• La diversité en politique au MRAP !
     
    A l'issue du récent congrès du MRAP les termes du débat sur la diversité restaient trop imprécis pour beaucoup . Une position claire et majoritaire ne pouvait donc être diffusée dans le MRAP. Mais le principe d'avancer sur cette question y a été adopté.
     
    Sur cette base Mouloud AOUNIT président du MRAP a donc procédé à une présentation "pédagogique" au Conseil d'Administration du MRAP de ce 15 mars 2008 des grandes lignes de ce que l'on pourrait mettre sous le terme de diversité.
    Cet exposé introductif renouvelle et approfondit en fait ce qu'il disait un peu différemment il y a un et demi (en novembre 2006) mais hors du MRAP lors de la fondation du collectif « l'Egalité d'abord ! » – mouvement civique qui rassemble des citoyennes et des citoyens ainsi que des personnalités d'horizons divers.
     
     
    « l'Egalité d'abord ! » voir : http://www.legalitedabord.com
     
    Christian DELARUE (signataire d'Egalité d'abord)

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  • CONGRES 2008 du MRAP : interview de Christian DELARUE

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article60340#forum221871


    L'une des principales organisations antiracistes françaises vient de tenir son congrès dans une situation de contestation interne. Alors que les besoins d'un militantisme accru en ce domaine se font sentir chaque jour. Nous avons demandé à Christian DELARUE secrétaire national de donner son avis sur cette crise.

    YJ : Christian , tu viens d'être réélu au conseil d'administration. Tu étais membre de la direction sortante du MRAP qui était"politiquement plurielle" et tu as animé ce congrès aux côtés de Mouloud AOUNIT et de la direction historique du MRAP; tes amis de l'opposition ont boycotté ce congrès. Peux tu nous expliquer la situation..?

    C D : Il est vrai que les principaux représentant(e)s de l'opposition interne du MRAP étaient absents . Mais il est faux de dire qu'ils « quittent leur postes de direction ». Malgré ses tentatives renouvelées ils n'ont pas pu présenter une liste de candidats.
    C'est là un fait qui a des conséquences : les contestataires actuellement en fonction dans le CA jusqu'au congrès ne peuvent évidemment pas participer aux votes pour tenter de renouveler leur mandat au sein de la direction du mouvement. Il en va de même d'ailleurs des éventuels et rares nouveaux postulants qu'ils auraient pu recruter. Donc, on ne saurait dire que « l'opposition quitte ses postes à la direction du Mrap » comme elle l'affirme.

    J'ai effectivement rejoint la direction majoritaire après avoir été un temps dans l'opposition interne. Je suis pour que le MRAP continue sur sa lancée. Il n'a pas le droit de sombrer ! Vouloir faire perdurer le MRAP passe par des modifications visant à assurer un bon fonctionnement, notamment au sein du bureau exécutif et par le maintien de sa spécificité militante.

    YJ Qu'est ce à dire ?
    CD : D'une part la direction sortante, historiquement proche de Mouloud AOUNIT, a engagé un processus qui vise à mettre en place une direction collégiale nommée « Présidence collégiale ». Il y aura donc désormais quatre porte-paroles du mouvement et les décisions devant être prises quotidiennement le seront après concertation. D'autre part, il s'agit de maintenir toute la surface thèmatique d'intervention du MRAP. Pour être bien compris de tous dans ce congrès, j'ai explicitement défendu un rapport d'activité qui a bien un « profil MRAP » et non un profil « recentré sur ses fondamentaux » qui le rend fort proche de celui de SOS Racisme.

    YJ : Doit-on comprendre que l'opposition interne veut passer à SOS Racisme ?

    CD Je n'en sais rien. En fait ce que l'on nomme "opposition" n'est pas homogène au fond. Donc une telle idée de départ ne peut se concevoir que pour une partie de ses membres. C'est surtout son attitude contre Mouloud AOUNIT qui la soude pour des motifs d'ailleurs variables. Il a aussi la question de l'islamophobie qui divise le MRAP depuis maintenant 5 ans !

    YJ : A ce propos, tes positions sur l'affaire du voile islamique, te rapprochaient plus de l'opposition que de Mouloud...

    CD Il est vrai que dans cette affaire de « voile vosgien »(1) Je dirais en raccourcis que je suis "voilophobe "mais pas islamophobe Je considère qu'il y a une islamophobie raciste et qu'il faut la combattre.
    Ma première divergence avec l'opposition a d'ailleurs surgi à propos de l'affaire REDEKER (2). Pour l'essentiel, le CA qui a pris position sur ce sujet a grosso modo procédé à une remise en forme de ce que j'avais proposé. Aujourd'hui c'est la laïcité très malmenée par Sarkozy qui risque de provoquer des tensions internes.

    YJ : Quid de l'articulation du MRAP à l'altermondialisme?
    CD La participation du MRAP au développement d'ATTAC France est largement admise mais la prise en charge de certaines problématiques de réduction de l'écart de développement entre le nord et le sud en est à ses début. Il reste à répondre à la critique malveillante sur le "tiers-mondisme sommaire" du MRAP . Pour ma part j'ai produit pour la commission mondialisation un cadre global de compréhension (3) des rapports de force au niveau mondial et René LE MIGNOT de la commission internationale est longuement intervenue au congrès pour expliciter les principes qui guident la position du MRAP au moyen-orient ou dans d'autres régions en conflit.

    YJ : Y a-t-il eu néanmoins un congrès avec débats ?
    CD : Ce n'est pas l'absence d'une trentaine de militant(e)s qui a empêché la tenue de bons débats. La fédération de Paris a notamment réussie à modifier le texte sur la diversité. C'est un thème qui a certes été préféré à « société plurielle » (proposé par le fédération de Paris) mais qui doit être précisé avant d'en faire un outil militant du MRAP. De quelle diversité parle-t-on ? De la diversité en politique certes, mais encore .... Quels rapports avec d'autres notions : communautarisme, laïcité, égalité, accès selon la compétence... Le MRAP doit encore débattre même si le texte d'orientation a bien été voté.


    YJ : Comment vois-tu l'avenir du MRAP ?
    CD : Les tâches ne manquent pas, mais il va falloir réduire la fracture interne. C'est possible. Pour ce faire les réunions des présidents-secrétaires et trésoriers vont prendre de l'importance, puisque l'opposition est absente du conseil d'administration et du bureau exécutif. Ces réunions devraient être le rendez-vous entre l'opposition et la direction ainsi qu'entre la direction et les comités locaux.

    1* Voir sur internet LE "VOILE VOSGIEN" : M AOUNIT – C DELARUE – G KERFORN et la Fédé 40

    2* Il s'agit du texte de Robert Redeker, intitulé "Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?" que Le Figaro a publié le 19 septembre 2006

    3* LE CADRE DE NOTRE AMITIE ENTRE LES PEUPLES : CONTRE LE NOUVEAU CAMPISME MONDIAL

    http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=58125


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  • FRANÇAIS-IMMIGRES, CONTRE LE TRAITE SIMPLIFIE

    Droit des étrangers non communautaires : l'hypocrisie doit cesser !

    Pour l'égalité des droits, pour la citoyenneté européenne à tous les résidents,

    ABROGATION DU TRAITE DE MAASTRICHT ! NON AU TRAITE SIMPLIFIE !

     

     

    A l'heure ou les migrations internationales sont croissantes et n'épargnent aucun pays (mondialisation des migrations)la liberté de circulation signifie aussi liberté d'installation. Le critère de la résidence et de l'égalité des droits doit l'emporter. D'autant que la notion d'égalité des droits n'est pas absente de certains textes européens.

     

    En fait, l'égalité des droits n'est pas bafouée franchement ; elle est refusée à partir d'une l'hypocrisie juridico-institutionnelle de l'Union. Plus qu'une hypocrisie une contradiction. D'un côté de beaux et généreux principes qui sont censés assurer cette égalité des droits mais de l'autre un traité, celui de Maastricht qui les bafoue franchement.

    Les dispositions de ce traité vont à l'encontre des principes fondamentaux affichés au fronton de l'Union européenne. Ainsi <st1:PersonName productid="la Charte" w:st="on">la Charte</st1:PersonName> européenne des droits fondamentaux, affirment l'égalité des personnes. Le principe n'est pas affirmé sans fondement, sans motivation. En effet, l'Union " se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d'égalité ". Que c'est beau !

    Dés lors comment comprendre la validité d'un traité qui s'analyse comme une machine à diviser et subdiviser , une machine de ségrégation inouïe génératrice de multiples inégalités : inégalité des droits politiques, inégalité dans les possibilités d'accès à la nationalité du pays de résidence et donc à la citoyenneté de l'Union.

    Ce traité de Maastricht divise la population qui vit sur un même territoire en catégories de citoyens ayant les mêmes devoirs mais des droits différents : - les nationaux, - les citoyens de l'Union, ressortissants d'un Etat de l'Union autre que celui de résidence, - les étrangers non communautaires (hors Union)- les sans papiers. Les étrangers vivant dans un pays de l'Union n'ont donc pas les mêmes droits suivant leur nationalité. De plus, les étrangers de même nationalité n'ont pas les mêmes droits suivant le pays dans lequel ils sont résidents !

    Dans l'Union, le droit de participer aux élections " politiques " varie beaucoup en fonction de la nationalité et du pays de résidence. Dans certains pays, tous les étrangers ont le droit de vote avec ou sans éligibilité à certaines élections locales, variables suivant les pays. Dans d'autres, ils n'ont ni droit de vote, ni éligibilité...

    Christian DELARUE

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  • LES STATISTIQUES ETHNIQUES INUTILES ET DANGEREUSES


    Limité à des cercles restreints (1) - celui des scientifiques en faisant usage - le débat sur les statistiques ethnique est apparu sur la scène médiatique (2). La question des statistiques ethniques n'est pas seulement technique - besoin d'améliorer et de perfectionner plus l'appareil existant (3 ) mais éthique et politique.

    Pour ceux qui en font la défense, il s'agirait de se doter des outils permettant réellement de "favoriser la diversité" (3) et même d'éviter le communautarisme (les mêmes dans Regard). Pour d'autres l'outil actuel permet de connaitre suffisamment (4) l'état des discriminations racistes tant dans l'emploi que dans le logement et dans d'autres domaines encore.

    - Réduire les discriminations, mon oeil !

    Ce n'est donc pas principalement du côté de la technique qu'il faut regarder mais du côté des effets d'une telle politique. Même dans un contexte positif les statistiques ethniques sont un danger car dans un premier mouvement elles mettent les individus en catégories, en "races" alors que non seulement là n'est pas leur identité réelle (en ce sens que la discrimination raciale même à des fins compensatrices reste encore et toujours une discrimination raciste) mais en plus ce n'est pas leur identité ressentie . De plus dans le mouvement plus abouti, elles opèrent nécessairement une classification fausse, aux frontières aléatoire et donc contestables. Ces statistiques ethniques ont des effets sociaux pervers : elles vont accroitre une catégorisation, une éthnicisation, une racisation qu'il s'agit précisément d'empêcher ou de réduire. Déjà à ce niveau le MRAP se déclare contre les statistiques etniques.

    - Diviser pour régner : on dit désormais "communautariser".


    Vu le contexte politique (Un président de la Pépublique N. Sarkozy reprenant plus qu'il ne les combat les thèses du FN) et législatif (La loi Hortefeux part en guère contre les migrants) ces statistiques ethniques ne peuvent à fortiori trouver à développer une queconque politique positive . Le contexte autoritaire et xénophobe voire raciste n'est pas à la mise en application d'une politique de discrimination positive visant à réhausser dans la société la place des immigrés qui pour l'essentiel subissent la domination, les différentes formes d'oppressions et d'exclusions, notamment dans l'emploi et le logement mais aussi dans d'autres secteurs. Le danger est donc grand.qu'un tel appareillage serve plus à conforter ces inégalités d'accés et ses discriminations racistes. Vu le contexte le MRAP est résolument contre les statistiques ethniques.

    - La droite et le patronat joue sur les deux tableaux !

    Le même qui pendant sa campagne électorale stigmatisait globalement les musulmans sous couvert de communautarisme s'emploi à le favoriser. Car Claude BEBEAR comme Nicolas SARKOZY savent que l'ethnicisation du social produit des effets similaire à celui de sa nationalisation : ce sont les conflits de classe qui passent à l'arrière plan avec notamment les enjeux qui en forme le contenu.: en termes de garanti de l'emploi, de garanti du service public partout sur le territoire et notamment dans les quartiers les plus abandonés de la République, et in fine enjeux de redistribution des richesses . Ce qui nous fait dire que la solution passe par une politique économique et sociale forte en faveur de l'emploi, du logement, de l'école y compris des universités et plus généralement des services publics. Nous pensons qu'il faut favoriser la présence syndicale dans les entreprises petites ou grandes afin que ces syndicats puissent intervenir contre les discriminations racistes et toutes les autres discriminations injustes..

    Christian DELARUE

    1)- La revue La Recherche consacre son dossier du mois d'octobre 2006 au thème «L/a science et les races/» (n°401, 5,95 €).
    Les conclusions du colloque du 19 octobre 2006 sur les statistiques ethniques sont consultables à partir du lien ci-dessous:
    http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/notecussetstatistiquesethniques.pdf

    2) - Pour la première fois la CNIL organise en janvier 2007 des auditions ouvertes à la presse sur le thème de la mesure de la diversité.
    http://www.cnil.fr/index.php?id=2171

    Les acteurs associatifs interviennent : Le combat des pétitions relaté dans un article de Libération:.

    Contre les associations, des chercheurs se disent favorables au recensement racial.
    Les statistiques ethniques, ni tout blanc ni tout noir .
    Par Didier ARNAUD, Catherine COROLLER
    QUOTIDIEN : mercredi 7 mars 2007
    http://www.liberation.fr/actualite/societe/239234.FR.php

    - Le Cran riposte.
    Pas d'etnique dans les statistiques.
    http://www.liberation.fr/actualite/societe/236953.FR.php
    Alors que le communautarisme s'invite dans la campagne, «Libération» publie une pétition qui s'élève contre l'apparition de «statistiques de la diversité» en France.
    Par Didier ARNAUD, Fabrice TASSEL
    QUOTIDIEN : vendredi 23 février 2007


    3) - Une étude de scientifiques favorables aux statistiques etniques:
    Patrick SIMON et Martin CLEMENT de l'INED ont rédigé un Rapport d'enquête pour caractériser l'origine. Ils ont distingué trois manières de caractériser l'origine : l'ascendance, l'origine géographique, l'identité ethno-raciale (Blanc, Noir, Arabe, Asiatique...)
    http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1206/publi_pdf1_139.pdf

    4)- Claude BEBEARD dans son rapport fustige "l'opacité satistique" comme un défaut de moyen donné en vue d'assurer la diversité dans le recrutement et l'intégration dans les entreprises.
    Rapport officiel
    Des entreprises aux couleurs de la France
    Minorités visibles : relever le défi de l'accès à l'emploi et de l'intégration dans l'entreprise
    par CLAUDE BEBEAR Président de l'Institut Montaigne, Président du Conseil de Surveillance d'AXA et Président du Conseil d'Administration d'IMS-Entreprendre pour la cité
    http://docsite.cgt.fr/1112620600.pdf

    http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110058775/



    5 ) - Les stats ethniques existent déjà :
    - François HERAN, Directeur Général de l'INED, après avoir distinguer les fichiers anonymes ou anonimisés des fichiers nominatifs rappelle que "la statistique publique étudie de longue date les origines des immigrés y compris s'ils ont acquis la nationalité française".
    http://cgtinsee.free.fr/dossiers/stats%20ethniques/article%20le%20monde%20la%20stat%20ethnique%20possible%2015%20sept%202006.pdf
    - Un propos de Dominique VIDAL : "Là encore, certains découvrent la lune. Depuis 1999, des enquêtes officielles de l'Institut national des études démographiques (INED) ont intégré le pays d'origine et la nationalité des personnes". in
    *Quelles statistiques ethniques ?
    *http://www.monde-diplomatique.fr/2007/05/VIDAL/14708

    - Faut-il des statistiques ethniques ?
    Section de Toulon de la LDH <HTTP: www.ldh-toulon.net>
    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article165

    - Débat interne SOS Racisme
    Racisme, le bon côté des quotas
    http://www.discrimscope.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=60&Itemid=54
    /Francis Terquem avocat, fondateur de SOS Racisme, membre des Amis du Cran /contre son confrère et camarade Patrick Klugman, vice-président de SOS Racisme


    "DISCRIMINATION RACIALE" ou DISCRIMINATION RACISTE. Christian Delarue
    http://www.bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=51155

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    CONTRE LA TRIBALISATION, LES ASSIGNATIONS IDENTITAIRES ET L'ONTOLOGISATION DES DIFFERENCES 

    Extrait d' « Une note de lecture de Catherine Kintzler, philosophe de la laïcité »  

    Une ontologisation des différences, Catherine Kintzler, blog Mezetulle, 16 nov. 2007. 

    - CONTRE LES STATISTIQUES ETHNIQUES 

    Le cortège des "discriminations positives" est le chantier le plus fécond de la déconstruction républicaine, puisqu'il s'agit tout simplement de récuser l'égalité des droits au profit d'une stratégie statistique qui nie le corps politique pour lui substituer une représentation destinée à "refléter" une prétendue composition de la population, composition que celle-ci ne définit pas elle-même, mais qui lui est fournie par une expertise douteuse qui lui échappe.  

    - POPULATION, PEUPLE ETHNIQUE, PEUPLE POLITIQUE
     

    Et du reste, la notion même de "population", pertinente en sciences humaines, ne l'est pas en politique, laquelle a pour fin de lutter contre les données et les pesanteurs sociales. Suffit-il de former un groupe pour constituer un peuple et n'y a-t-il pas un abîme entre un peuple ethnique et un peuple politique ? Il faudrait tout de même poser la question : en quoi puis-je faire confiance à un représentant sur le seul motif qu'il me ressemble ? Pourquoi une femme devrait-elle nécessairement mieux se reconnaître dans une femme, un Blanc dans un Blanc, un Noir dans un Noir ? Il y a là une accréditation des différences et une négation de toute circulation du débat politique, autrement dit une négation même de l'objet politique, réduit à des cristallisations intangibles, ramené à une tribalisation dont nous ont délivré les fondateurs de la pensée politique classique, Locke et Rousseau.


     


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  • Réponse de Christian DELARUE (à gauche) à Mouloud AOUNIT (qui n'est pas sur la photo prise dans le local "café" du siège national du MRAP): La reconnaissance d'un racisme spécifiquement anti-musulman.

    « UN SIMPLE FOULARD ? UN VULGAIRE FICHU ? OU AUTRE CHOSE »

    Pour situer mon intervention, il me faut dire que j'approuve de nombreuses considérations de ce texte. Je critique principalement le premier paragraphe. J'avance d'autres considérations librement comme un antiraciste qui a fréquenté des musulmans et des musulmanes de plusieurs pays ayant des références religieuses variables et surtout - c'est le plus important - avec des pratiques différentes notamment par rapport à la religion, à la laïcité, aux droits des femmes mais aussi par rapport à l'anti-impérialisme, au sionisme, etc...

    "DISCRIMINATION RELIGIEUSE"

    Tel est le verdict du jugement du 9 octobre 2007 tranchant le conflit entre Horia DEMIATI musulmane voilée et Fany TRUCHELUT propriétaire du gîte de Julienrupt dans les vosges. D'une part c'est une victoire contre le racisme qui frappe les musulmans, d'autre part la présence de l'objet-voile laisse planer une ambiguïté, donc une insatisfaction. D'un côté un motif de contentement, de l'autre le sentiment de confusion. Car peut-on généraliser ce verdict de discrimination religieuse à chaque demande d'enlèvement du voile ou ce cas était-il particulier car le voile n'était que masque d'un racisme anti-musulman. Avec un contexte différent - épuisement de l'idéologie du 'choc des civilisations" - que va-t-on choisir comme positionnement ? Est-ce que l'on distinguera enfin la musulmane et sa religion ou le seul voile. Pour l'heure il semble bien qu'il faille recevoir les musulmanes voilées et donc éviter l'exclusion discrimination, mais rien n'empêche de dire nonobstant que le voile est honni.

    En effet le verdict aurait été différent si la musulmane ostensible avait été reçu dans le gîte mais en précisant que son accoutrement offensif indisposait ! Car on peut haïr les signes religieux trop ostensibles mais se garder de préconiser l'exclusion du travail ou du logement. Reste le problème de devoir travailler plusieurs heures et plusieurs jours avec une femme voilée à ses côtés - ce qui est une situation jugée insupportable par beaucoup - car ressenti comme une oppression religieuse plus pénible encore qu'un crucifix sur un mur.

    TRANSFORMER PAR LE LANGAGE LE COUTEAU EN PETITE CUILLERE

    Le texte de Mouloud AOUNIT banalise le voile islamique (terme générique qui recouvre diverses catégories de voile - 10). Pourtant le port d'un fichu ou d'un foulard ne pose de problème à personne y compris à la propriétaire du gîte vosgien. Je pourrais parier qu'elle a pu en mettre un dans les dix ans qui viennent de s'écouler. Pour ma part, j'avoue qu'il m'arrive de mettre un bonnet (quand il neige) et un casque (quand je suis en moto). Donc si l'on veut être sérieux, il faut bien dire qu'il s'agit d'autre chose. A partir du moment ou le voile est porté été comme hiver, dehors comme dedans ce n'est plus un simple fichu c'est autre chose.

    NB: La "découverte" par le climat date de juin 1989 à Epinal (dans les Vosges déjà et encore)

    L' article de Ghislaine Ottenheimer (2) explique qu'à la faveur de récréations, alors qu'il faisait très chaud, <st1:PersonName productid="la Directrice" w:st="on">la Directrice</st1:PersonName>, voyant une fillette suer, lui aurait demandé de retirer son foulard, ce que la fillette refusa de faire. Au delà de l'anecdote[2], Ghislaine Ottenheimer insiste bien sur l'époque et sur le climat : « Mais de quel droit, sous quel prétexte s'offenser du port d'un couvre-chef quel qu'il soit, en plein hiver ? Là, à la faveur des premiers rayons de soleil, la directrice a testé le caractère emblématique et religieux de ce fichu. ». (voir archive MRAP sur site )



    I - ANALYSES CRITIQUES D'UN EMBLEME

    A) DECONSTRUIRE

    - DONC AUTRE CHOSE

    Le voile islamique est outil de voilage et outil d'un certain islam. Le "certain" fait toute la différence. Il est d'une part un étendard pour l'extérieur et d'autre part pour de nombreuses féministes un instrument d'aliénation pour celles qui le portent. Cet outil d'imprégnation idéologique dit objectivement deux choses : je crois en Dieu, je crois en Dieu en permanence... ce qui finit par insupporter. L'intolérance suscite le rejet. Il dit aussi je suis une femme respectable, ce qui signifie un double insulte :
    - pour un femme sans voile : tu n'es qu'une femme-objet (ou plus vulgairement une pute - et ce n'est pas un phénomène restreint) ;
    - pour les hommes : vous ne me verrez pas comme femme séduisante car vous êtes violeur ou du moins trop concupiscent pour me voire aussi comme être humain dans le même mouvement.

    Je renvoie à ma colère "VOILE ISLAMIQUE ET SEDUCTION" sur Bellaciao (3) et blog chrismondial

    - L'AMALGAME D'UN CERTAIN ANTIRACISME

    La phrase (9) ci après - et notamment l'emploi du terme Autre qui globalise à les musulmanes - montre que le travail de "désimbrication" n'a pas été suffisamment fait : "les personnes interrogées (9) qui adoptent des positions à la fois féministes et antiracistes sont celles qui s'opposent le plus à la loi (de mars 2004), qui refusent de la justifier au nom de la laïcité, de désigner l'Autre (ici les Musulman-e-s) comme différent et de le stigmatiser". Il ne faut en effet pas se tromper de stigmatisation. Il ne faut pas généraliser.

    Car il y a un réel mensonge à amalgamer la critique et la phobie du voile islamique à la phobie de l'islam dans sa globalité. C'est le piège du "faux nez" (7). C'est contraire aux pratiques d'analyse que le MRAP met en oeuvre par ailleurs. D'une certaine manière on pratique ici ce que l'on critique sous le terme d'islamophobie, de racisme anti-musulman ! On reste dans la prise de position inverse - technique classique du mauvais antiracisme de simple renversement - sans passer par la distinction.

    Effectivement le MRAP dénonce à raison " l'amalgame entre islam -intégrisme -islamisme radical" avec pour exemple "l'affaire des bagagistes de Roissy qui se sont vu retirer leurs badges en raison de leurs pratique religieuse" (qui n'avait rien d'anti-laïque ou de sexiste). Effectivement, une argumentation historique et sociologique dès plus conséquente que cite Mouloud AOUNIT dans son texte pèse pour dire que la phobie du voile PEUT cacher un racisme anti-musulman. Mais il n'y a pas de causalité automatique. Il importe de dire qu'il s'agit d'une possibilité de dérapage, d'une forte probabilité mais pas d'une nécessité absolue. De nombreux laïcs et de nombreux antisexistes ou féministes sont critiques et phobiques du voile sans être raciste . "N'allons pas dire - écrit Eric FASSIN - que les femmes des quartiers, en dénonçant la violence qu'elles subissent, ou les féministes laïques, en s'insurgeant contre l'oppression sexiste, sont racistes, ni même qu'elles ne sont que les alibis du racisme" (8)

    B) RECONSTRUIRE

    - PEDAGOGIE ANTIRACISTE : LES DISTINCTIONS A REPETER CONSTAMMENT

    - De nombreux antiracistes critiquent le voile, ils le haïssent mais cela s'arrête strictement au voile. Autrement dit ce rejet ne porte ni sur la personne ni sur la religion. Donc pas sur l'Autre. La religion musulmane est diverses : certains religieux pensent que le voile est une obligation mais pas tous. L'islam d'emprisonnement et d'affichage offensif est très minoritaire en France : peu de jeunes filles et de femmes musulmanes portent le voile.

    - En conséquence plutôt que de reprendre la distinction l'islam invisible et l'islam visible je distinguerais s'agissant des individus l'islam discret et pacifique d'un l'islam ostensible et offensif. A l'égard de ce dernier on ne saurait se montrer tolérant.. Il faut certes respecter la loi mais être aussi à l'offensive.


    - UNE CERTAINE PEDAGOGIE LAIQUE : UNE ETHIQUE DE <st1:PersonName productid="LA RENCONTRE" w:st="on">LA RENCONTRE</st1:PersonName>

    Je précise d'emblée - notamment par rapport à la précision d'un texte de Bernard TEPER publié recemment (6) - que je ne me réfère pas ici au corpus de la laïcité institutionnelle française de 1905 - qui doit certes être défendue en France - mais à l'évolution d'une "mentalité laïque" strictement individuelle qui veut que l'on préfère les signes religieux discrets (voire aucun) aux signes ostensibles ou ostentatoires. Sous l'influence d'une compréhension de l'évolution de la civilisation humaine dans l'histoire (issue d'une lecture personnelle des thèses de Patrick TORT sur le darwinisme) je milite pour que cette mentalité laïque progresse dans tous les pays, pour qu'un pas historique conséquent soit fait en ce sens.

    Le signe religieux ostensible - voile ou kippa ou autre - est donc contraire à la mentalité laique qui se contente de signes discrets .

    - EN CONTRE : Ces derniers manifestent un bon compromis entre liberté d'afficher sa religion sans oppresser l'autre. Car l'affichage ostensible est bien une forme d'oppression. Le fait qu'elle ne soit pas ressenti comme tel par tous ne signifie pas son absence chez certains, notamment chez celles et ceux qui ont déjà subi l'influence du religieux.

    - EN POUR : Le signe religieux discret permet la rencontre pacifique, Comme le souligne le comité de Vitrolle du MRAP (1) un tel espace (laïque) permet la rencontre sans que les croyances, restant intimes (ou du moins discrètes), soit un obstacle relationnel.

    Un voile comme une croix ou une kippa çà s'enlève aisément, sans pour autant abandonner sa religion. Il suffit d'adopter des signes discrets pour satisfaire la mentalité laïque et les critiques de nombreuses féministes. Parler de racisme anti-voile c'est, à la limite, ne pas comprendre ce qu'est le racisme réel, ce que subissent celles - ceux qui ne peuvent enlever tout qui les racise : cheveux frisés, peau mat ou noire, etc.... Et de plus, cela ne signifie pas mépris de la religion (que nous pouvons néanmoins critiquer sur tel ou tel point) que les croyants peuvent pratiquer librement tout en respectant l'autre celui ou celle qui pratique sa religion sans la brandir constamment aux yeux du monde. Cela ne signifie donc pas acceptation des discriminations pour les croyances religieuses des musulmans comme des autres religions. Certaines pratiques religieuses seulement sont à critiquer vivement: celles qui sont offensives.

    II - ANALYSE CRITIQUE DES AUTRES PRESUPPOSES

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    - SORTIR DE <st1:PersonName productid="LA VISION DES" w:st="on">LA VISION DES</st1:PersonName> TROIS COMMUNAUTES FONDAMENTALES

    Dans une contribution au Monde Mouloud AOUNIT (4) écrit : "<st1:PersonName productid="La France" w:st="on">La France</st1:PersonName> républicaine des années 2000 serait-elle composée de trois communautés, une majoritaire "catho-laïque" repliée sur elle-même, et deux minoritaires, juive et musulmane, qui seraient susceptibles de s'affronter à tout moment ?" Le propos vise à sortir la lutte antiraciste de la sectorisation de la tribalisation. Ce qui est positif.
    Mais le même propos devrait conduire à une vision plus contrastée des processus de communautarisation. En fait il n'y a pas plus UNE communauté catho-laique unifiée qu'UNE communauté musulmane unifiée. On pourrait en dire de même pour les juifs de France. Sans doute y a-t-il des points communs qui justifient cette vision en trois communautés mais les différences voire les conflits internes semblent plus importants. Ce qui devrait inciter à relativiser la vision tricommunautaire bien rigide. D'autant que le fractionnement en de multiples sous communautés est renforcée par la diversité du religieux.

    - PRENDRE ACTE DE <st1:PersonName productid="LA DIVERSITE DES" w:st="on">LA DIVERSITE DES</st1:PersonName> INTERPRETATIONS RELIGIEUSES

    Quand on évoque le "retour du religieux" on oubli pour les trois grandes religions monothéistes que l'unanimité d'interprétation des textes et plus encore que l'uniformité dans la diffusion des normes et prescriptions religieuses est un mythe. Au-delà d'un corpus fondateur de chacune, on repère rapidement en quelque sorte des "théologies" dans chaque religion et les pratiques qui en sont issues sont encore plus diverses dans chaque religion. La diversité domine tant au plan historique qu'au plan géographique. On trouvera donc pour chaque religion toute la gamme des visions du monde allant du libéral progressiste acquis relativement à la laicité et à l'égalité des sexes aux visions réactionnaires, à l'intégrisme le plus violent.

    - PRENDRE ACTE DES EFFETS D'INTEGRATION

    Il faudrait ajouter certains effets de la logique républicaine d'intégration-assimilation qui quoi qu'on en pense (elle est passible de vives et justes critiques) vient renforcer la tendance à mentalité laïque.

    Ici et maintenant on ne peut plus aisément raciser la jeune fille voilée par simple effet de l'évidence avec le réel. Ce phénomène de racisation ne peut se produire que dans les sociétés ou islam et voile vont ensemble comme une "seconde nature". Au temps de la colonisation toutes les femmes étaient voilées (énormément du moins) et donc le "racisme anti-voile" était un réel racisme islamophobique (avant le mot) lié au colonialisme. Aujourd'hui le nombre de musulmanes non voilées est immensément supérieur à la petite minorité de jeunes filles voilées, et l'effet d'amalgame ne joue plus automatiquement . Pour beaucoup, la phobie discriminante est très circonscrite à l'objet-voile et ne saurait donc être, sauf délire paranoiaque (11), une islamophobie raciste. Parler d'islamophobie non raciste - car très circonscrite à l'objet voile - laisse d'ailleurs entendre qu'il existe bien une islamophobie raciste. Mais c'est à l'analyse de le montrer. On ne peut recourir à l'évidence comme du temps de la colonisation.

    * Christian DELARUE secrétaire national du MRAP

    Addendum: - CIRCONSCRIRE L'OPPRESSION

    Dire et répéter que le voile signifie, au-delà de la conscience de celle qui le porte, « oppression » (religieuse et/ou sexiste) doit s'accompagner d'un propos de prudence qui vise à relativiser "l'agression". Il faut ici promouvoir une sorte intelligence des rapports humains car il est facile de devenir soi-même oppresseur en luttant contre l'oppression. Au cas présent de devenir raciste islamophobe.

    Pour être plus précis - vu mes responsabilités antiracistes - je ne voudrais pas être mal compris . Mon net rejet du voile ne m'empêche nullement de réagir quand par exemple un chauffeur de bus de ma ville interpelle de façon injurieuse une jeune femme voilée dans son bus. Pas d'injure aux jeunes filles voilées! Le respect de l'humanité de la personne est de droit au-delà de ce qui nous heurte dans son comportement.

    Quant à l'éventualité d'une loi sur l'interdiction des signes religieux ostensibles dans les lieux publics clos ceux ou l'on doit rester en permanence avec de tels individus offensifs, je renvoie au texte écrit sur ce sujet (5).

    Notes:

    1 cf. Différences n° 254 Article intitulé Laîcité, soupçons, tensions... Comment tenter de « désarmer Dieu ? »

    2 cf. site MRAP rubrique archive sous rubrique voile

    3 VOILE ISLAMIQUE ET SEDUCTION
    sur Bellaciao le dimanche 4 novembre 2007 (23h09)
    :
    - http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=54555

    4 Contre l'antiracisme tribal, par Mouloud Aounit LE MONDE 15.06.06
    http://www.mrap.fr/interventions/monde

    5 Que penser, que proposer suite au verdict "julienrupt" (voile vosgien) sur ce blog

    6 Lire : Qu'est-ce que la laïcité ? par Bernard Teper du vendredi 19 octobre 2007
    article publié dans la lettre 31
    http://www.ufal.info/media_flash/1,article,181,,,,,_Qu-est-ce-que-la-laicite.htm

    7 Gérard Bouvier, cité dans la presse avec ces propos : « Le tribunal ne s'est pas laissé abuser par les arguments pseudo-féministes et pseudo-laïcs avancés par Madame (...). Ces arguments sont un faux-nez derrière lequel on trouve un comportement raciste. » .

    8 Eric FASSIN p <st1:metricconverter productid="242 in" w:st="on">242 in</st1:metricconverter> "De la question sociale à la question raciale".

    9 « De l'affaire du voile à l'imbrication du sexisme et du racisme » sur le site du Mouvement des indigènes de <st1:PersonName productid="la R←publique" w:st="on">la République</st1:PersonName>

    10 J'ai repéré 14 types de "voile" d'après un ouvrage de Fawzia Zouari

    http:/www.re2.freesurf.fr/laic/voile2html

    11 On peut cependant dire que pour l'extrême droite et une certaine droite la "théorie" ou plutôt l'idéologie du "Choc des civilisations" a réactivé en quelque sorte le vieux racisme anti-musulmans de l'époque coloniale. Une telle idéologie et une telle peur reste cependant en grand écart par rapport au réel français et européen. Elle ne saurait être majoritaire. Nous serions alors en plein fantasme paranoïaque de masse. Ce serait un délire "cimenté" par une idéologie de moins en moins rationnelle, de moins en moins théorisée et théorisable, donc plus proche d'une croyance stupide qui vise à voir Ben Laden derrière toute jeune fille voilée.

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