culturelle, notamment lorsque l'on y intègre les phénomènes religieux, porte en elle, on le sait, le passif de l'oppression de genre et de la volonté d'emprise forte des religions sur l'ensemble de la société. Mais qui déclare aliénantes ces différences culturelles et religieuses? Face à l'oppression ou doit s'arrêter la tolérance ? Jusqu'ou se résigner ? Au nom de quoi ? De l'ouverture d'esprit ? De la diversité du monde et des valeurs ?

    D'abord, que signifie " tolérer " ? Si l'on fait l'économie d'un retour sur l'histoire on dira par exemple que " Tolérance signifie pour nous aujourd'hui attention à l'autre, souci de la différence " nous dit Patrick THIERRY (4). Soit, mais ce noble souci signifie-t-il :
    - abstention d'interdire et laisser-faire dans la critique maintenue d'une erreur ou d'un abus sans grande conséquence ou - admission de la différence par une reconnaissance fut-elle minimale ? On reconnaitra ici la summa divisio qui sépare la simple tolérance passive et sélective de l'attitude de respect et de reconnaissance de toutes les différences.

    En fait les démocraties modernes, plurielles, anomiques et sécularisées ont généralisé l'emploi du terme de tolérance mais en changeant paradoxalement de signification, en basculant sur le sens fort d'admission-reconnaissance. Ainsi La Lettre de la tolérance de Locke qui parait en 1689 développe le thème et annonce " la fin de la République chrétienne, du pouvoir du magistrat en matière de religion, mais s'accompagne d'une volonté d'uniformité minimale qui permette à une société chrétienne de se conserver " (5).

    2 – TOLERANCE ET LAICITE

    Les affaires du voile islamique et plus largement le " retour du religieux " au XXI siècle renouvela l'exposé de la question en mettant en rapport la tolérance et la laïcité.

    La tolérance suppose non seulement la concurrence et le conflit des opinions maintenus mais aussi l'acceptation d'un rapport de force inégal au détriment de celui ou celle qui tolère. L'idée de laïcité viendra mettre fin à cette idée de tolérance-concession en proposant une suspension du conflit des croyances. Avec la laïcité la tolérance ne disparaît pas de la société civile mais ne pénètre pas l'espace public.

    La laïcité permet l'égalité de droit car un droit doit être respecté. Il ne suppose pas un effort particulier pour coexister avec l'autre mais s'impose.

    La laicité pour peu qu'elle se dégage d'une conception frileuse de la Nation peut déboucher sur la participation démocratique de l'ensemble des populations résidentes y compris les étrangers non européens ce que ne fait pas la tolérance qui peut s'accommoder plus aisément du maintient sans droit des résidents étrangers extra communautaires. Il va de soi que l'intolérance produit des conditions d'exclusion qui vont à l'encontre de l'intégration citoyenne et de l'insertion économique et sociale via la répartition des richesses et le développement des services publics.

    3- TOLERANCE ET MIXITE

    L'exhibition de signes manifestement religieux interroge aussi les rapports entre égalité (d'accès), diversité et mixité (ou non). La diversité reconnue dans l'égalité n'implique pas nécessairement la mixité. Ainsi la loi (7) autorisant dans l'école publique les signes religieux discrets (SRD) mais refusant les signes religieux ostensibles (SRO) opère un compromis social dans l'expression du religieux., un compromis qui respecte ce que l'on pourrait appeler, dans une perspective historique du progrès humain, " la mentalité laïque " (8), laquelle tolère les signes discrets mais pas les signes ostensibles. On observera que la stricte laïcité est ici transgressée mais de façon bénigne, d'où l'emploi du terme de tolérance. Remarquons, à propos de l'égalité et de " l'intégration séparée ", que dans cette histoire, la République laïque française n'a pas su offrir réellement un accès à l'école aux jeunes filles voilées. A quoi servent alors les écoles privées ?

    La question se pose pour les autres espaces publics fermés comme les entreprises. Comment " accepter dans un bureau à longueur de journée trois jeunes filles voilées quand on a refusé d'avoir constamment sous les yeux un crucifix " ? On voit ici que l'accusation islamophobie peut provenir d'une religiophobie fondée sur l'expérience historique de la tendance naturelle des religions à l'expansion. La référence classique entre ce qui appartient à l'Etat (pas de signe y compris discret) et ce qui appartient à une personne physique ou morale privée (signes permis y compris ostensibles) ne semble pas suffire comme réponse pertinente. Reste qu'une loi interdisant le port de signes religieux ostensibles en entreprises serait inopportune voire dangereuse. Pour autant le recours à la tolérance apparaitrait à beaucoup comme inadmissible. Une aporie ? Reste alors pour résoudre le conflit l'application de compromis locaux permettant de satisfaire au mieux les parties prenantes. Mais on quitte alors la stricte application des principes pour un "management pragmatique" qui n'est pas aussi "gagnant-gagnant" que préconisé.

    4 - TOLERANCE ET COMMUNAUTES

    Les débats contemporains laissent apparaître une " tolérance-reconnaissance " des " communautés faibles ", celles qui se forment dans le respect des règles générales et des principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité mais un refus franc ou une tolérance-admission réservée à l'encontre des " communautés fortes ", celles qui exigent la reconnaissance de leur particularité comme devant se traduire juridiquement comme un droit à la différence dans la sphère publique. On reconnaîtra ici, malgré le flou de la distinction, le refus du communautarisme.
    Mais de quelles communautés parle-t-on ? Les corses, les bretons et les basques forment-ils une communauté forte, disposant d'une culture historique propre à produire une sorte de communauté nationale susceptible de concurrencer la communauté nationale au point de vouloir introduire un droit spécifique qui supplante le droit national. Les tziganes, les maghrébins, les turcs forment-ils une communauté forte ? Albano CORDEIRO (10) a tordu le cou à la notion de " communauté maghrébine " . Les juifs croyants (11) comme les musulmans (l'oumma) et les chrétiens évoquent une communauté propre. Le partage d'une croyance déterminée crée une affinité qui dépasse bien souvent les frontières ce qui n'empêche nullement le souci de participer ici et maintenant à la vie matérielle et citoyenne de résidence. D'aucuns participent (ou non) à la vie de la cité sans faire état de leur religion qui reste pour eux une affaire privée (même si elle motive fortement leurs actes) alors que d'autres le font au nom de cette dernière et pour l'affirmer publiquement et politiquement . Cette dernière pratique souvent politisée suscite la réprobation légitime. Pour autant la critique ne saurait être extraite du contexte qui peut mettre en avant une situation internationale relativisant cette réprobation et justifiant en premier lieu une autre critique.

    5 - TOLERANCE ET RELIGION

    L'intolérance radicale contre les musulmans.
    Affirmons d'emblée qu'une religiophobie (V Geisser) non raciste et légitime existe . Elle a sans doute ses racines intimes dans l'expérience douloureuse de l'emprise du religieux . La religiophobie légitime débouche alors sur la critique des religions, de toutes les religions et pas d'une seule . La critique des idées, des doctrines mais aussi des pratiques sociales publiques ou privées qui en dérive est possible et même utile . Stigmatiser sévèrement les simples "excès" des religions et, à fortiori, les exactions intégristes caractérisées en usant de caricatures est aussi possible mais il convient sans doute d'éviter les amalgames . La critique de l'amalgame ne doit pas se confondre avec la critique de la stigmatisation qui doit rester libre. L'intolérance radicale contre les musulmans porte un nom qui fait débat : l'islamophobie raciste . Ainsi, la critique du port du voile par les musulmanes est une chose parfaitement compréhensible et possible voire nécessaire à la progression historique de "la mentalité laïque" qui tolère les signes religieux discrets mais pas les signes religieux ostensibles. Par contre subir la menace et les invectives à cause de cette pratique religieuse en est une autre. Que penser de l'assimilation effectuée lorsqu'un jeune élève ingénieur se voit interroger sur "ce qu'il pense de Ben Laden" lors d'un entretien professionnel? Suis-je "islamo-gauchiste" ou "tiers-mondiste primaire"si je consteste ce type de recrutement comme étant de nature raciste?. Ne faut-il pas combattre les vexations et les pressions subies des musulmans et présumés musulman travaillant à Roissy depuis les élucubrations haineuses et mensongères d'un certain de Villiers? S'en prendre aux mosquées à l'aide de graffitis haineux ou pire de bombes destructrices relève aussi d'une islamophobie aussi primaire que condamnable. Et ce d'autant plus que les mêmes s'accomoderont par contre d'une contruction chrétienne en centre bretagne.

    La tolérance à l'expression antisémite sous couvert de critique du sionisme.
    Je renvoi ici au colloque du MRAP sur sionisme et antisémitisme avec une expression personnelle sur bellaciao.



    Christian DELARUE
    Secrétaire national du MRAP
    Membre du Conseil d'Administration d'ATTAC France

    Notes
    1 - Les institutions européennes et mondiales
    2 - Introduction au texte de Madeleine Rebeérioux sur LMSI
    3 - Christian Delacampagne in "Quand la philosophie rencontre la politique"
    4 - Christian Delarue - Université d'été d'ATTAC 2006
    - Pierre Fougeyrollas document sur rennes-info.org et bellaciao
    5 - Patrick THIERRY in La tolérance PUF Philosophie p
    6 - ibid p
    7 - Le MRAP a critiqué le recours à la loi d'avril 2004 pour exclusion stigmatisante.
    8 - Sur la mentalité laïque cf rennes-info.org et la gauche
    9 - Un article de la revue de la LDH en fait état.
    10 -
    11 - Remarquons qu'il existe des juifs non croyants et des individus athées de culture musulmane.


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